La vraie raison d’une démission

Publié le 12 mars 2018 Sylvia Di Pasquale

La vraie raison d’une démission

Quitter un manager ne serait pas la première raison qui explique une démission. Sauf si le chef en question est du genre irascible, contradictoire, flou, obtus, incapable de la moindre reconnaissance, qui s’octroie les idées des autres ou qui leur pourrit la vie –  et la nuit – à coups de SMS à trois heures du matin. Mais ils sont rares.

Selon Facebook, qui a mené l’enquête dans ses open space et publie les conclusions dans la dernière revue Harvard Business Review,* les salariés collent leur démission pour une toute autre raison. Ce qui les fait fuir, c’est leur boulot. Tout simplement. Parce qu’il ne les intéresse plus. Parce que leurs points forts ne sont pas exploités à leur juste valeur. Et parce que leur carrière piétine.

Dédouanés les managers ?

Pas si vite. Car ils sont tout de même responsables de la définition des postes dans leur équipe. Plutôt que de produire une fiche de poste et de recruter le salarié qui pourrait s’y adapter, pourquoi ne pas faire l’inverse, suggèrent les auteurs de l’article. Tailler un poste sur mesure au talent repéré. Et ainsi tenir compte de ses « vocations contrariées », à savoir ces passions que la raison nous fait abandonner en cours de carrière.

Mais qui est responsable de la définition des postes ? Les managers.

Et puis quoi encore ! Pour le laisser « poursuivre ses passions dormantes dans le travail », faut-il construire un héliport à Claude du service juridique qui rêvait d’être pilote d’hélico ? Sans en arriver à ses extrêmes, son manager, puisqu’il connait la passion de son collaborateur, peut en revanche l’inciter à prendre tous les dossiers juridiques en lien avec l’aviation. Idem pour Jessica, du service formation, ex-future guitariste dans un groupe de rock. A elle aussi, son manager pourra lui confier des responsabilités sur le choix des zik des grands événements de l’entreprise par exemple.

Trop souvent, le manager apprend pendant l’entretien de départ ce qui motivait profondément son collaborateur.

Si les constats de Facebook s’avèrent exacts, voilà qui devrait inciter les chefs d’équipes à individualiser encore plus leur management, même s’ils ne travaillent pas à Menlo Park, surtout en cette période où la pénurie de cadres encourage la chasse à ces derniers. Une époque où l’une des priorités des entreprises est de conserver leurs cols blancs salariés. Et d’attirer les déçus d’un management indifférencié.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi
Dessin de Charles Monnier
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Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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