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L’essai avant la période d’essai

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Sylvia Di Pasquale

17/11/2014

Les recruteurs français se posent des questions. Leurs collègues américains ont (peut-être) la réponse. C’est que, par chez nous, certaines offres d’emploi cadre ne trouvent pas preneurs. Des postes restent vacants faute de candidats ad hoc, parce que, entre autres raisons, les cadres sont aussi mobiles que l’Himalaya ce qui fait que seulement 6% d’entre eux ont changé d’entreprise l’an passé. Pour déplacer cette montagne de frilosité, les DRH français pourraient peut-être s’inspirer de l’expérience d’Automattic. Cette start-up américaine a mis en place une période d’essai avant la période d’essai.

Encore une complication du droit du travail ? Du tout. Pour une fois, l’affaire est bête comme chou. Et plutôt futée. Après un premier entretien, l’éditeur de logiciel yankee propose au candidat retenu de travailler l’équivalent de 10 à 20 heures par semaine pendant 3 à 8 semaines. Il est payé pour ce job, mais n’a pas besoin de démissionner de son poste actuel. Les horaires sont aménageables : le soir, le week-end ou en journée si le candidat veut prendre des vacances.

L’avantage de ce test in vivo est évident pour Automattic puisqu’il lui évite de tergiverser, de multiplier les entretiens, d’hésiter et de shortlister avant de se rétracter. Le postulant fait l’affaire, il le prouve et on se tape dans la main, sinon on se quitte bons copains. À l’inverse, cet essai avant l’essai est tout aussi intéressant pour le candidat. Il hésite à quitter son poste douillet pour une terre inconnue infestée de vilaines entreprises qui ne pensent qu’à l’arnaquer et qui, de toute façon, courent tout droit à la faillite ? En vérifiant sur pièce, en travaillant pour de vrai avec ses potentiels futurs collègues et managers, il sera éclairé sur les qualités et/ou défauts de la boite. Et pourra accepter ou se rétracter. Sans risque de se retrouver à la rue, puisqu’il retournera à sa fonction actuelle.

L’introduire en France aurait du bon. Sauf que pas forcément. L’affaire va peut-être se heurter à des difficultés d’ordre législatif. De quel bois les heures « tests » vont-elles se chauffer ? CDD, CDI, auto-entrepreneuriat ? Et puis le dépassement d’horaires et le cumul de contrats sont très contraints. En outre, comment un cadre aux horaires déjà démesurés va t-il pouvoir conjuguer deux boulots ? Sans oublier la tentation de certaines entreprises d’avoir recours à une manœuvre temporaire et, le temps d’un test, de récupérer les réseaux d’un commercial, les bonnes idées d’un marketeur ou le génie d’un développeur. Autant de questions qui ne méritent pas pour autant de jeter cette bonne idée avec l’eau de ses difficultés, mais au moins, de s’interroger.

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Illustration © Charles Monnier. 

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norbertcremien@gmail.com

25/11/2014

à 14:28

C'est une piste excellente à creuser.
Pour évaluer un senior justement, en rupture de banc avec les entreprises frileuses à l'idée de recruter un quinquagénaire et qui ont bien du mal à finaliser leur process de recrutement entre deux ou trois candidats.
Un bon moyen d'évaluer le "presque futur collaborateur" dans des situations précises et non virtuelles, dans un contexte de "vraie vie" où l'on s'apercevra de la réelle adaptabilité des seniors.
Buddy

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redge

22/11/2014

à 10:17

Choc de simplification !! n'est ce pas ce que l'on a entendu il y a a peu près deux ans. Les faits malheureusement ont contredit cette bonne intention.
L'idée d'Automatic est de mieux mettre en adéquation les qualités requises pour le poste avec les compétences du postulant . Cadre ou pas cadre, cela peut concerner toutes les populations de l'ouvrier jusqu'au cadre supérieur y compris DG.
Pourquoi faut il immédiatement installer des barrières, critiquer ou voir les inconvénients. Regardons plutôt les aspects positifs avant de vouloir encadrer un tel dispositif.
Nous sommes les champions des décrets et des lois dont certains vont à l'encontre de l'objectif visé surtout en matière sociale.
Redonnons de la souplesse, et cette idée en fait partie, et cessons d'entourer de suspicion toute mesure qui concerne le marché de l'emploi; les dirigeants d'entreprise comme les demandeurs d'emplois ne sont pas tous des exploiteurs ou des profiteurs. Si un certain nombre de nos élites ou étudiants partent à l'étranger pour y travailler, c'est peut être aussi parce qu'ils y trouvent de meilleures conditions de travail , celles ou l'on sait faire confiance.

