Marcel, la première intelligence artificielle qui choisit ses équipiers humains

Publié le 13 février 2018 Sylvia Di Pasquale

Marcel, la première intelligence artificielle qui choisit ses équipiers humains

Certains l’appellent « assistant personnel ». D’autres l’ont baptisé « plateforme collaborative », mais en fait, Marcel c’est le boss. C’est une intelligence artificielle développée par Microsoft pour Publicis qui sera dévoilée le 24 mai prochain lors de Viva Technology. Il doit son nom au créateur de la maison : Marcel Bleustein-Blanchet. Le nom du patron, voilà qui devrait mettre la puce à l’oreille de ceux qui ne voient en lui qu’un gentil réseau social interne où chacun peut s’inscrire pour se faire connaître de ses collègues disséminés partout dans le monde.

« La plateforme Marcel s’appuiera sur les technologies cognitives et l’Intelligence Artificielle pour accroître l’autonomie et développer l’expertise des collaborateurs et des clients de Publicis Groupe, leur permettant ainsi d’échanger simplement », annonce le document de présentation de Publicis du nouveau joujou.

Relier les gens, Marcel peut le faire, certes, mais il va surtout aller beaucoup plus loin. Le véritable boss chargé de réunir la meilleure équipe pour travailler sur un projet, ce sera bientôt lui désormais. Comment ? « En identifiant parmi les 80 000 collaborateurs du groupe le contact le plus pertinent. Quel que soit le problème à résoudre, Marcel trouvera la personne la plus adaptée pour contribuer à y répondre ». Pas moins.

En fait, Marcel intègre le profil professionnel de tous les salariés de l’entreprise à travers toute la planète. Dès qu’un appel d’offre se présente, dès qu’une opération de communication doit être créée, hop, il fait tourner ses petits calculateurs pour identifier les meilleures pros de Publicis à travers le globe afin de constituer une dream team pour ce projet.

Mais ce n’est pas tout : grâce aux « savoirs collectifs » recueillis par la machine, chaque équipe humaine travaillera avec son cerveau mais aussi les « savoirs » des autres mis à disposition par l’ami Marcel. Vous imaginez le temps gagné avec ce super assistant personnel intelligent ? Mieux que Google, il lui faudra quelques millisecondes pour retrouver le slogan Bolobolo qui a cartonné en Indonésie. Ou analyser les dernières tocades Youtube des ados susceptibles d’inspirer les créatifs maison.

Arthur Sadoun, le boss en chair et en os de Publicis a bien raison de déclarer à l’AFP que « cette plateforme va révolutionner la façon dont on travaille. » Et pas seulement la manière dont on travaille chez Publicis.

Car nul doute que Microsoft, après cet intermède publicitaire, va proposer son innovation à toutes les grandes boites mondialisées. Avec le changement colossal qu’elle implique dans le fondement même de l’organisation d’entreprise. Evidemment, aucun manager ne saurait rivaliser avec Marcel. Choisir entre les 80 000 salariés de Publicis les plus à même de travailler sur un projet, et plus tard, se décider parmi les 116 000 d’Apple, ou les 200 000 de Ford n’est pas à portée humaine. Mais pour Marcel, il suffit de mouliner des données.

Oui, la naissance de Marcel est une formidable nouvelle. Encore une tâche fastidieuse effectuée par l’homme depuis la nuit des temps qui se robotise pour le bien-être de tous. Et permettre, « à un jeune créatif de Manille de travailler sur un projet de publicité pour la finale du Superbowl » comme le confie, toujours à l’AFP, Carla Serrano, directrice de la stratégie du publicitaire. Enfin plus de démocratie dans l’entreprise worldwide ou tout le monde, de Kuala Lumpur à Madison Avenue, est sur un pied d’égalité.

Sauf que le pied d’égalité risque d’être un peu bancalisé par ce que Marcel va ingurgiter sur chacun. Avec le risque d’assister dans chaque entreprise ainsi révolutionnée, à un énorme concours de personal branding. Le plus en vue virtuellement sera-t-il forcément le meilleur. Et puis, Marcel n’a pas de cœur, pas d’émotion, tous ces trucs qui ralentissent la productivité et créent des tensions inutiles. Mais qui parfois, aussi, permettent à des hommes et des femmes de se sublimer au boulot, quand un chef humain les fait travailler ensemble, car il a décelé qu’un binôme, fut-il constitué de bras cassés peut produire des miracles. Ça s’appelle de l’intelligence émotionnelle et Marcel en est dépourvu. Pour le moment.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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