1. Accueil >
  2. Actualités >
  3. L'édito de Sylvia Di Pasquale >
  4. Mauvais payeurs : Bercy tacle ces entreprises qui jouent avec l'emploi

Mauvais payeurs : Bercy tacle ces entreprises qui jouent avec l'emploi

mauvais-payeurs--bercy-tacle-ces-entreprises-qui-jouent-avec-lemploi

Sylvia Di Pasquale

23/11/2015

On appelle ça le "name and shame" et c’est une première en France. Dans notre langue fleurie, il s’agit tout simplement de livrer à la vindicte publique les noms de ceux qui ont quelque chose à se reprocher et qui refusent d’obtempérer. Ces jours-ci, la balance c’est Bercy, et les balancés sont cinq grandes entreprises jugées mauvaises payeuses car elles accumulent les retards de paiement envers leurs fournisseurs.

Des retards qui, on le sait depuis belle lurette, sont l’une des plaies de l’économie française, plombant les boîtes, notamment les PME, premières recruteuses du pays, et qui ont du mal à se faire régler leurs factures. Une plaie qui peut freiner les embauches, supprimer des emplois, ou mener ces petites et moyennes entreprises au dépôt de bilan. Alors le ministère a décidé de taper du poing sur la table. Après avoir averti les fautives en leur demandant de respecter les délais légaux de paiement. Et après avoir constaté leur fin de non-recevoir, Bercy a publié la liste sur son site.

Ainsi donc, les noms de Numericable, SFR, Airbus Helicopters, Paul Prédault (les jambons) et Comasud (une entreprise de commerce de gros) sont livrés à la foule, et, ce n’est pas accessoire, aux entreprises qui envisageraient de les fournir. Une fois cette liste dévoilée, on attend évidemment la réaction des intéressés balancés publiquement. Mais comme elle a été publiée ce week-end, accordons-leur le délai de la réflexion.

En revanche, leur représentant n’a pas laissé passer le repos dominical. Thibault Lanxade, vice-président du Medef, justement chargé des TPE-PME est passé en mode cour de récré pour un héroïque "c’est çui qui dit qui est". Après avoir constaté le mal : « chaque année, ce sont des dizaines de milliers d’emplois qui disparaissent parce que des entreprises en bonne santé font traîner les factures », il s’en est pris à Bercy. « L’administration pourrait aussi se regarder en face : elle reste souvent un très mauvais payeur ». C’est rigoureusement exact, mais se renvoyer la patate chaude n’est certainement pas la meilleure manière de la refroidir.

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

6

commentaires

Participez à la discussion

Réagir à cet article

merci l'Etat !

01/12/2015

à 17:54

J'adore comment l'Etat joue aussi à "la main droite ignore ce que fait la main gauche" ! Enfin... je ris jaune !

Dans la filiale où je travaille, nous intervenons sur un secteur très "public". D'ailleurs notre principale activité il y a environ 5 ans, était sur un gros marché public. Leurs exigences étaient drastiques, bien plus rigoureuses qu'ils ne se l'appliquaient eux même... ça nous a coûté un argent fou pour que tout soit fait où, quand et comme ils le voulaient. 3 ans après, ils nous ont laissé une ardoise ... importante. Il a fallu leur refaire des factures car la référence qu'ils voulaient n'était pas au bon endroit, la photocopie était en N/B et pas en couleur... Après, la ligne de crédit allouée à ce marché était épuisée ou fermée :-) Génial de travailler avec la force publique, quelque soit la taille et la notoriété de l'entreprise, c'est la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

Et bien sûr, les délais de règlement des factures qui ont quand même été payées a été multiplié par ..... je n'ai pas cherché à faire le calcul, cela m’écœurait. Car bien sûr en face, quand il faut payer l'Etat, c'est tout de suite ou +10%.
Moralité : jamais plus je ne participerai à un appel d'offre public, l'Etat étant de trop mauvaise fois et trop mauvais payeur.
Cela dit, cela cela n'excuse en rien les mauvais payeurs (allez voir aussi du côté des avocats...), particulièrement ceux qui font de l’abus de pouvoir du fait de leur taille / puissance.

