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Le statut cadre va-t-il être ventilé façon puzzle ?

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Sylvia Di Pasquale

04/12/2017- réactualisé le 12/12/2017

Certes, la nouvelle ne fait pas les gros titres. Mais les cadres français feraient bien de tendre l'oreille, voire les deux. Car le début des négociations sur leur statut va démarrer le 21 décembre prochain, quatre petits jours avant les agapes de Noël. A quelle sauce seront-ils mangés ? C’est tout l’enjeu des discussions entre les partenaires sociaux qui démarreront ce jour-là.

C’est que le bon vieux statut, en vigueur depuis 1947 même s’il est absent du Code du travail, est adossé à l’Agirc (la complémentaire des cols blancs). Or cette caisse va disparaitre, absorbée par l’Arrco (la complémentaire de tous les autres salariés du privé). Dépourvus de cette ossature, les syndicats patronaux et salariaux devront donc répondre à une question simple en apparence : qu’est-ce qu’un cadre ?

Ils auront un an pour trouver la réponse, puisque la fusion des caisses est programmée au 1er janvier 2019.  Aujourd’hui la seule définition juridique de ce statut tient dans les cotisations que le salarié et l’employeur versent à la fameuse complémentaire en sursis. C’est donc les contours comme le cœur même de leurs attributions dont il sera question au cours des discussions. 

Les tranchées devraient s’établir autour d’une ligne de front basique : l’élargissement du statut ou la restriction à son accès. Certaines organisations syndicales entendent le limiter aux cadres encadrants quand d’autres souhaitent aussi l’ouvrir aux experts et aux salariés bénéficiant d’une large autonomie de travail. Mais on peut d’ores et déjà prévoir que le débat dépassera les clivages actuels entre syndicats de salariés et de patrons, entre gauche et droite, entre défenseurs-du-seul-profit et protecteurs-du-seul-travailleur. 

Car le statut cadre, s’il coûte plus cher à l’employeur, a quelques avantages pour ce dernier, notamment le fameux forfait jour, qui exclut les cols blancs de la rigidité des 35 heures, compensée seulement par quelques jours de RTT supplémentaires. A l’inverse, cette négation des horaires de travail est pourfendue par les confédérations des travailleurs. Les mêmes qui dénoncent généralement toute atteinte à quel que statut que ce soit, comme l’a déjà fait savoir la CGT pour qui un cadre doit rester un cadre, qu’il soit manager, expert ou salarié autonome. 

Des contradictions et des frictions qui devraient se révéler au grand jour dans les semaines et les mois à venir. Quelle que soit l’issue des négociations, elles devront en tous cas déboucher sur un accord au 1er janvier 2019, faute de quoi, la définition de l’encadrement sera renvoyée à chaque entreprise qui devra néanmoins se référer aux critères établis dans la convention de 1947. A savoir celles qui sont en vigueur aujourd’hui. Changer pour ne rien changer. Il est bien possible que quelques partenaires sociaux feront ce qu’il faut pour parvenir à cette situation de blocage si elle constitue une garantie de continuité.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier 

5

commentaires

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Totor

13/12/2017

à 09:06

Il y a quand même de nettes différences dans les différents statuts de cadre selon les conventions collectives.
Il n'est pas rare qu'un non cadre doit justifier de ses horaires notamment en pointant alors que le cadre est complétement autonome.

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Seb

12/12/2017

à 23:08

Si la direction dirigeait, que les cadres encadraient et le reste des employés travaillait, ce serait trop simple...
Il y a trop de différences entre les différentes entreprises pour pouvoir mettre des statuts qui colleraient à tous les schémas et seraient équitables entre tous. Il restera bien assez des niveaux, titres, rangs hiérarchiques pour continuer à mettre tout le monde dans des cases.

Signé : un ancien cadre qui en a connu les bienfaits avant d'en subir les abus.

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Dom

12/12/2017

à 12:26

Le statut de cadre était en fait une aubaine pour les employeurs :
En échange d'un bureau, d'un salaire majoré, souvent d'une voiture de fonction (qui en fait ne coûtait pas si cher chaque mois) et d'un smartphone, l'employeur avait à sa disposition une main d'oeuvre hautement formée, et surmotivée pour 4 raisons :

- les quelques avantages mentionnés plus haut
- le prestige lié à la fonction dans les yeux du grand public, aveuglé par la cravate (ou le tailleur) et la voiture
- le fait que certains cadres se prennent pour des dirigeants, alors qu'ils ne sont que des salariés, et que les seuls dirigeants sont les actionnaires
- le chômage de masse qui pousse à accepter bien plus de tâches que raisonnable, au détriment de son couple et de ses enfants

Et les employeurs ne se sont pas gênés pour profiter et abuser de cette surmotivation, que ce soit au bureau ou en déplacement ou le week-end (merci le smartphone d'entreprise !).
Résultat, des cadres divorcés, que l'on épuise avant l'âge (et que l'on pousse vers la sortie à 50 ans), une épidémie de burn-outs et de conventions de départ volontaire... Mais ce n'est pas grave du moment que les actionnaires perçoivent toujours plus.

Pour moi le statut cadre a été un miroir aux alouettes depuis des décennies, mais aujourd'hui, et tant que le chômage de masse durera (donc pour un bout de temps !), c'est un piège. Et je ne souhaite surtout pas que mes enfants deviennent cadres.

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En réponse à Dom

Nico 72

12/12/2017

à 21:42

Je ne suis pas en accord avec vous Dom. Je suis cadre, mais je n'ai pas de voiture de fonction et pas de cravate. J'ai des responsabilités, j'ai parfois des déplacements et je suis autonome. Ce stress comme vous dites, peut être aussi sur tous les niveaux de l'entreprise, cela dépends du manager et de l'efficacité de l'organisation de l'entreprise. Un cadre doit savoir dire "Non", s'adapter et connaître ses limites pour demander de l'aide si besoin(je sais c'est facile à dire).
Par contre, certaines profession, quelques soit le statut (par exemple, commercial, cadre commercial,..) qui ont la loi du chiffre et constamment en déplacement peut amener à ces cas de burn-out, destruction familiale.
Enfin, je ne vois pas le rapport entre chômage de masse et le statut cadre ?

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En réponse à Nico 72

LARREGLE, Vincent, VLA 59

18/12/2017

à 15:09

Nico 72,

Indirectement un chômage de masse met une pression à la baisse sur le niveau des salaires et à la hausse sur les salariés eux-mêmes sachant qu'ils sont plus ou moins facilement remplaçables par l'entreprise.

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