Plutôt garçon manager que fille ingénieur

Publié le 04 septembre 2007 Sylvia Di Pasquale

Evidemment, c'est trop tard. Une fois le parchemin en poche, impossible de refaire le match. Mais un jeune diplômé averti en vaut deux et il est préférable d'apprendre trop tard que l'on n'a pas choisi la carrière la plus rémunératrice. Plutôt que de ne le savoir jamais. Ingénieurs tous frais sortis de l'école et qui vous apprêtez à affronter la meute des recruteurs, respirez donc un grand coup, buvez un verre d'eau et retenez ce chiffre : - 6,5 %.

En signant votre premier contrat de travail, vous toucherez un salaire inférieur de 6,5 % à vos copains issus d'une école de commerce. Au nom de quoi ? De qui ? Mystère. Vous fouillez votre dossier scolaire. Il est excellent. Votre casier judiciaire ? Immaculé. Vous avez toujours été poli avec vos professeurs, et vous avez toujours débarrassé la table chez vos parents. Pourtant les résultats sont sans appel et l'avalanche de chiffres livrés dans la 15ᵉ « enquête 2007 sur l'insertion des jeunes diplômés » de la Conférence des grandes Ecoles (CGE) ne fait que renforcer l'injustice dont peut légitimement s'estimer victime un scientifique.

L'enquête de la CGE - qui regroupe les principales écoles françaises dédiées au commerce ou à l'ingénierie - pointe également un accroissement de cet écart au fil des années. Mais surtout, elle met en lumière une autre réalité, tout aussi déprimante : une femme ingénieur est embauchée pour un salaire inférieur de 6 % par rapport à celui d'un garçon de diplôme équivalent. Après plusieurs années d'expériences, la différence atteint 30 %. Quant à l'écart entre les fiches de paie d'une femme ingénieur et d'un homme manageur, autant vous dire que ce n'est pas un fossé qui les sépare mais une faille spatio-temporelle.

Ces différences doivent bien s'expliquer d'une manière ou d'une autre. Puisque le système économique ne souffre d'aucun sexisme, ni d'aucun préjugé. Il ne se fie qu'à l'absolue logique du marché qui ne répond à d'autres critères qu'à ceux de la rentabilité et du profit. Selon ce principe, celui qui conçoit une Ferrari a moins de mérite que celui qui la vend. Si c'est une femme qui crée une boîte de vitesse robotisée à Maranello, elle doit être moins payée qu'un homme qui markete ou commercialise des bolides rouges à New York.

Une drôle de logique qu'aucune analyse économique ne saurait démontrer. Mais qui fait loi dans l'entreprise occidentale. Et dire que certains responsables se demandent encore pourquoi les jeunes délaissent les études scientifiques.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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