Présidentielles et machine à café

Publié le 23 avril 2007 Sylvia Di Pasquale

La finale est programmée avec l'affiche que les instituts de sondages avaient prévue. C'est une bonne nouvelle pour eux, mais pas forcément pour tout ceux qui, pendant quinze jours vont affronter recruteurs, collègues, clients et relations de boulot d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient. C'est qu'en France, on ne dit pas combien on gagne, ni pour qui on vote. Gauche ou droite, gros salaire ou petit pourboire, mystère et vote secret. Ne rien dire pour ne pas froisser ? Impossible. Comment occulter le résultat, ce matin à la machine à café, à 13 heures à la cantoche, cet après-midi pendant ce rendez-vous avec un fournisseur ?

Jusqu'à dimanche dernier, c'était pratique. On pouvait toujours invoquer le béarno-centriste. On pouvait afficher la couleur Bayrou (comme 31 % des cadres interrogés par Cadremploi.fr) sans fâcher personne. Au contraire, si on témoignait de son soutien au candidat UDF à un interlocuteur de droite ou de gauche, celui-ci se sentait investi d'une mission : convaincre l'égaré de rejoindre son camp. Mais l'extrême centriste n'a gagné que la petite finale et il va falloir commenter le score des deux autres pendant deux semaines, sans froisser celui qui écoute et dont on ignore les opinions politiques, comme il doit absolument ignorer les nôtres.

Pour réussir ce triple axel avec maestria, on peut suivre les préceptes de notre petit manuel du politologue en entreprise. Garder ses copains et ne pas perdre ses clients, c'est possible si on adopte la distance d'un Roland Cayrol, d'un Dominique Reynié, ou d'un Olivier Duhamel. Car il faut oublier l'idéologie et passer en mode stratégie. Au feu le libéralisme et le collectivisme, vive les commentaires sur les deals d'entre deux tours. En expliquant la répartition des voies du FN, des centristes et des trotskystes vers l'un ou l'autre finaliste, on passera pour un observateur finaud. Idem si l'on distille habilement ses conseils de part et d'autre. Avec des formules policées du genre « Royal doit absolument jouer du vote de protestation anti-Sarkozy ; tandis qu'il doit absolument ouvrir au centre », bien malin qui pourra vous prendre en flagrant délit d'opinion.

On n'est pas du genre à s'énerver, à se montrer déçu ou ravi du score de notre poulain ou de notre pouliche. On est zen, on respire et on scrute la campagne électorale du haut d'un nuage de félicité. On ne donne pas son avis, on analyse, nuance. Cet océan de suavité et de recul dans lequel on va nager pendant les quinze prochaines journées de boulot doit évidemment être compensé par quelques moments de relâchements. Aussi, le kit de survie conseille de recourir durant cette période plus que de coutume au poste de télé, à savoir chaque soir en arrivant chez soi, après une journée de neutralité tacticienne. Dès que le candidat que l'on abhorre se montre, il est nécessaire de vitupérer à son endroit. Lâchez prise, exprimez-vous, traitez-le, en ayant pris soin de bien fermer portes et fenêtres. Si celui que vous soutenez apparaît, une petite génuflexion libérera pareillement les énergies contenues. En toute discrétion.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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