Manager par temps de grève, merci les neurosciences

Publié le 09 décembre 2019 Sylvia Di Pasquale

[Spécial grève] Quand les transports sont à l’arrêt, les managers doivent être encore plus ingénieux avec leurs équipes. Comment gérer les retards anarchiques, les présences aléatoires, les excuses problématiques, le télétravail érigé en solution thérapeutique en ces temps de grève presque aussi illimitée que le nombre de problèmes engendrés ?
Manager par temps de grève, merci les neurosciences

C’est très simple : il suffit de passer en mode "moine Shaolin". Lao Tseu, inspirateur de ces guerriers sacrés, expliquait que « Le figé et l'inflexible sont l'élève de la mort, tandis que le doux et souple sont l'élève de la vie ». La Fontaine et son roseau qui plie sans se rompre étaient sur la même ligne.

 

Plus simple que la conversion, les neurosciences aident fort heureusement le manager à faire le moine ou le roseau.  Car en 2019, une formation accélérée lui a permis de travailler son écoute et ainsi de mieux comprendre ce qui se trame dans le cerveau de ses équipes. Et notamment, à trouver les arguments pour les faire revenir au bureau malgré la grève qui se poursuit. Parce que l’entreprise ne va pas pouvoir se passer de leur présence en chair et en os trop longtemps.

 

Alors le voilà à tenir le gouvernail et d’abord à tenter d’être « exemplaire ». Et pour cela, il faut qu’il soit au bureau. Car pour les motiver à revenir dans l’open space, il compte bien activer leurs « neurones miroirs ». D’abord, il va tenter d’attraper le seul RER, TER, métro ou train de de la journée. Celui de 5h47. La voiture ? Pas avec les bouchons annoncés. Après, de la gare au bureau, il va utiliser ses jambes. Ça tombe bien, il a succombé, comme tout cadre qui se respecte, à la mode du running.

 

A 7h30, il règne sur un open space désert, et n’a plus qu’à attendre les premiers SMS, mails, slacks. Le whatsapp de Clarisse ne tarde pas : « Je viens en voiture, mais ne m’attends pas avant 10h. Je pars après le rush ». Le chef en déduit que la réu de 9h30 programmée avec Clarisse vient de tomber au champ d’honneur des heures de pointe. Dans la foulée, il peut aussi supputer que la même Clarisse va quitter le bureau à 16h pour, là encore, ne pas se coltiner les bouchons du retour. Pas grave, il envoie quand même un message encourageant afin d’activer les » circuits de récompense » de sa datascientiste débauchée il y a peu à la concurrence :  « Bel effort, je te garde des chouquettes. »

 

Et en ces temps de plein emploi chez les talents digitaux, mieux vaut ne pas les fâcher.

 

Et Pierre ?  Il se manifeste sur les coups de 8h30. « Je vais télétravailler aujourd’hui. J’ai prévenu les RH. Non seulement, y’a pas de train, mais en plus, l’école de Tanguy et Mélusine est fermée. Et j’ai pas de baby-sitter ». Un message qui plonge le manager dans une profonde solitude. Car il sait bien qu’il est hors de question de faire quelque remarque que ce soit sur la confusion éventuelle, possible et totalement fortuite entre baby sitting et télétravail. Ça ne se fait pas, ça pourrait être pris pour une remarque passive-agressive... Et en ces temps de plein emploi chez les talents digitaux, mieux vaut ne pas les fâcher.

 

Bien sûr, il sait bien que Pierre, comme Clarisse, et comme tous les autres, pourraient prendre une journée de RTT et jouer avec leurs bambins ou à ce que bon leur semble, puisqu’ils ne peuvent pas bosser. Mais qu’ils ne le font pas, parce que les vacances approchent et qu’ils comptent bien réserver leurs congés pour ces moments tellement plus importants.

 

Sa direction ? Les RH ? Elles soutiennent le manager bien sûr, en encourageant notamment le télétravail et une flexibilité horaire momentanée. Mais parfois aussi, elles lui font comprendre qu’il est une grande fille ou un grand garçon. Et qu’un chef d'équipe, ça se débrouille, c’est même pour ça qu’on l’a nommé.

 

En attendant, le manager, seul dans son open-space en est plutôt à se demander de quoi son cerveau en vrac est constitué en ce nouveau matin de grève des transports. Et de garder à l’esprit qu’il ne doit pas louper le seul train de la soirée pour rentrer chez lui. Celui de 20h36. Il pourra l’attraper après 40 minutes de marche à pied , un podcast « Méditer pour mieux manager » dans les oreilles.

 

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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