Qu'est-ce qu'on attend pour décamper ?

Publié le 21 mars 2016 Sylvia Di Pasquale

Qu'est-ce qu'on attend pour décamper ?

Les chiffres sont tombés et ils viennent tout droit de l’Inrix, la boîte qui gère l’info trafic routier. En 2015, les Franciliens ont perdu 45 heures dans les bouchons, soit une bonne semaine de boulot. Des conducteurs salariés stressés, des dirigeants d’entreprises qui le sont autant, et au final, un gros paquet de mécontents. Et pourtant, aucune entreprise ne songe à fuir vers des ailleurs verdoyants ou les bouchons sont inexistants. Au contraire. 

La grande famille du business n’arrête pas de vanter les mérites de Londres, cet Eldorado. Un rêve, avec sa City, sa reine, ses double-decker et ses 101 heures de perdues dans les artères à la conduite à gauche saturées. Dans la plus petite Bruxelles, c’est presque pareil : les conducteurs y ont perdu 70 heures pare-chocs contre pare-chocs. 

Alors on se demande ce qui retient les entreprises, et surtout leurs décideurs bien arrimés à leur siège social, dans ces grandes villes saturées. D’autant que les heures perdues et le stress de leurs salariés leur coûtent au final un gros paquet de pépettes. Et d’ailleurs, comme tout le monde s’en plaint, c’est le sujet de conversation le mieux partagé en arrivant au bureau le matin, ou en débarquant à un rendez-vous, forcément en retard. 

Mais qu’attendent-ils pour décamper, en embarquant leurs salariés ? En fait, ils sont tous atteints d’une grave maladie, qu’ils ont parfaitement réussi à transmettre à leurs collaborateurs : le panurgisme. « Je ne peux pas partir en province, tous mes partenaires sont en Île-de-France » expliquent-ils. Ok, ils sont coincés. La solution est donc du côté de ces prestataires et clients. Allons les voir. C’est facile, il suffit de s’enquiller une heure et demi d’A86 blindée de voitures à l’arrêt, et on y est. Leur réponse ? « Je ne peux pas partir en province, tous mes partenaires sont en Île-de-France ». 

Du côté des salariés, s’ils rêvent tous de chemins bucoliques et dégagés pour aller travailler, peu franchissent le pas. Pourquoi ? « Parce qu’il n’y aucune entreprise et aucun job ». Ok. Avant que quelques-unes de ces entreprises ne franchissent le pas, il risque de s’écouler une brassée d’années. Pourtant, ce Rubicon-là, l’Allemagne l’a franchi depuis des décennies déjà. Son organisation décentralisée, avec ses länder éparpillés, poussent à disséminer les centres économiques ailleurs qu’à Berlin. Au point que les villes germaniques n’ont jamais figuré dans les classements des villes embouteillées. Mais, c’est loin l’Allemagne. Et ce n’est pas du tout, du tout, un pays que l’on pourrait prendre en exemple de réussite économique.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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