Quand les cabinets de recrutement balancent

Publié le 30 avril 2007 Sylvia Di Pasquale

Il y a des jours comme ça, où une grosse lassitude nous tombe sur le râble en achevant certaines édifiantes lectures. Celle-ci a de quoi préoccuper nombre de cadres en recherche d'emploi. C'est une étude sur les pratiques de sélection, menée par le cabinet de transition professionnelle Oasys Consultants. Encore un sondage ? Oui mais celui-ci ne fait pas dans l'approximatif corrigé selon la méthode pile ou face. C'est du lourd. Nos enquêteurs s'en sont allés interroger 60 des quelques 700 cabinets de recrutement du pays. En fait, dans cette étude, on n'apprend strictement rien de neuf. Et c'est bien là le plus terrible.

Les méthodes de sélection, et surtout leurs dérives, sont connues et rebattues, dénoncées et pourfendues. L'enquête se contente d'en mesurer leur survivance aujourd'hui et de constater, lasse, que rien ne bouge. Prenons la discrimination par l'âge. Une haute autorité est chargée du problème, des spots destinés à éveiller les consciences fleurissent à la télé ainsi que sur les ondes et quelques procès tapent sur les doigts des discrimineurs pour l'exemple. Tout ça pour ça : 69% des cabinets interrogés considèrent que l'âge est toujours un critère clairement discriminant. Le millésime critique, selon 30 % d'entre eux, se situe entre 45 et 49 ans. Comme si une date de péremption empêchait les cadres d'être productifs lorsqu'ils ont passé ce cap. Quelques années plus tard, ils semblent carrément frappés du sceau de l'infamie, puisque seuls 2 % des consultants questionnés déclarent présenter un candidat de plus de 55 ans à leur client. Rien de bien nouveau sous le soleil pour les quinquas à la recherche d'un emploi.

Rien de bien neuf non plus en ce qui concerne le sort réservé aux chômeurs. 81 % des consultants interrogés ont des préjugés défavorables envers les candidats sans emploi depuis plus d'un an. Et ils sont encore 38 % à nourrir un tel sentiment envers ceux qui ont perdu leur poste depuis moins d'un an.

Rien de fondamentalement inédit non plus du côté des pratiques éculées. C'est ainsi que la bonne vieille graphologie, controversée par nombre de spécialistes et que l'on croyait remisée au musée du recrutement aux côtés de l'astrologie et du marc de café, est toujours utilisée. Et pas qu'un peu, puisque 69 % des consultants s'en servent toujours, « à la demande du client » précise l'étude.

On pourrait continuer d'égrainer longtemps les us et coutumes relevés par ce cabinet des curiosités du recrutement. Interrogeons-nous plutôt sur les raisons qui poussent les consultants questionnés à ainsi balancer. Car certaines des pratiques qu'ils dénoncent dans cette étude sont tout simplement illégales. Et même s'ils le font sous le couvert de l'anonymat, ces professionnels jettent quand même un gros discrédit sur leur propre travail. En fait, cette série d'aveux est plus sûrement destiné à infléchir les entreprises qui leur passent commande. Un moyen pour les consultants de cesser l'autocensure. Qui leur fait présenter à leurs clients prioritairement des hommes, blancs, âgés de 30 à 40 ans et actuellement en poste. Sans même que l'entreprise n'ait à leur préciser qu'elle leur réclame ce type de clone.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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