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Les recruteurs, nouveaux rois du snacking

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Sylvia Di Pasquale

07/04/2015

L’entreprise est encore, toujours, et malgré tout, un énorme creuset de rigolade. Car il vaut mieux, la plupart du temps, se bidonner devant les ultimes lubies de bureau. Tenez, la dernière tocade en date chez les experts du recrutement nous en offre une sacrée tranche. Elle se nomme « snackable content ». Pour faire vite, traduisons l’affaire par « contenu facile à consommer ». Le contenu en question n’est pas un lapin en chocolat caché dans sa jolie boîte, et très facile à consommer, mais un « message ». Un texte, un son, ou une image qui bouge, ou pas. Plus ils sont simples et courts, plus ils sont faciles à avaler car déjà prédigérés. C’est bon pour vendre du produit, coco. Mais si un film de 6 secondes, trois mots ou une photo suffisent à nous vanter les vertus d’une brosse à dents, suffiront-ils à nous faire saliver devant une entreprise et ses emplois ? Car les RH veulent s’en mêler, comme le site l’RH de Noé tente de nous l’expliquer.

De peur de rater le train de la modernité ébouriffante, les experts en la matière sont tentés par la marque employeur « snackable ». Faire savoir qu’une entreprise nage dans le bonheur, que ses salariés sont collés au plafond du nirvana du bien-être au boulot, c’est superficiellement possible avec peu de mots et une certaine pauvreté d’image, évidemment. Mais la finalité de ce genre d’opération consiste avant tout à attirer vers soi des candidats. Et si possible, les meilleurs qui soient. Or les plus sensibles au « snacking » ne sont-ils pas plutôt les moins aptes à la réflexion, ceux qui ont le plus de mal à se concentrer sauf face à des messages courts et prémâchés ? Avec le risque d’attirer plus de touristes que de cadors.

Si les entreprises veulent s’en contenter, elles sont libres de le faire, après tout. Elles pourraient même pousser le bouchon du « snacking » plus loin, jusqu’au processus de recrutement. Un CV d’une page ? À quoi bon. La taille d’un tweet de 140 signes suffit. Halte aux 3, 5 ou 7 entretiens. Un Vine, cette petite vidéo de 6 secondes, suffira bien pour jauger de la valeur d’un candidat. S’il ne fait pas l’affaire, in fine, on passera au suivant. Puisqu’il est jetable comme ces petits messages.

 

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier 

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commentaires

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Teo

23/04/2015

à 07:36

Commentaire de alrb51 a transmettre à tous les recruteurs !!! Et encore, je ne suis pas sure qu'ils comprennent la moitié!!!
Bravo !

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alrb51

16/04/2015

à 01:14

La paille et la poutre

Au cours de ces derniers mois, j'ai eu l'occasion de m'adonner à la lecture d'offres d'emploi toutes catégories confondues et aux nombreux conseils très utiles des cabinets pour apparaître sous son plus beau jour lors des entretiens. De ce qu'il faut faire et absolument ne pas faire. Le beau et claire CV, la lettre de motivation personnalisée, le comportement, l'attitude optimiste et dynamique..HOPlA ! On ne s'emballe pas non plus !
La discrétion vis à vis de l'ancien employeur, la manière dont il faut en parler. La tenue vestimentaire, des chaussures jusqu'à la couleur du vernis à ongles pour optimiser ses chances de réussite et être élu « The candidate to Hire».

Tout ça est Vrai de Vrai !

Mais, car il y a un mais...

Cet exercice est paradoxalement navrant et passionnant pour le candidat. Navrant par la pauvreté du discours énoncé dans les offres des employeurs voire pire ceux des recruteurs, où souvent (si, si souvent quand même !) rien ne transparaît et surtout pas l'idée de donner envie d'y travailler. Passionnant car l'on découvre la richesse du lexique grammatical Code Rome de Pôle Emploi et autres variantes des réseaux Pro.

Ainsi donc, après avoir vogué dans le Thésaurus du parfait communicant de la litanie des postes à occuper et des compétences exigées : secrétaire, assistante RH occasionnellement, phoning, cleaning (what?) gestionnaire de paie (Euhhhh) et enfin responsable communication
(ça c'est moi, enfin c'était mais passons ce n'est pas le sujet !)

Ainsi l'entremet était accompagné d'une pléiade de tâches à effectuer dont la dernière des lignes du sixième paragraphe de deux coudés l'unité signalait par un le très populaire astérisque que ces dernières n'étaient pas limitatives.

Le message de l'annonce me laissa perplexe. En snack cela aurait certainement donné :
On se tue à la tâche mais on kiffe grave ! Notre entreprise c'est trop de la bombe et c'est pour ça que tu dois faire le boulot des 5 personnes enterrées sous la terrasse de la boîte.

