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Les cadres pas vraiment mûrs pour la disparition du CDI

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Sylvia Di Pasquale

25/04/2016

Alors comme ça, c’en serait fini du CDI comme nirvana du contrat ? Alors comme ça, le rêve des cadres prendrait de plus en plus la forme d’une vie de free-lance ? On pourrait le croire si l’on se réfère à l’étude* réalisée par l'institut TNS Sofres pour la fondation ITG.  Qui nous apprend que 72 % des cols blancs estimeraient que le bon vieux contrat à durée indéterminée ne sera bientôt plus le mètre étalon du boulot. Cette grosse majorité n’était que de 65 % en 2014. De plus, 82 % d’entre eux se montreraient plutôt conciliants avec le travail indépendant, en tant que nouveau paradigme de la relation de travail. 

Comment expliquer ce fatalisme face au déclin du CDI et cette attirance pour le travail indépendant ? 

Première hypothèse : à force d’entendre les chiffres du chômage galopant, les cols blancs se prépareraient à perdre leur emploi de salarié et se conditionneraient sans barguigner à travailler autrement. Si c’est le cas, on peut s’étonner de leur position : ils fantasment une précarisation qui les épargne jusqu’alors, puisqu’ils sont deux fois moins touchés par le chômage que les autres catégories professionnelles, et qu’ils sont deux fois plus souvent en CDI aussi.

Deuxième hypothèse : c’est justement du haut de leur Olympe qu’ils peuvent rêver d’indépendance. Car dans leur situation de plein emploi, ils sont persuadés, peut-être à juste titre, qu’après avoir enjambé la barrière de l’entreprenariat, ils n’auront aucun mal à décrocher des commandes, et à trouver des clients. 

Deux autres résultats figurant dans ce baromètre viennent jouer les trouble-fêtes.

D’abord, 88 % des cadres se disent satisfaits de leur travail actuel. Ils affirment être suffisamment autonomes et responsabilisés (+2 points vs 2014), et même bien rémunérés (+2 points également). Étonnant pour des candidats à l'entreprenariat. Seuls 12 % se montrent mécontents et aspirent à un meilleur salaire, davantage de reconnaissance et des perspectives à moyen terme. Autre résultat contradictoire : quasiment la totalité des cadres interrogés témoignent de leur attachement aux bonnes vieilles protections sociales que sont les points retraites (95 %), l’assurance maladie (95 %) et l’assurance chômage (92 %).

Fichtre ! Ils ont beau douter de la pérennité du CDI, ils semblent diablement plébisciter ses atours. Alors le doute s’installe. Surtout quand on réalise que l’un des commanditaires de l’étude a quelque intérêt à prôner les « nouvelles formes de travail » et notamment le portage salarial. 

Se pointe alors une troisième hypothèse : finalement, cette fin du CDI à laquelle les cadres, fatalistes, se prépareraient ne serait-elle pas un fantasme de DRH ? Une prophétie auto-réalisatrice, comme disent joliment les psys pour désigner la tentation de croire à ce que l’on espère.

Il faut dire que, ces derniers temps, les DRH ne s’occupent plus seulement de recrutement, de gestion de carrière ou de formation de leur personnel permanent. À force d’"accompagner" la transformation des business model, ils ont appris à acheter des compétences externes. Parfois même à d’anciens salariés, volontairement devenus prestataires (notamment) de leur ancien boss en créant leur propre structure. 

Cette transformation de l’entreprise, Jacques Attali et ses amis canadiens l’évoquaient déjà en 2007, en expliquant que les boîtes de demain ressembleraient au Cirque du Soleil et à ses cohortes d’intermittents. Et que la réussite de cette entreprise de spectacle tenait à ce mode de fonctionnement. Avec d'une part une "élite d'intermittents" et d'autre part une "base de permanents à mobilité réduite." Si sa prophétie se réalise, ce sera dans tous les cas, la plus importante révolution du monde du travail depuis la révolution industrielle. C’était il y a 170 ans.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

*3e baromètre sur les cadres, réalisé par TNS Sofres, auprès d’un échantillon de 500 cadres du secteur privé, représentatif de la population des cadres âgés de 18 ans et plus.

5

commentaires

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Patrick

07/05/2016

à 16:24

En tant que cadre, il est juste de se poser la question du changement, surtout à l' âge de la maturité et de l'excellence dans son domaine, sa spécialité. A l'âge aussi où l'on est "cher, exigeant (je n'ai pas dis psychorigide !) et plus tout à fait jeune".

Concernant le portage salarial, pour le vivre depuis quelques temps en tant que consultant indépendant, je trouve intéressants les commentaires faits jusqu'à présent par les personnes qui ont répondues à cet article.
D'autant plus intéressant que je suis spécialisé dans le Lean et l'amélioration des environnements et qualités de vie au travail.

