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L’heure de la gig economy est-elle venue ?

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Sylvia Di Pasquale

11/04/2017

Bienvenue dans un monde merveilleux. Bienvenue dans un monde où l’on choisit ses horaires de travail et où l’on n’a plus de patron, puisque l’on est son propre boss. Ce monde merveilleux de l’emploi, c’est l’indépendance envisagée par 53 % des Français, selon la récente étude d’ADP*, un éditeur de logiciels RH. Plus de la moitié des Français s’imagine donc indépendants à court ou à plus long terme. C’est beaucoup, mais c’est moins que chez nos voisins européens qui sont 68 % à s’imaginer se libérer du salariat.

Du coup, le sondeur a voulu comprendre les motivations de ces indépendantistes. Parce que ce statut permet d’avoir le bon équilibre de vie entre vie pro et vie perso, estiment un tiers des interrogés. Ils veulent pouvoir choisir librement leurs horaires et travailler sans entraves. C’est vrai qu’elle fait drôlement envie, cette vie.

Marre de bucher sur un projet ? Allons planter des choux. Marre d’avoir un chefaillon sur le dos ? Devenons chef. Marre de manager ? Bossons tout seul. Le monde tournera tellement mieux quand tout le monde sera libéré et délivré. Sauf que ce monde ressemble au pays de Oui-Oui où les actifs portent une clochette au bout du bonnet, vont au travail en voiture jaune et rouge et bossent dans un bureau qui ressemble à un champignon géant. C’est charmant, à défaut d’être réaliste.

C’est que le quotidien des entrepreneurs n’est pas aussi rose que celui de Oui-Oui. Ils travaillent quand ils veulent ? Ils travaillent surtout en fonction des demandes, des urgences et parfois des lubies de leurs clients. Quand ils ont la chance d’en avoir plusieurs. Ils s’imaginent refuser une commande pour aller planter des choux ? Le risque est de voir le client les planter d’un coup, excédé d’avoir été planté. Et leur banquier d’emboiter le pas.

Les salariés rêvent d’indépendance. Mais certaines entreprises aussi pardi, qui rêvent d’une « réserve de talents polyvalente », comme le résume Carlos Fontelas de Carvalho, le président d’ADP France. Un projet urgent pour le lendemain ? Il y aura toujours un freelance pour l’accepter. Et libre à lui d’y travailler toute la nuit. Besoin d’une compétence que les salariés de la maison ne possèdent pas ? Rien de plus simple que de lancer une offre de mission sur une plateforme numérique pour la dégotter. Sans l’entrave des contrats de travail.

Baptisée « Gig economy », pour économie des petits boulots, ce marché du travail rassemblerait des travailleurs externes à l'entreprise – des intérimaires, des prestataires sous contrat ou des indépendants employés à la demande. Il prospère sur l’idée qu’il serait aujourd’hui plus facile de trouver un client qu’un employeur.

« Il n’est rien au monde d’aussi puissant qu’une idée dont l'heure est venue », affirmait Victor Hugo, ce grand défenseur des droits de l’homme. L’heure de cette gig economy est-elle venue ? Est-ce que tout le monde y va les yeux grand ouverts ? Combien d’entreprises estiment qu’elles obtiennent de meilleurs résultats avec des permanents qu’avec des freelance, par essence zappeurs ? Et sur combien de leurs métiers ? Quels salariés sont suffisamment employables pour se lancer dans l’indépendance sans y perdre leur liberté ?

En 2015, les indépendants représentaient 10% de la main d’œuvre active mais on ne dispose d’aucun chiffre récent qui confirme leur progression. C’est peut-être pour cette raison que l’étude apporte des conclusions prudentes : « Si la gig economy comporte de nombreux avantages pour les employeurs (…), estime le président d’ADP, elle peut également représenter un véritable défi. Ils pourraient perdre des salariés dont l'expertise leur serait précieuse, tandis que les salariés eux-mêmes pourraient perdre le contrôle sur la situation qu'ils avaient espérée, notamment par peur de refuser un travail, qui ne leur serait alors plus jamais proposé. »

Si la tentation de l’indépendance est au goût du jour, et devrait malgré tout faire florès, elle ne devrait pas pour autant tout emporter. Car tout le monde n’y a pas, pour l’heure, intérêt.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

* Etude ADP « The Workforce View in Europe 2017 » est une étude européenne menée auprès de 9920 individus, qui couvre tous les secteurs industriels de huit pays du continent. www.fr.adp.com/gestion-capital-humain/workforce-view/workforce-view

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commentaires

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sophie GRAIN

14/04/2017

à 09:45

bonjour,
Personnellement, je suis indépendante en Agent co. J'ai essayé plusieurs mandants dans l'immobilier sans vitrine peu concluant. Aujourd'hui, je suis dans un réseau extraordinaire ou nous avons trois axes la sécurité- l'éthique et la rentabilité. J’offre des opportunités sociétales innovantes à mes clients, personnalisées à leurs situations et leur objectifs pour:
Préparer leur retraite
Protéger leur famille
Réduire leurs impôts
Développer leur patrimoine
Leur permettre d’augmenter leurs revenus
Conclusion, je suis fière d'être indépendante

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Michel brisson

13/04/2017

à 13:15

Je suis indépendant depuis maintenant plusieurs années et le GIG c'est un fait accompli et en expansion. Le nerf de la guerre sera d'avoir les compétences pointues pour répondre a la demande et le savoir pour fidéliser ses clients. L'objectif est peu de client et beaucoup de travail et non peu de travail avec beaucoup de clients.
PS: c'est définitivement la grande entreprise qui en sortira gagnante.

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Co

13/04/2017

à 08:25

L'indépendance oui pour les passionnés comme moi ,si je n'avais pas la passion de mon job et si je n'aimais mes clients ça ne marcherai pas.C'est ce defoncer,être tout le temps prêt à bousculer son emploi du temps c'est du jour le jour mais quand vient la réussite elle vient de nous et elle donne envie de se donner de nouveaux challenges! Je gère ma vie comme bon me semble et je gère tout les petits tracas d'independants qui vont avec mais ça reste un choix alors j'assume et puis il y'a toujours moyen de revenir au salariat pour ceux qui se trompe de chemin.

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Penky

12/04/2017

à 16:22

Joli tout cela. Mais quand on est son propre patron .. trouver des clients c'est une nerf de la guerre ... alors cela revient à faire 2 travails : commercial et l'autre pour lequel on est payé ... pas facile

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ATILLA

12/04/2017

à 10:20

Quand on est indépendant, c'est un leurre de dire que nous n'avons plus de "patron".
La notion du "patron" à qui on rend des comptes est remplacée par le client et on l'intègre à l'intérieur même de notre cerveau.
On se refuse même de défendre nos propres intêrets de peur de voir le client partir.
Au lieu de devenir maître de son travail, on en devient son esclave.
Toute cette "flexibilité" que les soi-disants décideurs recherchent finit par placer le travailleur indépendant dans un rapport de force complètement inégal et le démunit de toute la sécurité d'un contrat de travail...

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