J'optais résolument pour le moins à une attitude assez étrange qui aujourd'hui encore dépasse mon entendement. Je postulais !

Mardi, suite à l'annonce N°RD2XUY du Mouton Noir à 5 pattes, il se trouva qu'à l'issue d'une étude extrêmement poussée de mon CV par l'ordinateur Responsable de Ressources Humaines et des 36 test psychotechniques, à défaut d'être le fruit du nuage Tchernobyl ou une psychopathe avérée, j'étais potentiellement la réincarnation de Shiva parmi 850 autres bovidés de mon espèce.

Alors que j'allais me rendre sur place pour observer la tenue vestimentaire adéquate à adopter, je recevais la CONVOCATION. Le motif bagnard était visiblement de rigueur, le boulet au pied une option non négligeable pour faire bonne impression.

Finalement j'enfilais mon costume de femme caméléon et me présentais. Enfin si je puis dire.
Car en vérité, cela ne les intéressaient fort peu. Après avoir statué sur mon âge, mon Bac+4, considérés mon sexe et ses relations légitimes, ils visualisèrent quelques grâces en vue de négociation salariales. Le tour de ma personne fut vite bouclée sur le petit encart à gauche de mon CV, et mes compétences tenant dans un book appréciées comme une excroissance peu considérable pour qu'on s'y attardasse ne serait-ce qu'une seconde.

Le RH qui s'avérait avoir une forme relativement humaine, l'expression facial en moins, était encore branché sur le site de Cadremploi et à l'évidence de Guantanamo à la manière dont il me dévisageait et m'interpellait.

Il chanta la litanie des besoins, des attentes de l'entreprise :
Ce que doit-être le nouveau collaborateur, ce qu'il doit être, comment il doit être, à quelle moment il doit-être et pourquoi il doit-être. Nous voulons que... Nous exigeons que... Nous n'admettons que... Nous aspirons à... Nous attendons que... NOUS,NOUS, NOUS, JE, JE JE, IL, IL...Esquissant le motif du licenciement à l'amiable du prédécesseur et de l'aversion qu'il en avait par des roulement de billes qui me laissèrent perplexe de par l'ahurissante gymnastique oculaire, tout en s'envoyant des fleurs, dans l'attente d'une approbation de ses collaborateurs bloqués sur le mode Veille.

Tout à coup son téléphone sonne, il sort, il va, il vient, pendant ce temps l'entretien continu avec les autres membres un peu gênés quand même. Puis il revient avec un café dans la main, l'air de rien.

Enfin, Il m’explique mon métier, enfin surtout l'idée qu'il s'en faisait : Ingrat, sado et mal payé.

Satisfait de son entretien avec lui-même, il lui apparu que ma candidature répondait à « leurs exigences » sans s'interroger sur les miennes. Pourquoi après tout ? Un candidat peut-il avoir des exigences vu la conjoncture ? À Si il y a les prétentions... salariales ! Mais bon, passons, ce n'est qu'une formalité. C'est la crise, elle va pas cracher dans la soupe !
Après tout, c'est les employeurs qui ont toutes les emmerdes : ils n'ont pas le droit de se tromper car le droit du travail Français est ultra-chiant, contraignant sans parler des charges salariales qui plombent leurs CA. Ok, d'accord ! C'est eux qui prennent les risques : Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir !

Mais un sourire, juste un sourire, une parole courtoise, une once de tact vis à vis de leurs anciens collègues, qu'est-ce que ça coûte ?
Il y a t-il une quelque taxe à 75% sur les marges brutes de leur civilité et les 25 autres % planquées en Suisse ? Un impôt sur l'amabilité, la délicatesse ou le savoir-vivre ?

Que faudrait-il pour que le candidat et le recruteur se comprennent enfin : Une meilleure communication non ! Une histoire peut-être ? Ni trop longue ni trop courte. Ni trop vrai mais point trop n'en faut.

Mon regard ne pu s'empêcher de s'arrêter sur un morceau de plafond qui pendait au-dessus leur tête, ou encore ignorer la moquette trouée et scotchée par endroit ni même la moisissure probablement dû à la bonne ambiance qui suintait. Alors que j'admirais les motifs graphiques d'une peinture à la composition douteuse qui s'émiettait dans tous les recoins de la salle, le Cyborg se décida enfin à faire preuve de créativité et me pilonna des prévisibles, creuses et inévitables questions comprenant la suprême :

Où vous voyez-vous dans 5 ans ?

Au cimetière ! Ici gît la Candidate Inconnue morte de consternation, d'ennui et certainement d'une intoxication au plomb.

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