Petit éloge du système islandais

Sylvia Di Pasquale

Petit éloge du système islandais

Comment est-ce seulement possible ? Comment une petite équipe d’un petit pays vierge de tout palmarès peut-elle se hisser au niveau des plus grandes nations du foot ? Même si le parcours de l’Islande s’est achevé hier soir sur une défaite en quart de finale face à la France. Comment des joueurs, somme toute moyens comparés à des Cristiano Ronaldo ou des Wayne Rooney, peuvent-ils, ensemble, en remontrer à ces stars du ballon ronds, adulés et multimillionnaires ? La réponse est, en partie, dans la question : parce qu’ils sont ensemble, justement. Parce que, depuis le début de la compétition, ces bras cassés bien coachés ont montré qu’un jeu moyen, mais très collectif pouvait renverser des montagnes d’individualisme, même bourrées de talents.

 

Un système qui bouscule les habitudes du football européen. Et dont le souffle pourrait toucher le monde de l’entreprise. D’abord, le coaching viking fonctionne en tandem. L’islandais Heimir Hallgrimsson et le suédois Lars Lagerbäck forment un binôme inédit : au premier la charge de la tactique et du management, au second, l’analyse du jeu adverse, l’animation des réunions, et aux deux les décisions collectives. Autre curiosité chez ces deux co-entraîneurs : ils ne sont pas issus du sérail comme tous leurs collègues européens. Les duettistes ont respectivement démarré leur carrière en tant que dentiste pour l’un et juriste pour l’autre.

 

Faut-il en déduire que cette pratique, à base de co-coaching et de reconversion professionnelle, est la panacée d’une équipe qui gagne ? La défaite d’hier ne le permet pas. Mais elle témoigne en revanche d’une formule inédite pour le monde du foot, qui repose sur un système inversé. Au pays des volcans, on professionnalise d’abord des entraîneurs. Le développement du foot en Islande, des petits clubs amateurs jusqu’à l’équipe nationale, s’est fait en quelques années seulement, sur la base d’un encadrement professionnel à tous les niveaux. Tous les entraîneurs du pays, ceux qui motivent les poussins comme les seniors sont des pros, formés et diplômés. À l’inverse du bénévolat en vigueur dans les grandes nations footballistiques. Charge à eux de motiver des équipes moyennes pour les amener le plus loin possible. Et si possible jusqu’aux portes d’une demi-finale de l’Euro.

 

C’est le coaching le plus difficile, au foot comme en entreprise. Celui que Di Caprio incarne dans Le Loup de Wall Street par exemple (certes pour des raisons moins glorieuses). Accompagner des stars pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes est une chose. Motiver des bras cassés pour qu’ils donnent plus que le meilleur d’eux-mêmes en est une autre. Les coachs capables d’un tel exploit sont rares. Et pas seulement dans le foot européen.

 

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

Vous aimerez aussi :