Les cadres n'ont dit que des non dits

Publié le 22 octobre 2007 Sylvia Di Pasquale

Et vous, ça va comment ? Parce que la majorité de vos collègues cadres va plutôt pas mal. Il suffit de jeter un œil sur la dernière vague de notre sondage Cadremploi.fr. Conditions de travail, stress, arrêts maladie ont été abordés en toute sérénité. Pas question d'interroger les cols blancs en présence de leur hiérarchie ou de la DRH. C'est un sondage en catimini, où chacun, au téléphone a pu s'exprimer librement et de manière totalement anonyme.

On vous raconte tout ça en guise de préambule car, au vu des résultats, on pourrait penser que les réponses ont été dictées par les directions de la propagande des grandes entreprises réunies. C'est que, lorsqu'on leur parle d'arrêts maladie, les cadres réagissent comme un chœur : c'est niet. Qu'on se le dise, 96% d'entre eux n'ont pris aucun congé pour raison de santé au cours des 12 derniers mois. A une autre question, la réponse est certes moins unanime, mais tellement majoritaire qu'elle ferait passer le score électoral de notre président célibataire pour une victoire à l'arraché. Leur entreprise leur assure-t-elle des conditions de travail optimales, sans danger pour leur santé physique et mentale ? Ils sont 73% à répondre par l'affirmative. Devant tant de bien-être, on ne peut que replier nos gaules d'inquiétude et remiser notre camionnette de livraison de tristes nouvelles.

Bien sûr, au détour d'une autre question, ils avouent à une courte majorité (53%) que la médecine du travail n'est pas capable, selon eux, d'évaluer les risques liés aux conditions de travail. Etant donné les moyens dont dispose ce service public, on se doute bien que ses résultats peuvent difficilement être à la hauteur des attentes de ses patients. La réponse est donc on ne peut plus prévisible.

Reste tout le reste. Cet élan de positivisme affiché pose tout de même question. Pourquoi diantre l'opinion des cadres sur leurs conditions de travail est-elle en tel décalage avec d'autres indicateurs qui tous constatent, année après année, une détérioration des conditions de travail, une montée du stress, de la pression et un rallongement des horaires de travail pour cette catégorie tout particulièrement ?

Alors on pense à d'autres enquêtes, d'autres sondages qui, apparemment n'ont aucun rapport avec celui-là. Ils concernent les produits de luxe. Lorsque l'on interroge les acheteurs de montres très suisses et très chères, les conducteurs de grosses et dispendieuses berlines germaniques, ou les pilotes d'onéreux bolides italiens, ils sont eux aussi unanimes. Les joujoux qu'ils se sont offerts sont d'une fiabilité à toute épreuve. Même si des études très sérieuses prouvent que les retours au garage ou à l'atelier des ces jolis objets sont tout aussi fréquents, voire plus, que ceux de produits moins chers. C'est que, lorsque l'on a payé très cher une auto ou une belle montre et donc un statut social, on ne renâcle pas. Ce serait avouer une erreur proportionnelle au prix dépensé.

On peut râler lorsque sa Twingo ne démarre pas le matin, pas si c'est une Ferrari. Peut être que les non dits des cadres sont du même tonneau. Car ils en ont bavé pour en arriver là. Ils ont avalé des couleuvres, se sont assis sur des convictions, fait des horaires à rallonge, empiété sur leurs nuits de sommeil, délaissé leur famille pour travailler plus. Ils ont investi beaucoup d'eux-mêmes dans leur travail sans qu'on ne leur demande rien. Du moins pas directement. Et après tous ces efforts, il faudrait qu'ils se posent des questions sur le coût d'un tel statut social ? C'est peut-être beaucoup leur demander.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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