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La Position Du Démissionnaire #8 : bobards, bullshits et autres éléments de mensonge pour partir sans se fâcher

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Sylvia Di Pasquale

21/10/2019

[Chronique] Que se passe-t-il avant, pendant, après la démission ? Toujours à l’affût de vos expériences, je partage dans cette chronique ce que vous me racontez sur ce sujet gravement tendance. Cette semaine, les amies de Linda la découragent de dire la vérité sur son départ. Pour ne pas subir les mêmes déboires que Lucas.

Je ne sais pas vous, mais moi, de plus en plus souvent, je suis invitée à des soirées « bullshit dém’». Vous avez deviné leur objet ? On se réunit, généralement entre filles, car l’un des membres éminents de cette consœurie totalement secrète doit donner sa démission. Et la DRH comme son N+1 lui demande des explications. C’est le cas de Linda. Elle a rendez-vous le lendemain. 

 

Je ne vais quand même pas leur dire que j’avais un poste sans intérêt dans une boîte qui produit des trucs dont tout le monde se fiche.

 

Car Linda redoute de retomber sur son chef dans une autre vie et veut soigner sa sortie. 

Alors c’est à nous, ses copines, de lui préparer une petite liste d’éléments de langage qui vont du « j’ai une opportunité qui me permets d’évoluer à l’international et votre marché actuel ne dépasse pas l'Ile-de-France » à « Je suis en plein questionnement quant à une éventuelle reconversion ». 

 

Bref, le fil rouge de ces séances occultes consiste à inventer des raisons politiquement correctes, qui évitent d’avoir à dire la vérité, par peur des conséquences de la terre brûlée. Sauf que Linda, comme Marine ou Lucie, ont des scrupules. Le mensonge éhonté n’est pas dans leur logiciel interne, d’où le besoin de soutien. Et c’est peut-être à cause de cette difficulté à contourner la vérité, que la secte « bullshit dém’ » est majoritairement féminine. Comme si les garçons étaient moins encombrés de mauvaise conscience. 

 

C’est le cas de Lucas. Un jour, il a dit la vérité à son boss en posant sa démission. Il travaillait au service marketing d’un groupe qui fabriquait des produits d’entretien d’une qualité très très moyenne.

 

Je lui ai demandé si franchement, il achèterait les produits qu’il vendait s’il ne travaillait pas ici.

 

Il m’a répondu que oui. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui rétorquer que c’est à cause des produits que je partais, mais aussi à cause de réactions comme la sienne.

 

Sauf que, moins de deux ans plus tard, Lucas a postulé à un autre poste, dans un autre groupe. Et l’opérationnel qui l’a reçu lors de son troisième entretien, était son ex N+1 aux goûts incertains pour les produits d’entretien.

 

Il m’a expliqué que ce serait impossible pour moi de travailler avec un type qui n’a pas de scrupules dans le choix de son nettoyant anti-poussière.

 

L’entretien a duré deux minutes chrono.

Depuis, Lucas est un adepte de la faux-dercherie à la sauce Insead*. Pas besoin de réunir un concile pour cacher ses scrupules. Le seul qui lui reste, et qu’il regrette, c’est d’avoir osé, un jour, dire la vérité.

 

* Une enquête de l'école de management Insead, citée par Annie Kahn dans son livre De l'absurdité d'être accro au boulot: Petit manuel de survie en entreprise (Editions JC Lattès, octobre 2017), révèle que " la sincérité ne paie pas. Apparaître sincère est important. En revanche, l'être vraiment est bien souvent contre-productif. "

 

 Dessin de Charles Monnier

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