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Le travail (encore) maltraité dans la série Trepalium

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Sylvia Di Pasquale

15/02/2016

Génial. Voilà enfin une série française ambitieuse, qui ose la science-fiction, et qui est diffusée en prime time. Elle s’appelle Trepalium et ses six épisodes (pour le moment) sont visibles chaque jeudi soir sur Arte depuis le 11 février dernier (et en replay ici). En plus, les deux co-créateurs (Antarès Bassis et Sophie Hiet) comme leurs comédiens (Ronit Elkabetz, Charles Berling, Lubna Azabal,…) sont bourrés de talent. Sauf qu’il flotte sur cette fiction comme un malaise. Et ce n’est pas celui qui naît de l’histoire anxiogène qui nous est racontée, mais il vient du propos même du scénario : la façon dont il maltraite le travail.

La série se situe dans un futur proche où 80 % de la population est au chômage. Les 20 % d’actifs, eux, s’activent dans le vide d’un emploi inutile. Le titre Trepalium quant à lui est emprunté au terme latin qui désigne tout à la fois la souffrance et le travail. Et dans la fiction d’Arte, tout le monde souffre, ceux qui ont un job comme ceux qui n’en ont pas.

Cette vision sombre du travail, considérée comme l’un des maux majeurs qui nous accable, est un grand classique des arts en général, un terreau créatif bien plus fertile que celui qui consiste à donner une image émancipatrice du travail. Mais cette vision à charge est, de surcroît, dans cette série en filigrane d’un autre décor, celui d’un monde ultra libéralisé, où la rentabilité serait le seul moteur de la société.

Évidemment, tous ces maux existent, mais ils ne se posent pas (encore) en maîtres du monde. Sauf que cette création pose la question de notre rapport à l’emploi, ou plutôt du rapport des artistes à l’emploi et à leur manière de voir et d’imaginer l’entreprise. Un monde qui n’est pas le leur. Car l’entreprise n’est pas leur domaine.

Et finalement,  ils fantasment sur l’entreprise comme les salariés lambda fantasment sur leur monde d’artistes, considérant, caricaturalement, que dans ce métier, tout le monde couche avec tout le monde et tout le monde se drogue. « De plus en plus, avoir un emploi, c’est aussi craindre de le perdre, vivre dans l’incertitude et l’angoisse », assènent les co-scénaristes.

Dénoncer le massacre des emplois, bravo. Comme ceux qui en sont victimes ne sont pas écoutés, l’artiste est légitime pour  en parler. Mais massacrer le travail au passage, et donner dans la caricature habituelle de l’entreprise où tout le monde bosse la boule au ventre,  je l’avoue, je sature. À quand une grande œuvre de fiction qui parlera autrement du travail qu’en nous filant les pétoches ?

 

Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

 

10

commentaires

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réaliste

08/04/2016

à 15:22

La série est en dessous de la réalité et très bisounours.

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Sukru

17/02/2016

à 15:59

La question qui doit être posée n'est pas celle du traitement du travail par la série mais celle du travail dans notre système capitaliste ultra-libéral. Je ne vois pas à quelle "image émancipatrice du travail" l'auteure fait référence mais le paradigme actuel du travail considère les êtres humains comme une ressource qu'il doit exploiter jusqu'à "épuisement" (dans tous les sens du terme) et de chercher à diminuer leur nombre dans l'organisation pour parvenir à un gain économique.
Dans cette mesure, les créations de postes seront, en toute logique, dans une cadence indéniablement inférieure à l'augmentation de la population mondiale. De toute manière, attendre une croissance infini dans un monde fini serait tout simplement illusoire de notre part.

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GRD38

17/02/2016

à 12:23

Bonjour.

Certes, la série aborde le monde du travail, et l'éclaire sous un angle peu flatteur, avec toutefois un réalisme certain et grinçant.