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Lolo

21/11/2014

à 20:21

Bonsoir,

Le problème de fond est que les français sont incapables de se faire confiance, donc on légifère et plus on légifère plus on est tenté d'enfreindre la loi. Un cercle vicieux à briser, encore faut-il comprendre les origines de cette méfiance voire défiance. Revisitons l'Histoire et ses périodes sombres pas si lointaines...

Tout cela rejaillit forcément dans l'entreprise qui est un excellent laboratoire de relations humaines.

Quel est donc le taux d'échec en période d'essai chez les cadres ? Sujet tabou ! Est-ce normal qu'il faille être en poste pour apprendre que ce dernier est resté vacant 18 mois, un turn over excessif, des (fausses) missions de management de transition déguisées en CDI avec période d'essai sans suite ou parfois interminables avec "le cul assis entre deux chaises" pendant 6 à 8 mois...

A quand un contrat de travail avec l'obligation légale de cadrer au mieux cette période d'essai en imposant notamment les conditions d'intégration, les moyens... ?

J'ai à mon actif cinq licenciements économiques et autant de périodes d'essai sur CDI rompues. "Votre CV fait peur " me rétorquons souvent. Ha bon !

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toto

20/11/2014

à 11:47

mais cela n'existe pas déjà pour le stage en entreprise ....
je crois qu'on va tomber bientôt dans le contrat 0 heure comme chez les GiBi.
Ouf!

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Pascal

20/11/2014

à 11:34

Pour les Cadres en emploi :
Quid de la cause dans le contrat de travail qui stipule que :
sans autorisation expresse de la Direction, le salarié ne pourra accepter aucune autre occupation de quelque nature que ce soit
Ce type de clause devrait donc être supprimé des contrats de travail.

Pour les Cadres disponibles (en recherche active d'emploi)
Une journée (ainsi pas de CDD non rémunéré) de test incluant la rencontre d'employés (Manager, ingénieur, technicien) de différents services. Travail sur un Sujet TEST (ancien projet réalisé ou abandonné) avec présentation finale de son analyse.
A la fin de cette journée,
- soit le candidat ne fait pas l'affaire et cela se termine par une simple poignée de main
- soit le candidat fait l'affaire et cette journée devient sa date de début de contrat.

Dans tous les cas, la balle est coté de l'employeur. A lui de ne pas vouloir verrouiller (clause contractuelle) ses Cadres et de prioriser l'embauche de Cadres Disponibles pour un démarrage immédiat dans l'entreprise et non pas dans un délai de 3-6mois et sans vouloir utiliser cette nouvelle période comme un CDD non rémunéré.

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Blondy

20/11/2014

à 08:12

Le climat actuel de notre pays fait que l'on devient peureux, aussi bien les entreprises que les cadres en poste.

Comme certains l'ont signalé, les entreprises préfèrent débaucher que de recruter des demandeurs d'emploi. Si l'on est sans emploi cela signifie aux yeux de beaucoup de personnes que l'on est mauvais. Il est bien connu que seul les bons travaillent !!

Si l'on fait beaucoup d'entreprises, peu importe si cela ait été pour évoluer, on est instable. Seulement le fait d'avoir bouger permet d'avoir une meilleure ouverture d'esprit, on n'est pas formaté à une seule technique ou un savoir faire !

La meilleure école ne reste t'elle pas celle de la vie ? n'importe qui peut avoir des diplômes, la preuve en est que les nouvelle génération de diplômés, sortis fraîchement des écoles, sont seulement performant dans la théorie et sont perdus face à l'humain.

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Lee Anne

19/11/2014

à 21:45

Cette clause est une clause, parmi d'autres : la relation contractuelle peut être avenue par accord des parties.
Une clause de non-concurrence se négocie et peut être contenue dans la prestation facturable, je m'inquiéterai plus de certains cas spécifiques comme l'appartenance des brevets pour un ingénieur qui viendrait à exercer pour plusieurs enseignes.
Sur ce type de fonctionnement, l'entreprise qui vend une prestation demeure de fait employeur. Mais en effet, lu concret, la manière dont le salarié s'investit peut générer des zones d'ombres.

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Jérémie

19/11/2014

à 10:20

Bravo Anne tous est dit.

J'ajouterai ceci : Ben voyons. Comme si y'avait pas assez de chômeurs, il faut en rajouter ! et donner des emplois aux démissionnaires de leur poste c'est mieux que d'embaucher des gens dispo de suite qui veulent un emploi jusqu'à la retraite, tous simplement.

