Petite prise d'otages entre cadres

Publié le 25 mai 2010 Sylvia Di Pasquale

Dans la famille séminaire crétin, je demande le pire. Comme l'a révélé le site Médiapart (1), un manager vient d'être condamné pour « complicité de violences aggravées avec préméditation et usage ou menace d'une arme » par la chambre criminelle de la Cour de cassation.

Pas moins. Les raisons de la condamnation ? Une stupidité sans nom. Les faits qui viennent d'être jugés nous ramènent cinq ans en arrière dans un château des Yvelines loué pour l'occasion. C'est là que Philippe Santini, patron de France télévision publicité - la régie des chaînes publiques - réunit les 13 personnes de son comité de direction pour deux jours de séminaire très ordinaire.

Au programme : comment mieux vendre les écrans de pub. De la bonne vieille réu dans un cadre bucolique. Jusqu'au soir du premier jour.

A 18 heures, neuf types, cagoulés et armés, déboulent soudain dans la salle. Sous la menace et en hurlant, ils demandent à tout le monde de se coucher par terre, les mains dans le dos. C'est une prise d'otages. Le commando demande, pour libérer les prisonniers, qu'une cassette soit diffusée au 20 heures. En attendant, les terroristes exigent que chacun se couvre d'une cagoule. Insupportable pour la directrice commerciale adjointe qui est claustrophobe. Panique, crise de nerfs, elle est évacuée de la salle. Un peu plus tard, deux cadres se rebellent et tentent de s'enfuir. Ils sont rattrapés et isolés sur la terrasse.

Une heure quinze après le début de la prise d'otages, les vilains méchants tombent le masque : ce n'était qu'un simulacre, une mise à l'épreuve pour tester leur résistance au stress, commandité par Santini à une agence événementielle joliment baptisée A.R.M. et composée d'anciens membres du GIGN. L'opération devait durer deux heures, mais vue la tournure des événements elle a été raccourcie. Sauf que le mal était fait.

Dans les mois qui suivent, des cas de dépression apparaissent et les rebelles sont sanctionnés. Guillaume Astruc, le numéro 2 de la régie était l'un d'eux. Lors du débriefing du séminaire, son attitude est jugée « susceptible de mettre en danger la vie d'autrui » par le boss de l'agence qui a monté le mauvais coup. Quelques mois plus tard, Astruc est viré et, selon l'arrêt de la Cour d'appel, son licenciement est lié à sa réaction lors de la prise d'otages.

Heureusement, l'affaire n'en est pas restée là. Guillaume Astruc, officiellement licencié pour incompétence, est aujourd'hui directeur de la régie de RTL. Sûr que les responsables de la première radio de France sont suffisamment inconséquents pour confier un poste aussi stratégique à un incompétent. Quant à Philippe Santini, il a donc fini par être condamné au pénal. Mais le patron de la régie est resté en poste durant les cinq années qui ont suivi l'affreux simulacre.

Et depuis que la condamnation est tombée (le 7 avril dernier), Patrick de Carolis n'aurait toujours pas « pris connaissance de l'arrêt de la Cour de cassation » selon ses déclarations à Laurent Mauduit, le journaliste de Mediapart. Le Pdg de France Télévision aurait été informé de l'affaire uniquement par la presse. Ce qui témoigne au moins de l'excellente circulation des informations en interne.

Alors, soyons classe et aidons l'encore Pdg des cinq chaînes du service public français (il doit abandonner son poste au mois d'août) en lui recommandant le dernier film de Stanley Kubrick. Il s'appelle Eyes Wide Shut (Les yeux grands fermés).

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 25 mai 2010.

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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