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Les couacs des organisations trop libérées

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Sylvia Di Pasquale

29/02/2016

A priori, un coup de karcher malencontreux n’a aucun rapport avec une cachotterie illégale qui devrait être facturée, au bas mot, 25 milliards d’euros. Et pourtant, la récente bourde des services techniques de la ville de Reims, comme le dieselgate qui a frappé le groupe Volkswagen ont en commun un gros déficit de management, une absence de communication interne et une perte de repères des équipes exécutantes. Qu’a-t-il donc bien pu se passer dans la bonne ville champenoise qui puisse servir d’exemple à toutes les entreprises, au-delà de la Marne ?

La municipalité a fait comme beaucoup de municipalités : elle a passé commande d’une œuvre à un artiste et lui a offert la possibilité d’exposer en ses murs. C215, (Christian Guémy de son vrai nom) est un street artist de renom et son expo doit se dérouler dans quelques semaines. En attendant, et pour teaser quelque peu l’événement à venir, les services culturels de la mairie lui ont demandé de réaliser quelques œuvres en ville. C’était sans compter sur le zèle du département Propreté des services techniques.

La municipalité a fait comme beaucoup de municipalités : elle a passé commande d’une œuvre à un artiste et lui a offert la possibilité d’exposer en ses murs. L’artiste est un graffeur reconnu baptisé C215 (Christian Guémy de son vrai nom) et son expo doit se dérouler dans quelques semaines. En attendant, et pour teaser quelque peu l’événement à venir, les services culturels de la mairie lui ont demandé de réaliser quelques grafs en ville. C’était sans compter sur le zèle du département « propreté » des services techniques.

Assurément, on peut se dire que des ouvriers municipaux ne sont censés connaître ni l’art contemporain ni C215. Mais ce serait faire preuve d’une épouvantable suffisance. D’autant plus que les pertes de repères entre ce qui est bien ou ce qui l’est moins, comme ce qui est légal ou ne l’est pas, n’est pas une exclusivité des personnels peu qualifiés et peut être le fait de cadres plutôt supérieurs et d’ingénieurs qui ne le sont pas moins. De même que le manque de directives managériales n’est pas la propriété des seules collectivités locales.

La preuve un peu plus loin à l’est, à Wolfsburg en Allemagne. C’est là, au siège de Volkswagen que la direction a souhaité, il y a quelques années, s’emparer du marché américain des voitures diesel. Les normes US en la matière sont draconiennes ? Pas grave. Ordre a été donné aux équipes de se débrouiller pour passer cet examen, et pas besoin de reporting très précis. « Soyez autonomes et créatifs les gars » : tel devait être, en substance, le brief de l’époque aux services en charge du défi américain. Elles ont été créatives, en utilisant un logiciel hors-la-loi dont la fonction était de mettre le moteur en conformité le temps du test américain. La direction, ravie, n’y a vu que les 500 000 voitures supplémentaires vendues chaque année outre-Atlantique. Jusqu’à la découverte de l’embrouille. 

À Reims, comme à Wolfsburg, la communication interne a été défaillante, le management absent, les ingénieurs et les techniciens livrés à eux-mêmes, perdant même au passage le plus élémentaire repère du bien, du mal, de l’illégal et de ce qui ne l’est pas. L’autonomie débridée et le non-management : voilà des défauts inhérents aux organisations, « libérées » uniquement quand ça les arrange.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

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commentaires

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Dom

15/03/2016

à 16:27

Pour moi dans le cas de Reims, c'est juste une équipe d' exécutants sans culture générale (et sans encadrement) qui ne sait pas faire la différence entre une oeuvre et un tag.
Par contre dans le cas de VW, c'est une dérive éthique gravissime (pourtant je suis client fidèle chez eux !) de la part du top management (aucun salarié de base n'aurait pu ou osé prendre une telle décision seul), qui est devenu esclave du rendement de l'action VW, et qui finit par croire que ce rendement d'action est plus important que n'importe quoi d'autre, et que la fin justifie les moyens dans tous les cas. Ajoutons à cela la légendaire discipline allemande (qui leur a déjà joué des tours dans l'Histoire), qui empêche les subordonnés de remettre en cause les décisions du Chef, et vous avez là un cocktail explosif...

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Denis Deblevid

09/03/2016

à 10:46

Je suis en accord avec Steph.
Ceci étant dit, peut-être que l'article a été relu, et que l'exercice proposé nous permet d'expérimenter l'utilité et l'efficacité d'une répétition de l'information?
De fait, le sujet est intéressant.
Cependant, trop souvent les dysfonctionnements inhérents à un système humain ne se diagnostiques qu'après une lourde perte financière, matérielle, ou plus grave... justement : HUMAINE (suicide par exemple)!
Jamais un système ne sera parfait et heureusement!
Cependant, si c'est l'humain qui se retrouve au centre de ce système IL SERAIT TEMPS D'EN PRENDRE SOIN!

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Christine

03/03/2016

à 12:35

Je suis d'accord avec les commentaires avec Michèle et Michel. Cela n'a rien à voir avec une entreprise libérée qui elle n'a pas de managers. Dans le cas exposé il s'agit d'une organisation hiérarchique classique très lourde à plusieurs étages au point que les informations circulent mal et lentement. Personne ne se sent responsable de rien. Dans une entreprise libérée, on rend les personnes responsables d'une activité et les informations circulent rapidement pour une organisation agile.

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Michel

02/03/2016

à 20:51

Bien vu Steph, je me suis fait la même réflexion.
Effectivement les deux histoires sont intéressantes / édifiantes sur les comportements actuels
(et je ne suis pas au courant de tout ce que l'on peut trouver en terme de management aléatoire avant que le web existe...)
et je suis, moi aussi, convaincu que l'EL n'a rien à voir en cela !
L'Entreprise libérée, c'est le partage des valeurs fondamentales - pour l'organisation - ET la communication sur les actions en cours pour permettre de laisser faire ce qui doit être fait ; donc si quelqu'un n'est pas au courant, c'est qu'il n'y a pas eu de communication / de dialogue / de participation... ce n'est donc pas une EL ! cqfd

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Michèle Raulin

01/03/2016

à 15:15

Ce ne sont pas des organisations libérées mais des organisations dont les salariés sont livrés à eux mêmes ! Ce n'est pas la même chose .

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steph

01/03/2016

à 12:55

Et si Sylvia s'appliquait à elle même ce constat, elle ferait relire sa chronique... Et y gagnerait en finition. Dommage car le message est intéressant.

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