Les salariés s'engagent en douce dans de bonnes causes

Sylvia Di Pasquale

Les salariés s'engagent en douce dans de bonnes causes

L’engagement citoyen des salariés français dans des actions associatives, syndicales, politiques ou autres ? C’est un peu comme les documentaires tardifs programmés sur Arte : tout le monde les respecte, en pense le plus grand bien, mais personne ne les regarde. Et dans le cas de l’engagement extra professionnel, personne ne s’en soucie. Ni les entreprises, peu au parfum des agissements de leurs collaborateurs, ni ces derniers, peu enclins à en parler à leur direction. C’est ce qui apparaît dans une étude réalisée par Opinionway et divulguée lors du Forum de l’Engagement qui se tient aujourd’hui à l’Université Paris Dauphine. 

Certes, lorsque les enquêteurs ont demandé à 1000 salariés français, « s’ils étaient engagés dans la sphère privée », c’est derniers ont dû vivre un instant de solitude devant l’ambiguïté de la question. Mais lorsqu’ils ont compris qu’on ne leur demandait pas s’ils étaient de bons conjoints, ils ont répondu qu’ils adhéraient, pour 41 % d’entre eux, à une association, à 24 % à un syndicat ou un parti politique et qu’à 21 % ils participaient à un projet humanitaire solidaire ou humanitaire.

C’est beaucoup. 

Sauf que ces actions, les salariés ont plutôt tendance à les engager en douce. Et l’étude a beau positiver l’affaire, affirmant que « les engagements des salariés français dans la sphère privée commencent à être de plus en plus visibles au sein de l’entreprise », il n’empêche que la direction des boites de ces « bénévoles », (ce qu’ils sont dans l’écrasante majorité des cas) ne sont au courant de leurs engagements que dans 13 % des cas. Les managers, qu’ils côtoient au quotidien, et les collègues qui sont dans le même cas, savent leurs penchants pour 26 % des premiers et 42 % des seconds.

On peut aisément comprendre ce cloisonnement, cette volonté des salariés de ne pas mélanger la chèvre et le chou, le pro et le perso. Un engagement est un choix personnel, un violon d’Ingres qui n’a pas à être clamé, comme un vote à bulletin secret. Mais on peut aussi se demander pourquoi les entreprises ne sont pas plus tentées d’encourager leurs salariés à révéler leurs actions caritatives. Et même d’en proposer elles-mêmes. D’autant que dans l’enquête d’OpinionWay, cette idée est accueillie par un grand « oui ». 73 % des interrogés estiment que l’entreprise est parfaitement légitime pour leur proposer des initiatives d’engagement. Il n’en a pas fallu plus pour qu’une autre étude, qualitative celle-ci, s’en aille voir de quoi il s’agit.

C’est un prof de Paris-Dauphine qui s’en est chargé en auscultant 10 boites qui se livrent à cette pratique et proposent à leurs salariés des actions bénévoles. Et ça marche. L’action de mécénat de l’éditeur de logiciels SAP se déroule aujourd’hui dans une trentaine de pays. Celle de Danone a permis d’effectuer 530 missions dans 12 pays. Axa a enregistré 28 000 actes de bénévolat à l’interne et chez Sodexo, un salarié sur cinq participe à une action contre la faim dont profite 500 000 personnes.

On peut certes reprocher à ces boites de s’immiscer dans d’autres vies, et d’autres sphères, que les siennes. Mais plus pragmatiquement on peut aussi applaudir l’effet gagnant-gagnant obtenu. Car non seulement les salariés des dix boites examinées ont un sentiment nouveau d’appartenance à l’entreprise, et de cohésion avec leurs collègues, mais de plus, l’ampleur des actions a permis de créer de nombreux ateliers solidaires (pour Leroy Merlin), ou de redistribuer des denrées alimentaires en conséquence (pour Sodexo). Parfois la faim justifie les moyens.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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