L'année de tous les brouillards

Sylvia Di Pasquale

Au rayon des rituels de fin d'année, il y a la bûche, la belle-famille qui s'incruste, le cadeau qu'on revend illico sur eBay, le père noël miniature qui pendouille aux balcons et les rétrospectives de l'année écoulée. De la première chaîne au dernier blog, de la gazette de référence à la feuille de chou du quartier, tout le monde y va de la sienne. Et en cette fin 2008 plus que jamais. Pensez donc : une annus horribilis comme celle-là est suffisamment rare dans la vie d'un journaliste pour qu'il se fende du meilleur de lui-même.

En plus, la « rétro », c'est la recette idéale pour un réveillon : elle peut se mettre au frigo pendant quelques jours pour être servie toute fraîche au téléspectateur-internaute-auditeur-lecteur, pendant que son auteur subit les autres rituels cités plus haut (belle-famille, eBay and co). Evidemment, lors de ces coups d'œil dans le rétro de l'année écoulée, on remonte rarement au mois de janvier. Pas la peine : 2008 a vraiment commencé au mois de septembre.

Lorsque Lehman, Freddie Mac et Fanny Mae ont plongé, lorsqu'AIG a été sauvé. Et lorsque tout le reste s'est écroulé. La bagnole qui plonge, Madoff qui entraîne les fonds par le fond, Paulson qui propose, le congrès qui s'indispose, les banquiers qui pleurent et leurs clients qui les implorent : on connaît la chanson. Elle se joue lamento, sur une musique du FMI, de la FED ou de la Banque centrale et des paroles du G20 ou de l'Eurogroupe.

La rétrospective, si elle est pratiquée chaque année depuis que les médias existent et que leurs serviteurs prennent des vacances pendant les fêtes, est généralement accompagnée d'un autre obligé : l'émission, l'article ou le billet prospectif. Celui où les Mesdames Irma de circonstance livrent les clés de l'année à venir. Est-ce qu'il y aura encore de la neige pendant les vacances de février avec ce fichu réchauffement climatique ? Le CAC va-t-il exploser la barre des 5000 ? Est-ce que la nouvelle Laguna va faire un carton ? A toutes ces questions furieusement fondamentales, les experts répondaient sans rire, il y a une toute petite année. Douze mois, rien du tout. Un an qui semble pourtant renvoyer à une toute autre civilisation. Avec ses rassurantes préoccupations. Aujourd'hui que tout est par terre, les augures sont moins consultées. On n'ose pas trop les interroger.

De peur de déprimer ? De peur surtout de ne pas avoir de réponses. Et quand certains s'y risquent, comme l'économiste Daniel Cohen dans le JDD de dimanche*, ça donne comme une soudaine envie de s'en retourner réveillonner pour retarder l'instant de s'y replonger. Car pour le prof à Normale Sup, « la crise commence vraiment maintenant ». Sûr que des sentences comme celle-là, ça vous démotive légèrement le bisou sous la feuille de gui, le décompte de minuit et les bonnes résolutions qu'on se fixe en catimini.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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