Mauvais perdants

Sylvia Di Pasquale

Tandis qu'à Pékin s'affrontent des athlètes de tout poil, à Shanghaï sont attribuées d'autres médailles. Au cours de cette compétition annuelle, pas vraiment homologuée aux Jeux olympiques, les universités du monde entier tentent de décrocher une place au firmament. Mais dans cette discipline, la France est rentrée totalement bredouille. Ni or glorieux, ni vif argent, ni même honorable bronze pour nos facs nationales, puisque le premier campus hexagonal, l'université Paris VI Pierre et Marie Curie,  n'obtient que la 42e place de ce classement.

Certes, les optimistes se consoleront en se flattant des 23 établissements hexagonaux classés parmi les 500 meilleurs établissements mondiaux. Mais les autres ne verront que les pauvres 3 établissements  qui figurent parmi les 100 premiers. Du coup, en bon Français, nos universitaires s'en prennent à l'arbitre et au règlement. Le « classement de Shanghaï », comme le baptisent les spécialistes, ne serait qu'une vaste mystification qui perdure depuis 2003, date de sa première parution.

Il est vrai que les critères d'évaluation sont à peu près aussi éloignés de ceux qui permettent de juger la pertinence d'une formation qu'un défilé militaire peut l'être d'un ballet de Pina Bausch. Car ce que retiennent avant tout les sélectionneurs asiatiques, c'est le nombre de prix Nobel et de médailles Fields (l'équivalent du prix suédois pour les mathématiques) obtenus par les profs des universités classées. Sans omettre la quantité de publications de ces enseignants chercheurs et le nombre de citations dans des revues prestigieuses.  Rien d'étonnant donc à ce que les américaines de Stanford, Harvard et Berkeley se retrouvent sur le podium. Or, rien ne prouve qu'un chercheur brillant soit automatiquement un bon pédagogue, surtout s'il est très occupé par le lobbying personnel qu'il doit immanquablement mener pour obtenir un prix prestigieux.

Du coup, et comme chaque année, les facs françaises crient à l'imposture et rejettent en bloc les conclusions shanghaïennes. Sauf qu'ici comme ailleurs, les maîtres de conférences et professeurs d'université sont à la fois enseignants et chercheurs. Ici comme ailleurs, ils sont censés être aussi bons pédagogues que purs esprits. Ici comme ailleurs, ce mélange des genres fait débat depuis des lustres. Alors nos universitaires se découvrent un autre argument pour justifier leur médiocre score. Par la voix de la Fédération des associations générales étudiantes, citée dans Le Monde du 7 août dernier, ils dénoncent « (...) l'absence de prise en compte des moyens financiers propres à chaque établissement [qui] ne permet pas de juger au mieux la pertinence pédagogique et scientifique des universités française ». En gros, nos bac + x viennent de découvrir que dans de nombreux sports, ce sont les plus riches qui gagnent.

L'équipe olympique géorgienne devrait s'inspirer du courroux des universitaires français en portant plainte à chaque fois qu'une médaille leur échappe. Il leur suffirait d'invoquer la richesse de l'équipe russe, plus forte car beaucoup plus riche qu'elle.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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