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Les quincados refusent d’être exclus du boulot

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Sylvia Di Pasquale

01/04/2019

Non, les « quincados » ne sont pas des guerriers sud-américains tout droit sortis d’un album de Tintin. C’est la contraction joliment contradictoire de « quinquagénaires » et d’« adolescents ». Ils ont entre 45 et 60 ans et se sentent frais comme des jeunots. Une appellation qui n’est pas apparue subitement ces derniers jours, mais en 2013. Si elle ressurgit ces temps-ci, c’est parce que le sociologue Serge Guérin leur consacre un ouvrage qui paraît le 3 avril.

D’aucuns reprocheront au sociologue* de ressortir une vieille histoire :  celle des vieux beaux saisis par le démon de midi, ou des femmes qui refusent leur âge et s’habillent comme leur ado de fille. Mais ce n’est pas exactement le cas.

En fait, les "quincados" assument tout : leur âge et leur expérience. Mais ils refusent les codes qu’on veut coller à leur génération : la technophobie et le premier pas vers la vieillesse. Ils se sentent en pleine forme et débordent d’activité.

Des hommes et des femmes bourrés d’expérience et de compétences accumulées au cours de 25 ou 30 ans de boulot ? Des gens en pleine forme physique ? Des salariés qui ont envie de « surprises, de découvertes et d’innovation » comme l’explique le sociologue au micro de Philippe Duport de France Info ? 

Ils inventent une autre façon de prendre de l’âge sans vieillir.

Les quincados représentent donc l’absolu graal des recruteurs : toutes ces qualités qu’il recherchent en interne ou à l’extérieur comme le dynamisme, le goût du changement et l’expérience mêlée.

Le problème, c’est que la sociologie selon Serge Guérin n’a pas franchi la porte des départements RH. Certes le livre ne sort que ce mercredi. Mais pour le moment, les quinquas – ados ou pas – sont toujours les vrais exclus du plein emploi des cadres et de leur taux de chômage de 3,5%.

 

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Aux trentenaires et aux quadras l’embarras du choix, mais à eux l’impossibilité de retrouver un job lorsqu’ils ont perdu le leur, ou le déclassement voire le placard lorsqu’ils ont pu le conserver.

Pourquoi ? 

« Ils sont has been, ingérables et trop chers »

C’est ce que répondent les recruteurs quand tous les micros et les caméras sont éteints.

Se priver de ces talents pour des questions d’argent est à relativiser en ces temps de surenchère causé par la pénurie de certaines fonctions.

Les considérer comme « has been » ?  Arrêtons l'hypocrisie. L’Apec signalait  dans sa dernière étude sur les cadres séniors qu'ils sont de plus en plus « oubliés » des programmes de formation. Comme un peintre que l'on prive de ses gouaches et à qui on reproche de ne plus peindre. Quant à leur opposer qu'ils n'ont pas "le bon mindset" sous prétexte qu'ils ont connu le Minitel avant Internet, ça arrive mais ce n'est pas systématique.

Et la question de la difficile gestion des salariés expérimentés ? Il conviendrait aussi, pour la résoudre, d’interroger l’efficacité du management dans les entreprises qui font ce refus d’obstacle. D'autant que les séniors pourraient bien devenir le plan B des employeurs de plus en plus confrontés à une pénurie de candidats.

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* Les quincados, Serge Guérin, Calmann Levy, à paraître le 3 avril 2019.

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