> Répondre

LetsBeSerious

25/11/2015

à 15:25

La lutte contre l'allongement des délais de paiement est officiellement le n° 3 des 35 mesures concrètes du "pacte pour l'emploi" et il est donc normal que Bercy tacle les mauvais élèves ...
Mais à quand les mauvais élèves parmi ceux qui bénéficient d'allègements (mesure n°1) qui doivent permettre de créer des emploi, et au minimum de sauvegarder leurs salariés ?
Cela rejoint le commentaire d'Isabel55 quant à la dénonciation des mauvais recruteurs ... L'état a les moyens d'analyser finement "l'activité RH" des entreprises : nombre de stagiaires, de salariés par tranche d'âge, de recrutements en CDD, en CDI, en apprentissage, etc., de licenciements, de type de licenciement (éco, perso, faute). Et bien sûr de les rapprocher des chiffres des entreprises : CA, résultat brut et net, subventions et allègements, etc.
Sûr que le résultat serait des plus intéressant.

> Répondre

Isabel55555

25/11/2015

à 12:49

Oui et à quand la publicité des mauvais recruteurs ?
Vous savez les entreprises qui preferent prendre des stagiaires pour remplacer des cdi ?
Les entreprises qui ne veulent pas de jeunes.
Les entreprises qui font croire aux chercheurs qu'ils recrutent alors que ce n'est pas le cas. La personne ne parle.

> Répondre

Guilhem

25/11/2015

à 09:39

Je suis assez d'accord avec Dom : à une époque comme la nôtre où tout est question d'image, informer le public reste le meilleur moyen de faire plier ces entreprises "voyous" – en les frappant au porte-monnaie : c'est le droit de vote de notre monde moderne après tout...

Quant à l'état, je ne vois pas pourquoi on devrait l'épargner : en tant que garant de la justice, il est supposé donner l'exemple. Pourtant, quand on voit comment le RSI traite ses affiliés, il y a de quoi prendre peur : combien d'entreprises ont plié boutique à cause d'eux ?

> Répondre

FLB81

24/11/2015

à 21:02

Concernant le dernier paragraphe vous dites "se renvoyer la patate chaude n'est pas la meilleure manière de la refroidir" certes, mais donner des leçons en s'octroyant le droit de ne pas respecter les lois qu'on veut appliquer aux autres n'est pas non plus le meilleur moyen de donner l'exemple. Surtout quand la patate chaude finit toujours chez les mêmes à savoir les PME. Je ne suis pas sur que l'administration française ne soit pas pas dans le peloton de tête des mauvais payeurs et balayer devant sa porte n'a jamais fait de mal à personne !!

Merci

> Répondre

Dom

24/11/2015

à 18:54

Cela peut ressembler à une punition du moyen-âge, mais je trouve que c'est une excellente initiative : à notre époque où tout est question d'image et de comm', révéler publiquement les sales manières de certaines entreprises est une des seules armes qui restent pour qu'elles commencent enfin à se justifier, à réagir, et peut-être même à s'amender...

Et c'est à chacun de nous d'agir en conséquence, de relayer cette info sur ses réseaux, et de ne pas oublier qu'une entreprise sans éthique et sans scrupules ne mérite sans doute pas que nous soyons ses clients !

> Répondre

+
Confidentialité de vos données
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies et de technologies similaires permettant l’utilisation de données relatives à un même utilisateur par notre société ainsi que par des tiers comme les régies publicitaires partenaires, afin de réaliser des statistiques d'audiences et de vous proposer des services en lien avec votre recherche d’emploi, une offre publicitaire adaptée à vos centres d'intérêts et la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux. En savoir plus
J'accepte