L'informatique avance au frein moteur

Publié le 15 octobre 2007 Sylvia Di Pasquale

L'emploi dans l'informatique est une affaire qui roule. Soit. Mais comme tous les bolides, sa mécanique est plus fragile que celle d'une bonne vieille familiale diesel. Certes, la fonction caracole largement en tête des offres cadres du premier semestre, avec un score royal de 24% selon l'Apec, mais elle pourrait bien connaître quelques ralentissements forcés en cette fin d'année. La faute à la crise des subprimes américains dont on n'a pas encore complètement évalué les dégâts collatéraux du côté de chez nous.

La faute aussi à un coup de froid de la croissance qu'il serait vain d'imputer à l'immobilier yankee. Sur la ligne de front de ce (léger) ralentissement, on retrouve les banques, dont les investissements euphoriques pourraient se solder par des manques à gagner conséquents. Des établissements qui sont aussi de gros employeurs pour les geeks en devenir ou déjà bien établis. Et puis, comme à l'accoutumée, les premiers à subir un embryon de crise sont les prestataires des entreprises. En l'occurrence, les SSII. Evidemment, un petit nuage ne précède pas toujours une tempête. Mais quand même, les offres se sont tassées pendant l'été. Un signe peut être que les DRH des sociétés de services ont enfin pris quelques vacances.

Et la rentrée n'a pas rattrapé le petit retard pris pendant la pause estivale. Ce qui fait dire à la Dares, le département du ministère du Travail chargé des études, que les « tensions diminuent dans l'informatique ». On notera au passage la subtilité du commentaire des auteurs de ladite étude passés maîtres dans l'usage d'une langue faite d'un bois destiné à ne heurter personne. On peut se dire, qu'après tout, une légère baisse de tension, pour reprendre la novlangue des statistiques officielles n'est pas très dommageable puisqu'en début d'année, on comptait 1,2 offre par jeune diplômé ingénieur en informatique.

Mais ces bacs + 4 et 5 ne sont pas les seuls à chercher du boulot. Pour les techniciens, le choix était déjà beaucoup moins large, puisque, toujours au début 2007, au plus fort du boom des SSII, chacun ne profitait que de 0,52 offres de postes. Un poste pour deux ? Un tapis rouge comparé au sort des seniors de la branche, surtout s'ils sont en recherche d'emploi depuis quelques temps. Ceux d'entre eux qui ont réussi à décrocher un entretien d'embauche dans le secteur ont illico contacté le Guiness Book des records. La Dares est d'ailleurs en train de mener une série d'entretiens sur les informaticiens seniors au chômage à paraître début 2008.

Pas question pour autant de se lamenter sur le sort des spécialistes du Giga et du Mega, car d'autres secteurs sont beaucoup moins bien lotis qu'eux. Mais le petit coup de semonce en provenance de Wall Street comme de nos économistes hexagonaux devrait sensibiliser l'ensemble des acteurs de cette profession. A commencer par ses salariés, ou futurs salariés. Selon l'institut Trendence - filiale du groupe Hobson's, spécialiste du recrutement des jeunes diplômés -, seuls 6 % des ingénieurs informatiques souhaitent rejoindre une SSII. Un chiffre qui reflète toutes les possibilités qui leur sont offertes par ailleurs. Pour l'instant...

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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