Les couacs des organisations trop libérées

Sylvia Di Pasquale

Les couacs des organisations trop libérées

A priori, un coup de karcher malencontreux n’a aucun rapport avec une cachotterie illégale qui devrait être facturée, au bas mot, 25 milliards d’euros. Et pourtant, la récente bourde des services techniques de la ville de Reims, comme le dieselgate qui a frappé le groupe Volkswagen ont en commun un gros déficit de management, une absence de communication interne et une perte de repères des équipes exécutantes. Qu’a-t-il donc bien pu se passer dans la bonne ville champenoise qui puisse servir d’exemple à toutes les entreprises, au-delà de la Marne ?

La municipalité a fait comme beaucoup de municipalités : elle a passé commande d’une œuvre à un artiste et lui a offert la possibilité d’exposer en ses murs. C215, (Christian Guémy de son vrai nom) est un street artist de renom et son expo doit se dérouler dans quelques semaines. En attendant, et pour teaser quelque peu l’événement à venir, les services culturels de la mairie lui ont demandé de réaliser quelques œuvres en ville. C’était sans compter sur le zèle du département Propreté des services techniques.

La municipalité a fait comme beaucoup de municipalités : elle a passé commande d’une œuvre à un artiste et lui a offert la possibilité d’exposer en ses murs. L’artiste est un graffeur reconnu baptisé C215 (Christian Guémy de son vrai nom) et son expo doit se dérouler dans quelques semaines. En attendant, et pour teaser quelque peu l’événement à venir, les services culturels de la mairie lui ont demandé de réaliser quelques grafs en ville. C’était sans compter sur le zèle du département « propreté » des services techniques.

Assurément, on peut se dire que des ouvriers municipaux ne sont censés connaître ni l’art contemporain ni C215. Mais ce serait faire preuve d’une épouvantable suffisance. D’autant plus que les pertes de repères entre ce qui est bien ou ce qui l’est moins, comme ce qui est légal ou ne l’est pas, n’est pas une exclusivité des personnels peu qualifiés et peut être le fait de cadres plutôt supérieurs et d’ingénieurs qui ne le sont pas moins. De même que le manque de directives managériales n’est pas la propriété des seules collectivités locales.

La preuve un peu plus loin à l’est, à Wolfsburg en Allemagne. C’est là, au siège de Volkswagen que la direction a souhaité, il y a quelques années, s’emparer du marché américain des voitures diesel. Les normes US en la matière sont draconiennes ? Pas grave. Ordre a été donné aux équipes de se débrouiller pour passer cet examen, et pas besoin de reporting très précis. « Soyez autonomes et créatifs les gars » : tel devait être, en substance, le brief de l’époque aux services en charge du défi américain. Elles ont été créatives, en utilisant un logiciel hors-la-loi dont la fonction était de mettre le moteur en conformité le temps du test américain. La direction, ravie, n’y a vu que les 500 000 voitures supplémentaires vendues chaque année outre-Atlantique. Jusqu’à la découverte de l’embrouille. 

À Reims, comme à Wolfsburg, la communication interne a été défaillante, le management absent, les ingénieurs et les techniciens livrés à eux-mêmes, perdant même au passage le plus élémentaire repère du bien, du mal, de l’illégal et de ce qui ne l’est pas. L’autonomie débridée et le non-management : voilà des défauts inhérents aux organisations, « libérées » uniquement quand ça les arrange.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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