Managers, faites en moins pour bosser mieux

Publié le 29 octobre 2007 Sylvia Di Pasquale

Bien sûr, le titre est alléchant. Pensez, un bouquin intitulé Managers, faites en moins, (1) en ces temps où Monsieur Plus est à l'Elysée, ça ne pouvait que nous inciter à y jeter un cil. En fait, derrière ce titre aussi racoleur que partiellement inexact, se cache une thèse plus qu'intéressante. Car il n'est évidemment pas question dans cet ouvrage d'expliquer aux cadres comment mieux glander au bureau. Mais comment travailler mieux sans travailler plus.

L'auteur de cet ouvrage - Eric Albert, un psychiatre défroqué devenu conseiller en stratégie managériale - dresse un tableau aussi réaliste que terrifiant de l'état des managers intermédiaires actuels, avant de leur livrer quelques solutions pour s'en tirer. Et tant le diagnostic que le remède sont plutôt pertinents. Les grands maux ne manquent pas et notre docteur des âmes encadrantes ne nous en épargne aucun.

D'abord, nos managers sont de pauvres culbutos écartelés entre deux mondes. Un fossé se creuse entre eux et leurs dirigeants obnubilés par la satisfaction des actionnaires. Dans le même temps, le manager se casse les dents avec ses proches collaborateurs, de moins en moins enclins à recevoir des ordres, et de plus en plus sceptiques par rapport à une culture d'entreprise à mille lieux de leurs préoccupations. Car jamais, depuis la naissance de la civilisation industrielle, ils n'ont été aussi individualistes.

Pour compliquer le tout, la plupart des managers se sent obligée d'être à la fois au four et au moulin. D'avoir un « vrai » métier en plus de leur job de meneur de troupes. Stop, n'en jetez plus docteur Albert. On se rend et on rend notre tablier et même notre statut cadre avec, si vous insistez. A moins que, comme nous le conseille fort aimablement ce scrutateur de nos peines au travail, on applique ses conseils pour soulager nos maux.

Avant toute chose, il s'agit de vouer aux flammes de l'enfer la belle expertise que l'on s'est forgé tout au long de nos années de labeur. Terminé. On ne doit plus faire soi-même, mais faire faire. Les managers capables de pérorer qu'ils sont meilleurs que leurs troupes ? Des plaies pour l'entreprise, qui peut les repérer dès qu'ils font la roue à la machine à café :

« - Heureusement que je suis là. - Oui, on le sait, tu es indispensable. - C'est facile de faire de l'humour, mais j'ai quand même vendu tout seul 25% du chiffre d'affaires. - C'est vrai qu'en tant que directeur commercial, tu assures. Mais tes collaborateurs, eux, ont du mal à progresser. (...) » (2)

Evidemment, un manager égocentrique qui doit faire sa révolution culturelle ne le fera pas spontanément un beau matin. S'il est visible qu'un résultat vient de ses collaborateurs, que lui restera-t-il pour se faire mousser auprès de ses dirigeants ? L'entreprise va-t-elle le trouver génial parce qu'il obtient le meilleur de ses équipes ou parce qu'il est meilleur qu'elle ? En fait, apprendre à faire-faire nécessite une grosse dose de bonne volonté côté manager mais aussi une révolution dans la façon de distribuer les bons points côté direction (...)

(1)Managers, faites-en moins, Eric Albert, Editions d'Organisation
(2)Extrait de Manager, faites-en moins, page 97

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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