La vocation ? On connaît la chanson

Publié le 19 mars 2007 Sylvia Di Pasquale

« J'aurais voulu être un artiiiiste... » La ritournelle s'est imposée dès la première lecture de ce sondage : 56 % des Français pourraient envisager une nouvelle orientation professionnelle dans l'année, selon l'institut de sondage Opinionway pour l'Afpa. Et 46 % considèrent que le métier qu'ils exercent est le fait du hasard et non celui d'un choix véritable. Quoi, comment, qu'est-ce ? Mais où sont passées les vocations ? Qu'est devenu ce petit garçon qui rêvait d'être chanteur, cette petite fille qui voulait être vétérinaire ? Ils n'auraient donc pas forcément décidé de travailler de leur plein gré et plein d'enthousiasme dans cette grande compagnie du tertiaire ? Ils en concevraient des regrets ? Ce qui fait dire au sociologue Laurent Voulzy « J'ai ramé pendant dix ans dans un bureau pas marrant, il faut voir comme ça balance, dans les assurances. »

Evidemment, nul n'était besoin d'éminents statisticiens et de brillants scrutateurs d'opinion pour se rendre à l'évidence : peu de gens sont fondamentalement poussés vers le département logistique de ce leader européen de la vis sans fin. Ou la comptabilité de ce cabinet de conseils en conseil. Mais les études vont et la vie va, au gré des circonstances et des rencontres. Qui n'a jamais choisi une entreprise pas tellement pour ce qu'elle produit, réalise ou distribue, mais pour sa notoriété, les gens qui y travaillent, pour l'ambiance générale ? Et l'on y reste jusqu'au jour où l'on se remet en cause, ou, comme le traduit l'essayiste Bernie Bonvoisin du groupe Trust, « Antisocial, tu perds ton sang froid. Repense à toutes ces années de services, [...] Enfin le temps perdu qu'on ne rattrape plus. » A ce moment, l'envie nous prend de changer, de vie, de collègues, de machine à café, de badge d'entrée. Une envie de « partir un jour sans retour (...) sans se retourner, ne pas regretter, garder les instants qu'on a volés » selon les poètes des 2be3.

Mais on se ravise rapidement. Evidemment, ce boulot dans l'humanitaire, on en rêve. Etre enfin utile, ça nous changerait de notre N+1 incompétent. Et cette furieuse envie de voyages qu'on avait, étant plus jeune. Même qu'on était le chouchou de la prof de géo. Si on ressortait nos mappemondes ? Si l'on osait une autre voie, plus conforme à nos envies d'avant ?

Sûr que ce serait plus intéressant que cette propale à finir pour hier, histoire d'accrocher le responsable des achats de la société Chamaflu&fils. Promis, on va changer de boulot. On sait bien qu'il faut le faire plusieurs fois pour réussir sa carrière. Pas forcément au point de faire un virage à 180°, de repartir de zéro. Mais en exploitant notre expérience, nos diplômes difficilement et chèrement acquis. Il n'empêche. Tout au fond, certains garderont cette lueur, ce fantasme, car le philosophe Alain Souchon le sait bien : on n'est qu'une « foule sentimentale, on a soif d'idéal, attirée par des étoiles, des voiles, que des choses pas commerciales. » Pas vous ?

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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