Et pourquoi pas carrément proposer une période d'essai indéterminée pendant qu'on y est ! Bientôt on dira plus CDI mais PEI

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glem

19/11/2014

à 09:58

Désolé mais cela me semble complétement déconnant. Comment voulez vous tester un cadre, surtout un manager, si il n'est présent que 1 journée par semaine ?
Vous ne pouvez pas lui confier ni un dossier ni une équipe.
Coté cadre, en 2 heures dans les locaux et en rencontrant 3 personnes vous avez une idée assez précise de l'entreprise et de son mode de fonctionnement. Coté employeur, ces 2 heures sont suffisantes pour définir la personnalité du postulant.
Je conçois à la limite que l'on puisse mettre à l'essai un opérateur sur une machine pendant une demie journée mais pas un cadre.
Je trouve la frilosité ambiante minable. Une embauche n'est jamais simple et ce n'est jamais parfait. Il y a toujours des concessions à faire des 2 cotés pour que cela fonctionne. Si les 2 parties ne font pas de concessions, cela ne fonctionnera pas. Multiplier les périodes d'essai ne changera rien à l'affaire.
N'ayons pas peur et allons de l'avant, que diable !

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Aalin

18/11/2014

à 23:03

Quid de la clause d'exclusivité ???

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Lee Anne

18/11/2014

à 20:42

Je ne suis pas sure que le travail à la française supporte proprement ce type de changement. J'imagine déjà les arrêts maladie/ cumul d'emplois, ce qui est encore le meilleure moyen de ne pas signifier à l'employeur que filer de chez lui devient envisageable.
A mon sens, la mobilité est une mentalité en soi, qui ensuite s'impose dans les moeurs. Nous en sommes encore si souvent à ne pas vouloir investir sur un parcours de formation, au cas où cette compétence acquise donnerai des ailes au salarié ... mais chez la concurrence.

Idéalement (et dans ce mot beaucoup est dit) , le transfert de main d'oeuvre pourrait être l'affaire des employeurs, en collaboration entre eux et en soutien aux projets du salarié : pourquoi ne pas utiliser une logique de mise à dispo de personnel pour étayer les transitions, quitte à facturer cher pour encaisser la perte.
Bon, la mise à dispo est aussi très réglementée ! (vive la France)
Mais ce type d'approche requiert que l'employeur fournisse des garanties réelles au salarié qui a opté pour la confiance en exprimant ses projets, dans le cas où l'expérience ne serait pas fructueuse et qu'il se rappatrie dans ses pénates.

Sinon, pour les non cadres : il y a le CDD !

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lpjourdan

18/11/2014

à 11:06

Je vous rejoins totalement.

Tous nos DRHosaures (voir mon commentaire ci-dessous) n'ont aucune idée de ce qu'est la mobilité. (Sur le papier c'est pas suffisant). L'envie de découvrir, souvent et ailleurs, d'apprendre et d'en avoir les capacités et une faculté qu'il faut impérativement entretenir chez les gens, les employés comme les cadres.
Sur ce site l'on parle souvent des cadres et jamais ou rarement des gens qu'ils encadrent.
Pour faire de belles cultures il faut un bon sol.
Pour faire de bon cadres ils faut de bons employés.
Un bon employé se doit d'être encore plus choyé et dorloté qu'un cadre.
Sans la base votre cadre ne vaut même pas le coup de soc pour préparer la terre.
La mobilité ne doit pas être réservée au cadres et elle doit pouvoir être interne ou externe.

> Répondre

jlmarquis

18/11/2014

à 08:47

Bonjour
Le problème en France vient, pour une grande partie, du fait que les sociétés françaises accordent trop d'importance aux diplômes, et pas assez d'importance aux expériences, compétences et motivations.
La mobilité des cadres ou de tout salarié est une utopie dans notre pays: si vous avez changé régulièrement de société, vous êtes classé comme instable (certains DRH ou responsables de sociétés ne veulent pas comprendre ou voir la suite logique de cette mobilité).
Étant mobile, vous pouvez être dangereux pour vos futurs collègues, car vous avez une vision du travail différente, et de ce fait vous pouvez être perçu comme la personne qui va prendre la place d'un autre salarié de l'entreprise.
Contrairement à ce que l'on croit, les salariés français ne sont pas mobiles; lorsque vous êtes mobile, les sociétés ne proposent pas des contrats (CDD ou CDI)en adéquation avec leurs exigences.
Beaucoup de cabinets de recrutement et de DRH ne savent pas ce que veut dire réellement mobilité.
Ce n'est pas encore pour demain que les choses vont changer.

