Les slashers ou le cauchemar des DRH

Publié le 15 novembre 2016 Sylvia Di Pasquale

Les slashers ou le cauchemar des DRH

Ils peuvent faire l’autruche et continuer à enfouir leur tête bien faite dans les milliers de pages du code du travail. Les DRH peuvent se dire que les slashers, ces cumulards de l’emploi, ne sont que des victimes du temps partiel subi, du personnel peu qualifié, des hommes et des femmes (et surtout des femmes) qui ont plusieurs jobs pour leur permettre de vivre ou de survivre. Une solution qui arrange les entreprises peu pressées de leur faire signer des plein-temps.

Sauf que la récente étude de la Dares fait le distinguo parmi les 1,4 million de slashers qu’elle appelle les "pluriactifs". Et les fameux temps partiels subis et cumulés ne représentent que 450 000 de ces cumulards. En revanche, les 933 000 autres ne répondent pas vraiment au même profil. Ces pluri-professionnels exercent plusieurs métiers et sont plutôt qualifiés. La moitié d’entre eux sont cadres ou intermédiaires et 55 % d’entre eux exercent à plein temps et le plus souvent en CDI. L’organisme note même que « les heures de travail qu'ils consacrent à ces professions supplémentaires s'ajoutent à des durées déjà élevées et à des horaires atypiques ». C’est peut-être votre cas, à vous qui nous lisez ?

On entrevoit, à travers ces chiffres, la montagne de problèmes à résoudre pour les DRH. Ceux que posent des milliers de cadres à qui l’entreprise demande un maximum de disponibilité, sachant qu’ils ont aussi l’esprit occupé par leur deuxième job, qu’il soit salarié ou en auto-entreprise. Un bon vieux casse-tête auquel s’ajoute des questions existentielles. "Ce job principal est-il purement alimentaire ?" Une question à laquelle vient se greffer une deuxième : "n’est-il pas assez payé pour avoir besoin d’occuper un second job ?" Le patron des ressources humaines peut aussi se demander si ce cadre "a un deuxième boulot pour assouvir une passion qu’il ne trouve pas dans le premier ?" Un bon gros cauchemar où surgissent les mots fidélisation ou démotivation qui devrait faire passer quelques nuits blanches aux pros des ressources humaines.

Surtout, ces DRH doivent se demander quoi faire. Relâcher la pression ? Offrir du temps pour développer des projets perso ? Ou faire comme si de rien n’était, en se lamentant que l’entreprise n’est vraiment plus comme avant ? En tous cas, il leur est désormais impossible de gérer les carrières de ces cols blancs comme avant.

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

Lire aussi notre dossier Slasheurs : qui sont ces nouveaux travailleurs multitâches ?

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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