L'extension des années de boulot

Sylvia Di Pasquale

Le joli tollé que voilà. Ainsi, nos vaillants députés, mus par un besoin irrépressible de voter, même par un petit matin blême de Toussaint, nous ont-ils concocté un amendement qui courrouce opposition et syndicats. Et que dit-il ? Que « les salariés qui le souhaitent pourront prolonger leur activité au-delà de 65 ans sous réserve d'en avoir préalablement manifesté l'intention auprès de leur employeur et dans la limite de cinq années ». Bref, que tout le monde pourra bosser jusqu'à 70 ans, s'il le souhaite.

Un simple amendement ajouté au projet de loi sur le financement de la Sécu et voté en première instance qui secoue le Landerneau depuis trois jours. Au point que certains, un peu dans le brouillard, ont cru que l'âge de la retraite avait tout simplement été repoussé de dix ans. Xavier Bertrand en a même interrompu son week-end chrysanthème pour s'en venir expliquer que, pas du tout. Et que tout cela restera au bon vouloir des gens. Soit, soit. On veut bien. Et c'est vrai que ceux qui râlent aujourd'hui et hurlent, courroucés, que les avantages sociaux sont foulés du pied, sont peut-être les mêmes qui hurlaient, il y a quelques années, lorsque le professeur Luc Montagné, aujourd'hui nobellisé, a été obligé de s'exiler aux Etats-Unis pour pouvoir travailler après 65 ans. On peut aussi interdire à Claude Chabrol, Charles Aznavour ou Jeanne Moreau (tous trois ont allégrement dépassé les 70 ans) de sévir. Soit. Il est vrai également, que l'argument qui voudrait que le volontariat de cette mesure ne soit qu'un leurre est légèrement fallacieux. Les cas relevés de harcèlement exercé par des patrons pour que leurs seniors restent en fonction jusqu'à 65 ans ne sont pas pléthores. Au contraire.

Mais alors, pourquoi tout le monde semble si gêné aux entournures par cet amendement ? Pourquoi le programmer en catimini dans une Assemblée quasi déserte, à l'aube d'un jour férié ? Pourquoi ne pas expliquer le texte au grand jour et au 20 heures ? Cet articulet fait peur à ceux là même qui l'ont rédigé. Pas pour ce qu'il met en branle, ni même pour ses conséquences. Mais parce que tout ce qui touche à la retraite, de près ou de loin, conduit à la même conclusion. A savoir l'effondrement inéluctable du système de répartition. Le nombre d'annuités va s'allonger et le nombre de chanceux qui toucheront leur cagnotte au complet va diminuer. La faute à qui ? Ni à la gauche et pas plus à la droite, juste à la démographie.

Quant à la privatisation du système, avec cotisations à la clé via des organismes privés qui s'en vont boursicoter, on vient de comprendre où ça pouvait mener : à des fonds de pension au bord de la faillite du côté de Wall Street. Alors, que faire ? Le débat est désormais ouvert. Une ouverture qui a été menée d'une manière super courageuse, avec une transparence inouïe. Au vu et au su de tout le monde. Lors d'un petit matin blême, à l'aube d'un jour férié, par une petite dizaine de députés, au cours d'un vote discret et furtif. Comme un vote honteux.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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