> Répondre

louce

18/11/2014

à 08:40

Je travaille dans une entreprise où j'ai fait mes débuts comme employée, au bas de l'échelle et cela il y a 30 ans. J'ai eu des opportunités d'évolution pour arriver à un poste de cadre dirigeant actuellement. Des évolutions ne sont pas permises partout et à tout le monde, mais chacun peut bouger s'il s'investit et se prend en charge pour "avancer".
En France, le droit du travail est complexe et si s'il encadre certains statuts pour des raisons de sécurité d'emploi aussi, elle n'est pas souple pour permettre d'échanger sur des organisations et pratiques de travail, de changer d'employeur aussi facilement, sauf vouloir démissionner de son poste et tenter l'aventure ailleurs sans contraintes personnelles ou familiales.
Ceci dit, il reste pour certains la possibilité d'utiliser le compte épargne temps, ou de demander un congé sans solde qui nécessite l'accord de l'employeur ou le congé sabbatique.
Il m'arrive encore maintenant d'avoir envie de changer, voire de métier, même si j'aime ce que je fais de par la diversité des missions, de par un développement personnel, mais il faut franchir le pas, oser... Quand on arrive à un âge plus proche d'une fin de carrière, n'avez vous pas envie de profiter de la vie plutôt que risquer de se retrouver dans une situation de précarité ou de vivre aux dépens des autres ? ou finalement d'avoir fait le bon choix de partir et au bon moment mais ça se discute...

> Répondre

Tagore

18/11/2014

à 06:47

L'idée de faire un essai " en vrai" est une bonne idée, cela permet de lever les petits mensonges (ou les grosses omissions) des 2 côtés et surtout, pour le candidat/futur embauché, de découvrir "en live" l'organisation de la société et les conditions-ambiance de travail et pour l'employeur de jauger in situ le comportement du futur employé et de vérifier les véritables compétences.
Mais pourquoi réserver ce dispositif aux seuls candidats qui sont déjà en poste, comme si ceux qui sont immédiatement disponibles, les fameux "demandeurs d'emploi", sont forcément moins bons. Au moins avec ces derniers, le problème de la mobilité et de la disponibilité est beaucoup plus simple...

> Répondre

lpjourdan

18/11/2014

à 01:18

Le seul vrai moyen de faire bouger un cadre, en France, c'est de l'embaucher en CDD...
Quelque soit le poste, et la position (employé ou cadre) si en deux ans vous n'en avez pas fait le tour ou presque, c'est que le poste à changé et que vous ne faite plus le travail pour lequel vous avez été embauché. Dans ce cas une renégociation de contrat s'impose.
Ou que vous n'êtes pas assez curieux et que vous n'avez rien à faire à ce poste.
En France nous avons des Cadrosaures et des Employosaure . Des personnes qui sont capable de rester à la même fonction pendant 5, 10 voir 15 ans et même plus... Gloups ! N'avons nous pas le monopôle des Fonctionnairosaures?
Quelle horreur. Mais bon ! Les gens, qui sont sensés nous dire comment travailler mieux, sont incapable de faire mieux. Parlons un peu des DRHOsaures Rex ! 20 ans de boite, ça vous déforme une boite à coup sûr, ça ! Remarque des fois en 5 ans c'est déjà plié.
Les employés et les cadres hésiteraient peut-être moins à prendre leurs fonctions ailleurs si les conditions de travail, qui sont, soit dit en passant, les conditions de vie étaient mieux prises en compte. Les temps on changés. Les gens vivent d'abord pour eux, leur famille et leurs loisirs. Donc, quand tout est organisé et calé au niveau des horaires de la famille, les gens n'ont plus envie de tout chambouler. Au entreprises de faciliter ce genre de choses. Certaines le font d'autres n'y on même pas encore songé.
Peut-être que les entreprises devrait arrêter de réfléchir au travail des employés en termes d'heures et passer à un système orienté sur le taux de service. Vous avez fini votre travail plus la peine de traîner à embêter les autres, zou, vous rentrait chez vous où vous prenez de l'avance.

Voilà, voilà

Bref, il est temps de faire DU MÉNAGE LES GARS !!!

> Répondre

Galibier

17/11/2014

à 21:42

Bonjour,

Le malheur en France est que tout est frein ! Les lois, les démarches administratives, les exigences de diplômes, de compétences, d'années d'expérience, de mobilité et j'en passe.
On oublie bien trop souvent le pragmatisme. Comment fait un maçon pour recruter un autre maçon ? Il le met au pied du mur !!
Nous sommes les champions du Monde de la critique, surtout à l'encontre des Américains mais reconnaissons qu'ils ont souvent une décennie d'avance sur nous.
Il est grand temps que les lois s'assouplissent, que les patrons osent "investir" un mois peut-être pour rien et que les cadres se jettent à l'eau et fassent leurs vrais preuves.
Si un patron veut d'un commercial expérimenté qui veut passer au management et/ou au marketing, je suis prêt à lui facturer des honoraires d'essai !

> Répondre

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