Pour ce qui me concerne, j'ai été amené à réfléchir au portage salarial après une vingtaine d'années en CDI, globalement confortables et heureuses dans l'industrie (aéronautique & spatiale puis automobile).

Avant de m'engager selon cette organisation, j'ai essayé de peser le pour et le contre par rapport à mes aspirations et mes contraintes personnelles.
Je ne regrette pas ce choix. Mais il faut bien réfléchir à ses exigences familiales ou sociales, ainsi qu'à ses taux de gestion au regard du CA généré et de ses charges associées. Il faut aussi se doter de moyens efficaces de prospection et d'action commerciale, sinon c'est le plongeon.
Déménager pour s'implanter sur un bassin d'activités à potentiel élargi, pourra être nécessaire mais aussi constitué un cas de conscience, ce que j'ai vécu pour m'installer en Rhône-Alpes.

En tout cas, travailler comme indépendant nécessite souvent abnégation, investissement sans compter son temps, maîtrise de son stress et bonne gestion de son sommeil. Des points de vigilance que l'activité en mode CDI n'impose pas toujours.
Heureusement que ce mode d'exercice apporte parfois d'intenses sources de contentement.

Quelle sera l'avenir à court ou moyen terme du CDI et dans quelles proportions. Nul ne le sait exactement même si la tendance à ce jour est apparente.
Par contre, il reste très probable que des coureurs cyclistes qui arrivent en haut du col en premier, soient parmi ceux qui franchiront la ligne d'arrivée parmi les premiers dans la vallée.

Patrick 07.05.2016

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MJTDM

27/04/2016

à 19:54

Le portage salarial, ce n'est pas la panacée (il faut trouver ses contrats) mais le cdi peut être un piège (salarié bénéficiant d'un contrat indéterminé dans une structure dysfonctionnelle pour quelque raison que ce soit). Avec l'expérience, je milite maintenant pour un contrat flexi-sécurité, ou agile dans les deux sens : c'est un contrat libre, l'employeur peut te licencier sans préavis, sans motif, mais toi, salarié, tu peux le quitter de même, et tu auras quand même le droit à tes indemnités chômage - sur 6 mois par exemple. Cela éviterait bien des conflits, des dépenses à la Sécurité sociale, des abus de comportements. L'employeur aurait la flexibilité tant attendue, mais le salarié aurait une "certaine sécurité" avec la possibilité de partir en cas de situation dégradée ou de désir d'évoluer, tout en touchant le chômage. gageons que cela éviterait bien des burn out et maladies longue durée ! Cela favoriserait le bien être au travail et pourrait désengorger les prudhommes. Certains pays européens se sont engagés dans cette voie, tel le Danemark me dit-on. Qu'en pensez-vous ?

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François

26/04/2016

à 14:21

Etre travailleur indépendant, c'est savoir se vendre et y passer du temps; c'est jouer le rôle d'un pompier appelé en urgence pour éteindre un incendie, mais qui ne saura jamais ce qu'il a permis d'éteindre ou d'aider à reconstruire; c'est gérer sa trésorerie et son temps en sachant concilier des demandes contradictoires et des cahiers des charges flous, ou impossibles à tenir; c'est l'incertitude pour demain et le stress au quotidien... mais c'est aussi l'élargissement des compétences, le développement de nouvelles aptitudes à la communication, la découverte d'autres univers professionnels... Ne pas fantasmer, savoir ce qu'on y trouve et aussi ce qu'on y perd (les relations sociales au quotidien, l'ouverture aux autres métiers de l'entreprise, le sens de l'équipe, de l'anticipation, la construction au long cours...). Bref, intérêts et limites, mais pas pour tout le monde, et pas pour toutes les compétences! Ne pas croire en tout cas que c'est un rêve et un eldorado, indépendance rime aussi avec renforcement des dépendances! Amitiés

> Répondre

Dom

26/04/2016

à 13:53

4ème hypothèse : souvent, les sondages donnent des résultats en accord avec les rêves ou les souhaits de leurs commanditaires. En l'occurence la Fondation ITG (créée par le leader français du portage salarial), qui pose comme postulat de départ de son action et de ses valeurs que les salariés rêvent d'autonomie. Mais attention, pour eux, autonomie ne veut pas dire "CDI + relation de confiance totale de la part de la hiérarchie" (non, ce serait trop beau). Autonomie ça veut dire "tu viens d'avoir 45 ans, on te propose de démissionner bien gentiment sans faire d'histoires, de te mettre en free-lance, et si tu es gentil on te donnera peut-être des missions de temps en temps, et ta mutuelle et ta retraite tu te la paieras tout seul. N'oublies pas de taper dans tes mains pour exprimer ta joie devant tant de liberté".

> Répondre

En réponse à Dom

JPG

27/04/2016

à 16:23

Oui vous avez raison.
De toute manière, et pour abonder, le CDI n'a plus de valeur...on peut toujours trouver une excuse pour vous licencier...

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