Les « beurgeois » au-delà des clichés

Publié le 08 octobre 2007 Sylvia Di Pasquale

Parfois, derrière un cliché se cache une pépite. Qu'on peut rater faute de vigilance. Prenez le documentaire qui sera diffusé mardi à 20h40 sur France 5. Intitulé « Fils et filles de... », il risque une audience riquiqui à cause de son titre ambigu. Les enièmes ramassis de nouvelles sur le vide abyssal de la vie des héritiers Hilton, Richie ou Trucmuche, non merci. En réalité, le documentaire programmé mardi à 20h40 sur France 5, est une nécessité. Car ses auteurs, Catherine Sebag et Jean Thomas Ceccaldi (un fils de... ?) pointent leurs projecteurs vers ceux qu'ils appellent les « beurgeois ».

Pitché comme ça, on pourrait faire une deuxième impasse regrettable sur la découverte d'une énième tendance à la mode qui tend à rabattre dans un enclos commun tous ceux qui ont quelques similitudes de parcours. On évitera donc de ranger nos cadres d'origine maghrébine - puisque c'est d'eux qu'il s'agit - dans une case sociologique entre les bobos, les rurbains et les metrosexuels.

Hormis cette bourde, la petite heure de télévision est on ne peut plus recommandable. Car précisément, elle ne tombe pas dans les clichés où ce terme de « beurgeois » - définitivement malsain - aimerait la faire chuter. Oui ces enfants de l'immigration sont parvenus à un statut social largement supérieur à celui de leurs parents. Mais non, les réalisateurs n'en font pas la chronique manichéenne d'une success story comme la pratique une certaine presse économique ou d'autres émissions télévisés.

Ici pas de nouveaux riches qui se sont intégrés à la force du poignet, qui en ont bavé mais sont aussi contents d'eux-mêmes que de leur parcours. A la place, on entend leurs doutes, leurs questions sur ce qu'ils sont, ont été et deviendront. L'un d'eux, devenu éditeur et président du Rugby club toulonnais (position plutôt en vue en ces jours de succès français) résume parfaitement leur situation et trajectoire à tous. « Ce qui est important, ce n'est pas là où l'on se situe, mais c'est l'écart entre là où l'on est né et là où on est aujourd'hui. »

Un grand écart qui les conduit tous, à un moment donné de leur vie à ressentir un sentiment d'imposture. Comme cette auditrice financière chez Ernst & Young qui a la curieuse impression de n'être jamais vraiment à sa place. Comme l'éditeur toulonnais, encore, qui éprouve le même sentiment, lorsqu'il dîne dans un grand restaurant : « Je me dis qu'ils vont s'apercevoir que je suis un usurpateur et qu'ils vont me virer. » Une angoisse profonde, une crainte de retourner là-bas, de l'autre côté du miroir de l'argent.

La richesse et la pauvreté : des notions qui à leurs yeux semblent plus importantes que leurs origines ethniques. « C'est plus dur d'être pauvre qu'arabe, explique l'un d'eux, ajoutant dans un sourire, d'ailleurs aujourd'hui, je suis toujours arabe ». Car ces témoignages sans enluminures sont aussi joyeusement revigorants. Pour ceux qui se voient fermer des portes comme pour ceux qui ne veulent pas les ouvrir aux autres. Une œuvre à la fois juste et utile est forcément indispensable. Lutter contre les a priori, c'est le boulot des recruteurs. C'est parfois celui des téléspectateurs aussi...

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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