Les recruteurs vont-ils (enfin) recruter des chômeurs ?

Sylvia Di Pasquale

Tous les spécialistes en carrière de cadres vous le diront : pour progresser, il faut bouger. Un col blanc immobile est un col blanc inutile. Alors, tous les trois à cinq ans, il fallait boucler ses valises, changer de poste et de crèmerie. Et jusque-là, à chaque fois, bingo, c'était plus 15 % sur la feuille de paie.
Les valises, vous pouvez désormais les ranger et les bouquins des conseillers en progression avec. Car deux roquettes envoyées par deux cabinets spécialisés ébrèchent sérieusement le bréviaire de la belle carrière. Elles font état d'une baisse substantielle des salaires d'embauche des cadres. Baisse qui, pour le cabinet Robert Walters atteindrait les 15 %, justement. Du jamais vu depuis 1993.

L'autre étude, en provenance du cabinet Towers Perrin celle-là, fait état du même type de baisse et s'appliquerait en plus, aux jeunes diplômés. Ces baisses, les plus fortes depuis 1993, sont bien sûr liées à la crise, ou plutôt, selon les enquêteurs, à l'anticipation de ses effets. Une classique politique de prévoyance qui voit les entreprises, et notamment les grandes, s'interroger pour savoir si la crise va aggraver leur sort. Gouverner c'est prévoir. Sauf que les boîtes du CAC appliquent plus souvent le fort sage adage à leur masse salariale qu'à leur stratégie globale.

Mais revenons à nos cadres fort dépourvus. Le mythe de la tangente s'effondre et avec lui, toutes les jolies histoires de carrière fulgurante qui vont avec. Alors quoi ? On ne bouge plus, on s'enfonce la tête dans le sable et on attend que le tsunami nous passe au dessus ?

Et si cet attentisme et ce sur-place profitaient quand même à une certaine catégorie de cols blancs : les cadres au chômage, ceux-là et, donc, en recherche d'emploi. On sait depuis des lustres que les recruteurs leur préfèrent des candidats déjà en poste. Mais si ces derniers, de peur de perdre quelques deniers, ne répondent plus à l'appel, les entreprises devront bien recruter des chômeurs qui n'en sont pas moins qualifiés pour autant. Ainsi donc la crise pourrait avoir un effet bénéfique sur l'emploi. Avec tout le surréalisme induit par cette dernière phrase.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 9 mars 2009

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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