Le Travail privé d'Emploi

Publié le 21 mai 2007 Sylvia Di Pasquale

Dire qu'on s'imaginait que travail et emploi signifiaient à peu près la même chose. Que nenni. On sait depuis vendredi matin, 9h45, que les deux mots se connaissent à peine. D'ailleurs, ils n'habitent même pas ensemble. L'Emploi s'est installé à Bercy, alors que le Travail a posé ses valises à l'autre bout de Paris, rue de Grenelle.

Jusqu'à leurs tuteurs qui ne se ressemblent guère. L'Emploi est dans l'escarcelle du trublion frisé Jean-Louis Borloo, et le Travail dans celle du plus sage (en apparence) Xavier Bertrand. Une situation qui crée comme un trouble chez les professionnels concernés. Et en premier lieu les partenaires sociaux. Les syndicats se demandent qui sera leur interlocuteur. D'autant qu'un troisième ministère, en charge des comptes publics, est aux mains d'Eric Woerth. Comme nos syndicats de salariés sont plutôt très concernés par tout ce qui touche au public, les voilà un poil décontenancés.

Et si ce redéploiement du boulot façon puzzle aux quatre coins de Paris était une manœuvre subtile ? On imagine François Chérèque, Jean-Claude Mailly et Laurence Parisot (tous ensemble, tous ensemble) errant dans les rues de la capitale, plan en main, à la recherche de la table de négociations. Lorsque, essoufflés, ils sonnent enfin à la porte du paquebot de Bercy, un Borloo plutôt chiffon pourra parfaitement leur répondre qu'ils se sont trompés d'adresse. Un Xavier Bertrand, coiffé de frais, peut leur tenir la même réponse. Un jeu de piste qui laissera tout le temps aux ministres effectivement concernés de s'attaquer au Rubik's Cube que leur a posé le nouveau président de la République : mettre en place sans heurts et dans un délai ultra court la réduction du chômage à 5%, le service minimum dans les transports publics, le contrat de travail unique, la flexisécurité, la fin des régimes spéciaux de retraite, l'interdiction des golden parachutes, le maintien des 35 heures (comme durée minimum), la détaxation des heures sup et une meilleure qualité à la cantoche de midi.

On plaisante, évidemment. Car chacun sait que les partenaires sociaux ont d'excellents GPS dans leurs voitures de fonction. Quand même, cette nouvelle répartition des périmètres d'actions, et du travail en l'occurrence, entre différents ministères pose question quant à la feuille de route du nouveau gouvernement. Installer l'Emploi à Bercy est une manière de signifier que c'est un enjeu avant tout économique. Mais que la part de « social » qu'il inclut n'est pas dépendante des orientations qui sont prises. Une logique qui contraint de confier le Travail à un autre ministère. Un peu comme si la DRH d'une entreprise était transférée à la direction financière, sans sa partie relations sociales. On peut approuver, ou pas.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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