Le recrutement aujourd'hui ? "C'est le Minitel à l'ère de l'Internet"

Publié le 08 juin 2015 Sylvia Di Pasquale

Ils sont jeunes. Ils démarrent dans la vie professionnelle, ou sont en passe de démarrer. Et ils déballent face caméra. Ils parlent du recrutement, de l’entreprise et du boulot. Tels qu’ils en rêvent, et tels qu’ils les vivent. Leurs réflexions, leurs réactions sont rassemblées dans ces vidéos mises en ligne sur le site Regards d’Étudiants. Ces garçons et ces filles ne s’encombrent pas de carcans et n’ont aucune peur d’une e-réputation nuisible. Leur parole est simple, claire et sans novlangue formatée.

Quand ils analysent les process de recrutement, ils renvoient les pratiques actuelles au siècle dernier. « C’est comme si les recruteurs utilisaient le Minitel pour chercher des infos alors qu’on a Internet, explique calmement ce jeune homme. Comme moyen concret de recruter des personnes, en mettant tout autant d’énergie, on peut le faire par vidéo. »  Il faudrait davantage de Skype avec les candidats, argumente-t-il, d'infos en vidéo pour montrer l'entreprise. D'annonces et d'entretiens d'embauche "augmentés" en quelque sorte. Un autre raconte les trois entretiens subis par l’un de ses copains. Pour décrocher un stage de 3ᵉ année dans une entreprise de cent salariés. « Ils n’ont rien d’autre à faire de leur journée les recruteurs ? Trois fois deux heures pour un stage ! ». Une fille, cette fois, évoque la lettre de motivation. « C’est joli, mais c’est faux. Pipeau. » Avant d’avouer qu’elle a envoyé 52 fois la même en changeant trois mots, « les 3 valeurs de l’entreprise ». Ce qui ne l’a pas empêchée de décrocher un poste.

L’entreprise ? Celle où ils rêvent de travailler du moins, c’est une start-up. Les grandes entreprises, ils n’en veulent pas. Trop de lourdeur. « Attendre 10 ans pour être augmenté de 300 euros, non merci, » s’exclame celui-ci, qui voit les grosses boîtes ainsi. Mais ils restent lucides. « La vision cool de Google, ce n’est que celle que l’entreprise veut bien nous montrer ». Voire cyniques. « Une start-up, c’est utopique et violent. On est un peu sado-maso. » Mais le rejet de l’entreprise à la papa est patent. Et cette jeune fille qui avoue travailler dans ce type de boîte, s’en excuse. « J’ai peut-être tort de vouloir accumuler des grandes marques sur mon CV. »

Évidemment, devant cette accumulation de reproches et de rejets, les DRH et les dirigeants peuvent se draper et rejeter à leur tour ces jeunes qui ne connaissent rien, ou pas grand-chose, à l’entreprise. Ils peuvent se répéter ce qu’on leur répétait : « En grandissant, vous apprendrez la vie. De mon temps, on travaillait d’abord, on s’interrogeait après. » Mais en restant confortablement installés dans leur fauteuil de certitudes, ils ne risquent pas seulement de passer à côté de quelques rebelles. Mais d’une génération entière de salariés, de clients et de partenaires. Du futur de leur boîte et de leur propre futur.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :