Pourquoi l'entreprise préfère les imposteurs

Publié le 08 avril 2013 Sylvia Di Pasquale

Rassurez-vous, on ne va vous pas vous infliger une analyse de plus de l’affaire Cahuzac. Même si le bouquin de Roland Gori s’appelle "la Fabrique des imposteurs"*. Même si, pour ce psy, notre société, nos Etats et nos entreprises privilégient la forme sur le fond, la réputation sur les compétences, le buzz sur le travail. Pas besoin d’aller traîner dans les couloirs de Bercy pour s’en apercevoir. Il suffit d’assister à la foire aux vanités qui se déroule chaque jour dans les open space de France et d’ailleurs.

Pour réussir, soit brillant, normal et adapté, semble dire l’homme au divan. Attention, brillant ne signifie pas doué, mais habile à faire savoir qu’on l’est éventuellement. Normal ne veut pas dire qu’on est comme tout le monde, mais que l’on est comme l’entreprise souhaite que l’on soit. Le psychanalyste évoque aussi une société d’adaptés, celle de tous ceux qui se conforment à ce que l’on attend d’eux. Un président normal, certes, mais des cadres et des salariés qui sont tout autant conformes au moule défini par l’entreprise.

Ainsi, il peut arriver, que le bon poste, la bonne promo, le bon strapontin au codir soit accordé à celui qui sera conforme. Rien de systématique, bien sûr. Il est des boîtes où le plus différent, le plus extravagant, le plus compétent, le plus anticonformiste, empoche la mise. Un exemple, là, toute de suite ? Comment dire… Peut-être qu’avec une enquête poussée, une investigation médiapartienne, on pourra en débusquer une.

En attendant, on s’aperçoit que le clonage a de sacrés beaux jours devant lui. Lequel clonage est d’ailleurs dénoncé par tous les recruteurs qui répètent aux candidats : « soyez vous-mêmes ». Ils sont parfois sincères d’ailleurs, en donnant ce conseil. Parfois même, ils sélectionnent des candidats vraiment différents, pas forcément brillants, avec une compétence qui n’est pas que de façade. Mais ils sont retoqués dès l’étape suivante lorsqu’ils ne sont pas comme les N+1, +2 ou + 12 voudraient qu’ils soient : comme eux, comme leurs prédécesseurs, comme ils imaginent que « l’entreprise » (mais qui est « l’entreprise » sinon les hommes qui la constituent) doit être peuplée.

Et puis, de temps en temps, un extra-terrestre passe entre les mailles du filet. Un cadre différent entre dans la place. Mais il veut progresser, comme tout le monde. Il la veut cette promo, ce fauteuil au codir, comme ses collègues. Alors il fait comme tout le monde, il s’adapte, il se coule dans le moule. Il devient un imposteur.

* Roland Gori – La fabrique des imposteurs – Editions Les liens qui libèrent

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 8 avril 2013

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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