La Position Du Démissionnaire #3 : La compétence fait peur à ceux qui ne l’ont pas

Publié le 16 septembre 2019 Sylvia Di Pasquale

[Chronique] Que se passe-t-il avant, pendant, après la démission ? Toujours à l’affût de vos expériences, je partage dans cette chronique ce que j’observe et ce que l’on me raconte sur ce sujet gravement tendance.
La Position Du Démissionnaire #3 : La compétence fait peur à ceux qui ne l’ont pas

Je ne sais pas vous, mais moi, je croise de plus en plus souvent des copines et des copains râleurs. Pas à cause des vacances qui sont déjà trop loin, où des échéances de factures trop proches, mais parce que, de plus en plus souvent, ils voient ce poste convoité, cette promo espérée, leur échapper. Pas manque de compétences ?

 

- « Au contraire, par trop de compétences. »

 

C’est le verdict de Sandrine après la déconfiture qu’elle vient de subir. Elle voulait quitter la région parisienne et un poste de responsable d’agence était vacant à Bordeaux. Mais c’est un collègue qui l’a décroché.

- Un type qu’on appelle « que d’la gueule » au bureau. Il cause, il cause, se vante, fait sa pub et ça lui prend tellement de temps qu’il ne fait strictement rien d’autre.

Une prime à l’incompétence ? L’histoire de Ludo illustre aussi ce curieux paradoxe. Voilà un garçon bien sous tous rapports. Bosseur, expert dans son domaine, ne comptant ni son temps, ni ses forces au service de son job depuis des lustres. En parfait petit soldat, il n’a pas estimé utile de changer – de poste ni de service – depuis des années. Et voilà qu’il a osé. Son N+1 étant appelé à de « nouvelles fonctions », il a postulé. Le N+2 a enregistré la demande sans autre commentaire, et la DRH itou. Sauf qu’au final, il a découvert un beau matin que le poste n’était pas pour lui, mais pour sa voisine d’open space.

- Une fille sympa, tellement sympa qu’elle passe son temps en déjeuners avec le codir. Elle est connue comme le loup blanc, alors que je suis totalement transparent.

C’est qu’au lieu de s’éterniser au resto, il travaille, Ludo. Une fois la passation de pouvoir terminée, au cours d’un très long déjeuner de service comme il se doit, les relations entre les ex-collègues ont changé. 

- Elle me reprochait de plus en plus souvent des trucs insignifiants, sans rapport avec le boulot. Elle faisait des remarques sur mes fringues, sur mon côté solitaire.

Pourquoi Ludo est-il subitement devenu une cible ?

 

- Peut-être n’appréciait-elle pas que je la reprenne parfois lorsqu’elle faisait des erreurs techniques. Ça doit être ça : la compétence fait peur à ceux qui ne l’ont pas.

Depuis cette histoire, Ludo s’en est allé ailleurs. Il a retrouvé un autre poste d’expert dans une autre entreprise. Et qui sait, un jour, briguera-t-il un autre poste de manager. Et peut-être se laissera-t-il piquer le job par un autre collègue, plus affable, plus communicant. 

Ou alors, Ludo se rendra-t-il enfin compte que pour un manager, l’ouverture aux autres est, elle aussi, une compétence. Surtout lorsqu’elle s’assortit avec une expertise technique.

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>> Le coup du lièvre et du lapin

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Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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