Le Nord, une région banalement comme les autres

Publié le 12 février 2007 Sylvia Di Pasquale

On lui prête toutes les qualités, ou tous les défauts. C'est selon. Diablement moderne ou terriblement englué dans les difficultés passées. Ses paysages ? Réinventés par les doigts d'orfèvre de quelques architectes surdoués et en prise directe avec le XXIᵉ siècle européaniste. Ou délaissés, en friches industrielles signifiantes d'un passé prestigieux devenu douloureux. Ses habitants ? Goglus* ou bourrus, va-de-l'avant ou laissés pour compte. Le Nord est ainsi, contrasté par l'imagination des gens d'ailleurs, de Paris, de Lyon ou de Carcassonne. Et si cette région n'était que semblable aux autres ? Ni meilleure, ni pire surtout.

C'est du moins ce qui se dessine au travers d'une lecture. Celle de l'enquête dévoilée cette semaine par la Chambre de commerce et d'industrie de la région Nord-Pas-de-Calais, qui a interrogé les entreprises, grandes et petites, de la région. On y apprend que, tous secteurs confondus, les entreprises locales ont majoritairement des difficultés de recrutement. Qu'il est plus facile de recruter pour un poste situé dans la métropole lilloise que dans les campagnes alentours. Que le délai moyen pour concrétiser une embauche, de la décision à la signature du contrat de travail, est de trois mois. On y découvre également que 18 % des PME abandonnent leur recrutement en cours, faute de combattants. Un taux de défaite qui tombe à 10 % pour les grandes entreprises. Cette différence, analyse Olivier Verhaghe, directeur des études à la CRCI, « provient du fait que les grands groupes élargissent leur critères de sélection à un moment donné du processus. » Alors que les PME se contentent de l'annonce ANPE, de leurs propres réseaux, des candidatures spontanées, bref ne révèlent pas une capacité d'adaptation inouïe face aux réalités du marché de l'emploi.

Autant de chiffres que l'on pourrait analyser d'une manière simpliste : le Nord est à la ramasse et personne ne souhaite boucler ses valises pour s'y installer. Sauf que si l'on reprend les mêmes enquêtes, réalisées par les mêmes organismes, dans les autres régions françaises, on obtient, peu ou prou, les mêmes résultats. Exception faite de l'Ile de France qui, grâce, ou à cause, d'un jacobinisme bicentenaire, s'en tire mieux. Mais alors, si à Bordeaux, à Nantes ou à Strasbourg, on a les mêmes soucis qu'à Lille, c'est que c'en est fini du fantasme du coron et de sa cohorte de clichetons ? C'est surtout le signe que la qualité de vie, ce nouveau graal contemporain, est aussi liée à l'emploi dont on dispose, ou pas. Et que dans la région Nord l'on peut y goûter. Autant en tous cas qu'à Lyon ou à Carcassonne.


* goglu en ch'ti signifie « joyeux » selon le précieux glossaire mis en ligne sur chti.org

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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