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Non, savoir dire « merci » ne suffit pas

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19/12/2017

Un merci n'est jamais un luxe. C’est ce qu’une étude sur les bienfaits de la reconnaissance au travail vient de rappeler à juste titre. Car le manque de reconnaissance est au cœur du processus de démobilisation. Dans l’étude du cabinet Robert Half, 54 % des 302 directeurs et managers sondés le reconnaissent : l'engagement et la motivation des équipes constituent le facteur n°1 de productivité de l'entreprise.

Pour autant, un simple « merci » ne suffit pas sur la durée surtout quand il ressemble à une politesse distraite. 

C’est une autre étude, menée par le Boston Consulting Group, qui vient de nous mettre la puce à l'oreille. Les cadres intermédiaires se sentent délaissés, se jugent inutiles, perdant leur temps en réunion au lieu de participer à la stratégie de la boîte. Pour eux aussi, le BCG a trouvé une solution toute bête et tellement simple que l’on se demande pourquoi personne n’y a pensé avant. « Redonnons-leur de l'autonomie en simplifiant les lignes hiérarchiques », explique l’experte du Boston au Figaro. L’autonomie, l’horizontalité des responsabilités : voilà une mode organisationnelle à la mode ces temps-ci.

Et si c’était justement l’autonomie la fautive ?

Dans son ouvrage Travail, guide de survie , le sociologue Jean-François Dortier rappelle ses effets pervers. Selon lui, « plus le travail est autonome, moins il est visible. » Car toujours selon cet empêcheur de penser en rond,  « la face sombre de ce modèle s'est peu à peu révélée au grand jour. (...) Plus le travail est créatif et autonome, plus l’individu s’épuise à tout réinventer par lui-même. Plus d’autonomie, c’est aussi plus de responsabilités, de contraintes assumées, plus de charge de travail, plus de préoccupations, plus de stress. (...) L’autonomie au travail s’est finalement muée en une nouvelle forme de soumission librement consentie où l’individu s’est trouvé pris au piège. » Car « le travail autonome renforce aussi paradoxalement le manque de reconnaissance d’une direction qui, ayant laissé le champ libre dans l’organisation des tâches, n’en mesure pas le volume ni la complexité. » Caramba, encore raté.

Mais alors, si les cols blancs encadrants ou non, ne peuvent se contenter d’un merci, doivent se méfier de trop d’autonomie, qu’est ce qui leur faut pour être heureux ?

Ce ne sont ni des pépètes, ni un petit mot très chouette qu’ils veulent, mais une réelle prise en compte de leurs personnalités à eux. Et c’est bien là toute la difficulté. Quand l'entreprise doit tenir compte des 4 générations d'individualités rassemblées dans son collectif pour la première fois de son histoire, mieux vaut un bon chef d'orchestre et d'excellents premiers violons.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de la rédaction. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]

 

 

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commentaires

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François MUSUMECI

21/12/2017

à 11:01

Quel paradoxe ! Une fois encore le raisonnement est binaire et ne prend pas réellement en compte la personnalité du collaborateur. Les choix ne peuvent se résumer au seul blanc ou noir. Certain cadre ont besoin d’avoir un champ d’expression normé, au plus près, d’autre à l’inverse ont besoins d’un champ plus souple d’expression. Tout le défi dans l’art de la gestion des forces productives de l’entreprise est pour une organisation, de savoir être agile et adaptable pour ses collaborateurs, de considérer leur type de personnalité et donc leurs besoins, au profit de tous, entreprise et collègues. La vie en entreprise ne peux plus se penser en 2 dimensions, mais bien en multi dimensions.
A suivre

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CYNTHIA SAVAGE

20/12/2017

à 12:10

Excellent article.
Cette "autonomie" vous donne suffisamment de la corde pour se pendre, tout en pensant que vos faites le maximum pour achever les objectives fixées sur une ligne d'horizon qui s'éloigne en permanence.
Insiste sur un planning en noir et blanc le temps nécessaire à la direction qui prend en compte leurs ré-font des projets déjà décidés ou abandonnés, les projets ajoutés à la dernière minute. Si ce n'est pas réaliste, prenez des notes. Vous aurez besoin aux prud'hommes.

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Corinne

20/12/2017

à 08:32

Oui, bien vrai mais parfois il faut savoir choisir entre cette autonomie qui ne rend pas visible tout l'investissement; les compétences déployées pour atteindre les objectifs où subir le mauvais management au sein d'une équipe qui soit disant partage mais contrôle sans bienveillance pour dominer, censurer juger.....J'ai choisi la 1ère. Ce qui implique de fait de ne pas sortir de sa zone de confort pour se protéger.Je ne suis pas dupe des répercussions à moyens terme. J'envisagerai au moment "voulu"...

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François MUSUMECI

21/12/2017

à 10:58

Quel paradoxe ! Une fois encore le raisonnement est binaire et ne prend pas réellement en compte la personnalité du collaborateur. Les choix ne peuvent se résumer au seul blanc ou noir. Certain cadre ont besoin d’avoir un champ d’expression normé, au plus près, d’autre à l’inverse ont besoins d’un champ plus souple d’expression. Tout le défi dans l’art de la gestion des forces productives de l’entreprise est pour une organisation, de savoir être agile et adaptable pour ses collaborateurs, de considérer leur type de personnalité et donc leurs besoins, au profit de tous, entreprise et collègues. La vie en entreprise ne peux plus se penser en 2 dimensions, mais bien en multi dimensions.
A suivre

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Daniel

20/12/2017

à 07:17

Intéressant et bonne conclusion. On confie trop souvent des postes hiérarchiques à des personnes compétentes dans leur métier mais pas assez dans l’humain et l’animation d’equipe. Au mieux on leur donne une formation en cours de route. A cela il faut aussi que chacun réduise un peu son ego et pense à l’autre. Tout irait bien mieux ainsi.

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Carole Desbarges

19/12/2017

à 19:03

Tellement evident, tellement peu pris en compte...merci Sylvia ! ;-)

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Carole COCHERIE

20/12/2017

à 10:40

Un article à Twitter sans modération!

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David L.

20/12/2017

à 03:03

Tout à fait vrai, réaliste, c’est l’engrenage de notre autonomie qui nous épuise. Comment redresser la courbe alors qu’on nous demande souvent plus avec moins de personnel ? Les équipes se lassent, se découragent et nous finissons seul avec notre autonomie qui devient une contrainte alors qu’elle était destinée à nous motiver et faire mieux fonctionner l’entreprise.

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