Les cadres dans les bras d'Edvige

Sylvia Di Pasquale

On n'est pas là pour voir le défilé des protestations. Ni pour s'en mêler. Notre rôle n'est pas de participer à la polémique (quoique) qui agite en ce moment le landerneau politico-médiatico-associatif sur le fameux fichier d' « exploitation documentaire et de valorisation de l'information générale », autrement dit « Edvige ». Ça y est, vous remettez ? Il s'agit de ce fameux dispositif officiel de collecte automatisée de données personnelles sur les citoyens français qui recense (entre autres), les orientations politiques, religieuses ou sexuelles des individus.

D'autres que nous se chargent très largement et habilement de dénoncer ou d'encenser cette banque de données ultra complète destinée au gouvernement et à ses représentants dans les départements et les collectivités. Pourtant, il est un élément qui nous titille particulièrement l'entendement dans les très nombreux et contestables critères qu'Edvige prend en compte pour coller une étiquette sur chacun d'entre vous et moi. C'est celui qui consiste à mettre en fiche les personnes « ayant sollicité, exercé ou exerçant un mandat économique ou qui jouent un rôle économique significatif ». Fichtre. Pour être floue, cette notion n'en est pas moins d'une largesse qui englobe à peu près tout ce qu'un fonctionnaire zélé et imaginatif des renseignements généraux voudra bien y fourrer. Ainsi, selon ce décret publié au journal officiel le 1ᵉʳ juillet dernier, un chef d'entreprise ou un cadre pourrait parfaitement se retrouver dans les bras d'Edvige. Les termes « rôle économique significatif » étant laissé au jugement de l'agent chargé de nourrir le fichier, on peut même élargir cette notion à tout adulte en activité, qu'il soit salarié ou indépendant. Puisque par son activité, il participe au PIB de son pays.

Evidemment, Edvige n'est pas une première. De tous temps et en toutes sociétés, le renseignement et le fichage ont été utilisés pour lutter contre l'insécurité. Sauf que jusqu'à présent, ils ne prenaient en compte que les agissements susceptibles de menacer l'ordre public. Dorénavant et par la grâce d'Edvige, tout un chacun est suspect et susceptible de voir son intimité dûment  répertoriée. D'autant que, contrairement aux anciens fichiers de police, celui-ci peut être utilisé dans le cadre d'une enquête administrative. Par là-même, il est consultable lorsqu'un candidat souhaite travailler dans la fonction publique. Par le biais d'un concours ou pas.

Il est évidemment curieux de constater que dans un pays où, il y a un an encore, de nombreux experts de gauche comme de droite évoquaient les bienfaits d'un CV anonyme, un tel décret puisse voir le jour.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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