Cependant, cette activité humaine par ailleurs présente dans une immense majorité des films ou séries tournés de par le monde (et pour cause, étant à la base à la fois du "progrès" et de l'acquisition des moyens de "vivre", elle occupe tout de même la majeur partie de notre temps), n'est qu'un des aspect de notre société moderne et mondialisé.
On peut y retrouver des allusions aux phobies, travers, et déviations de l'humain, souvent déjà vécus douloureusement dans notre histoire.(homophobie, racisme, mépris, sectarisme, humiliation de l'autre, ....).
Regardons le passé, mais aussi hélas le présent, pour voir que l'homme n'a rien appris, et perdure dans ses travers.
Voilà ce qui est le plus frappant, anxiogène et, finalement, douloureux, pour l'humain qui se veut "évolué".
Amer constat, et désillusion ...

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franck HELLEBOID

17/02/2016

à 11:43

Cette série ne décrit elle pas un futur possible, si nous continuons à détruire des emplois (mécanisation, polyvalence, hyperproductivité...) , sans le partager ? La stigmatisation de ceux qui ne "rentrent pas dans les cases, telle qu'on la constate, malheureusement de plus en plus ?
C'est déjà un fait (sans pour autant être universel), le travail est un objet de souffrance pour beaucoup : ceux qui n'en ont pas, ceux qui en ont trop, ceux pour qui il manque de sens ou d'intérêt, qui manquent de reconnaissance et/ou de considération ; ceux que le travail, qui devrait être un moyen de gagner sa vie et de s'épanouir, bride ou maltraite (le pallium)...

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Kenrouedad

17/02/2016

à 10:42

Bonjour,
je pense que Mme Di Pasquale n'a pas compris l'usage de la fiction et que son point de vue est biaisé par son expérience personnelle.
Cette fiction affiche non pas un désir ou une peur mais une possibilité. Le travail n'y est pas dénigré mais c'est l'usage dévoyé de quelques leaders qui est explicité. L'ultra-libéralisme dictatorial décrit dans cette fiction montre un oubli majeur du monde du travail : la société est un partage.

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laurent

17/02/2016

à 10:08

le moins que l'on puisse dire c'est que cette série, très bien faite par ailleurs, fait parler. Au delà de ça il faut bien admettre que cette anticipation met en lumière une réalité qui à mon sens n'est pas si loin. La valeur du travail se dévalue, pour exemple pour le même job il y a 15 ans je gagnais presque le double. Entre temps je suis passé par la case indépendant non validé. La réflexion mené de nos jours sur son évolution est coincé entre des intérêts divergeant et la pression de la mondialisation. Les acteurs sociaux qui ne font plus travail ( étant issu d'une famille de mineur du bassin houiller de Carmaux ou Jean Jaurés a fait ses armes j'en mesure la différence...) la législation compliqué et l'ubérisation nous laisse un avenir aussi sombre que la couleur de Trepalium...

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Eric

17/02/2016

à 09:13

Il me semble qu'à votre tour, aussi, vous fantasmez sur la représentation de l'auteur. Puisque le statut d'auteur n'ouvre pas droit à l'intermittence et que pour vivre de sa plume il faut tout simplement vendre (à une télé, une production ciné, un éditeur ou une agence de com'), nombre d'entre-eux se voient contraints de travailler en entreprise (et beaucoup, d'ailleurs, ne se verraient pas quitter leur job). Ils ont, par conséquent, une connaissance bien plus intime que vous ne le pensez du "monde du travail" (au passage, écrire est aussi un travail et même un métier, et comme ce doit être le vôtre, je m'étonne du distingo que vous semblez induire dans votre article, mais passons...).

Simplement, deux points qui me semblent important de relever.

Tout d'abord, comme le rappelle Guilhem, faire oeuvre de fiction - et tout particulièrement de science-fiction - c'est grossir le trait, décaler le regard et pousser les curseurs afin de donner par le prisme de l'avenir une autre lecture du présent. En cela, le pitch de la série remplit tout à fait ce carnet des charges (après le traitement est, ou non, réussi, mais c'est une autre problématique).

