Les cadres attendent des offres d'emploi moins floues

Sylvia Di Pasquale

Les cadres attendent des offres d'emploi moins floues

Du jamais vu. Près de la moitié des cadres (46 %) sont ouverts aux « opportunités professionnelles », selon le 16ᵉ baromètre Cadremploi réalisé par l’Ifop* qui vient de paraître. En clair, ils veulent changer de poste, changer d’entreprise, changer de secteur, peu importe : ils veulent changer de boulot. Champagne ! Ils ont confiance en l’économie qui a retrouvé la frite. Hourra !  Vos collègues vont enfin vous lâcher avec leurs envies (bizarrement toujours remises aux calendes grecques) de claquer leur démission et les services recrutement vont enfin pourvoir les postes qu’ils désespéraient de staffer, faute de candidats mobiles.

Évidemment, il n’y en aura pas pour tout le monde : en 2016, l’Apec a situé le nombre d’offres d’emploi cadres aux alentours de 200 000 alors qu’ils sont plus d’1 million à se déclarer prêts à partir dans l'année qui vient, selon notre enquête. Alors nos cols blancs écument le Web pour y trouver l’annonce qui va bien, l’opportunité qui va leur faire du bien. Et c’est là que ça coince. Toujours selon notre baromètre, les candidats sont relativement déçus par les offres qui leur sont proposées. Non pas que les postes leur déplaisent, soient surdimensionnés ou trop mal payés. Le problème est plus basique : les annonces sont rédigées en langue floue. Un mélange de sanskrit et de cunéiforme. On exagère à peine. Chez Cadremploi, nous incitons bien sûr les recruteurs à rédiger autrement, voire à s'adresser à vous par vidéo. Certains le font, d'autres rechignent.

Selon les sondés, il manque pourtant souvent des informations de base dans les offres. Comme la rémunération fixe et variable. Alors que 93 % des sondés estiment cette info importante, seuls 37 % de ceux qui consultent les annonces l’estiment « bien traitée ». De même quand 94 % des cadres interrogés attendent des infos sur les responsabilités exercées et le nombre de personnes à encadrer, seuls 56 % s’estiment suffisamment informés. Évidemment, 42 % déplorent également que certaines annonces ne mentionnent pas le nom de l’entreprise alors qu’ils sont 91 % à attendre cette info. Un anonymat difficile à éradiquer car nombre d’entreprises ne tiennent pas à faire savoir notamment au cadre encore en poste, qu’on lui cherche un remplaçant. Les déplacements et leur fréquence ? Un point pourtant important, lorsqu’il s’agit de candidater en ayant pris soin d’en parler à ses proches, réclamé par 87 % des sondés et jugé renseigné par 42 % seulement.

Et le pompon sur la cerise : ils ne sont que 27 % à penser que la culture de l’entreprise est bien, ou très bien abordée. C’est peu. Surtout que 85 % des cadres pensent que le sujet est important dans le choix de telle ou telle boîte. Il peut même être déclencheur de l'envie de postuler, n'est-il pas ?

Alors que faire ?  La solution consiste à accélérer le passage au XXIᵉ siècle de l'offre d'emploi, qu'elle soit hébergée sur un jobboard ou sur les réseaux sociaux. Ce qui reviendrait à ne plus seulement la décliner en un enchaînement de phrases creuses mais dans une langue libérée. Qui ose l'humour dans le descriptif de l'entreprise par exemple (il y en a !). Ou qui s'interdit les fades adjectifs mille fois labourés comme rigoureux, organisé, autonome pour saler leurs annonces avec des notions d'"humilité", de "solidarité", de "culture générale" ou même d'anti-routine. Le tout agrémenté d'une vidéo anti-Musée Grévin qui permet de visualiser l’ambiance de l'entreprise, de compter le nombre de plantes vertes dans les open space, de voir l'âge du capitaine, celui des matelots et leur façon d'interagir dans des scènes de vraie vie et non de poses compassées face  caméra. Et même... dans lesquelles les salariés prennent la parole (comme le souhaitent 65 % de nos sondés) et parlent de leur job pour inciter les autres à les rejoindre. Une ère que nous sommes nombreux à appeler de nos vœux.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

* 16ᵉ baromètre Cadremploi Ifop, février 2017

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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