Le second point, c'est que ces auteurs "embedded" dans le monde du travail, portent peut-être sur lui un regard plus distancié. Peut-être, parce que la vie en entreprise n'est pas suffisante pour combler leurs aspirations créatrices, en replacent-ils les enjeux dans une perspective plus juste, ramenant l'idéal de l'homo economicus à la simple contingence matérielle qu'il est. Et c'est peut-être tout simplement cela le message de cette fiction ? S'interroger sur la place de l'humain dans notre monde. En cela, ils s'inscrivent dans une longue lignée d'auteurs et provoquent à l'évidence le débat. Bref, ils font leur boulot d'auteur.

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Christophe

17/02/2016

à 06:57

Vous souhaitez peut-être un scenario coécrit par le Medef?. Les artistes sont libres de s'exprimer et des présenter leur vision du monde du travail et même si le trait est parfois gros

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Guilhem

16/02/2016

à 17:51

Pour être graphiste, soit un artiste pour simplifier, et pour être auto-entrepreneur, mais entrepreneur tout de même, après avoir été freelance, c'est-à-dire une entreprise sans salariés, mais aussi pour m'être retrouvé employé au sein de diverses sociétés de tailles variables, de la micro/familiale à la PME comme des sociétés de production audiovisuelles, en gros la télé, je pense connaître assez bien le monde du travail comme celui de l'entreprise en général, et je ne crois pas que les descriptions que font les artistes de ces mondes-là s'avèrent injustifiées.

Accessoirement, je trouve aussi qu'axer un billet sur l'idée comme quoi les artistes font systématiquement ou presque des représentations fausses du monde du travail révèle un certain biais. D'abord parce que l'écrasante majorité des artistes ne sont pas des Depardieu ou des Obispo, donc ne vivent pas de leur art et doivent par conséquent faire toutes sortes de boulots pour payer leurs factures, de sorte qu'ils apprennent eux aussi à connaître le monde du travail ; ensuite parce qu'aucun d'entre eux ne vit dans une tour d'ivoire d'où il produit d'impérissables chefs-d'œuvres et que leur statut d'artiste ne les empêche pas d'observer leurs proches et d'entendre leurs témoignages, ni même de suivre l'actualité...

Peut-être après tout qu'il y a une raison derrière ce dénigrement du travail. Peut-être aussi que ceux ayant la chance de s'épanouir au travail pourraient envisager que d'autres en ont moins. Peut-être, enfin, que si on ne menaçait pas nos emplois en permanence, ou tout simplement qu'on les payait à leur juste valeur on aurait davantage envie de bosser.

Pour finir, il vaut de rappeler que la science-fiction n'est que ça – de la fiction. La prendre trop au pied de la lettre est une erreur aussi fatale que d'ignorer ses avertissements : nous savons que le chômage ne cesse d'augmenter chez nous comme ailleurs, que la robotisation n'arrangera rien quoi qu'en pensent ceux qui croient que n'importe qui pourra devenir ingénieur en révélant ainsi leur ignorance crasse d'un secteur en progression constante – donc qui demande toujours plus de spécialisation, pour simplifier – et qu'un avenir comme celui décrit dans Trepalium n'est pas très loin d'advenir.

Comme on dit, poser la question, c'est y répondre, et c'est bien le rôle des œuvres de fiction de poser des questions : après tout, le futur n'est jamais écrit d'avance...

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Béatrice Mimoso

16/02/2016

à 17:49

Cette série me semble dénoncer la dérive qui consiste pour quelques uns à s'approprier le pouvoir de décider du sort de tous les autres au travers d'un système qui n'a de sens que pour eux et au détriment de tous. Selon moi, ce n'est pas le travail qui est en cause, mais l'usage qui en est fait, où l'homme n'est plus qu'une ressource interchangeable, sans existence propre, qui n'a de valeur que par son utilité et non son individualité. La science fiction peut alors rejoindre ici une réalité proche.
C'est en cela que la série est intéressante. Les artistes grossissent le trait pour inciter à s'interroger, pour prévenir plutôt que pour avoir à guérir !

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