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Quand les pilotes de Ryanair préfèrent la dépendance à l’indépendance

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Sylvia Di Pasquale

03/10/2017

Parfois l’actu sociale s’emballe et redonne du souffle aux bonnes vieilles théories économiques. Prenez les déboires de Ryanair. La compagnie aérienne low cost se voit obligée d’annuler plus de 2 000 vols ce mois-ci et pourrait en supprimer près de 18 000 d’ici mars prochain. Énorme. Autant que les explications fournies par la compagnie. Dans un premier temps, l’Irlandais dans la mouise a tenté de se justifier en soutenant que les vols cloués au sol l’étaient pour mieux les réorganiser et éviter les retards. Comme les observateurs ont légitimement émis quelques doutes, l’avionneur a évoqué des problèmes de planning dûs à un grand nombre de jours de congés à solder d’ici fin décembre par ses pilotes. Tiens donc. Pourquoi toutes les compagnies du monde parviennent-elles à faire décoller des équipages au complet durant ces trois prochains mois mais pas Ryanair ? Et pourquoi commandants de bord et co-pilotes ont refusé une prime respective de 12 000 et 6 000 euros pour reprendre le boulot sans solder leurs congés ? Ils ne sont pas smicards, mais refuser une telle somme est le signe d’un ras-le-bol profond.

Selon l’enquête d’Europe 1, une partie des commandants de bord et copilotes disposent de contrats établis selon la législation irlandaise, l’une des seules au monde qui permet de les employer sous un statut d’indépendant. En France, cela s’appellerait du salariat déguisé. Comme ils ne sont pas salariés, ils doivent financer eux-mêmes leur uniforme, tout comme leurs formations sur des simulateurs de vol (35 000 euros) et leur place de parking à l’aéroport. Une bonne vieille technique qui a plutôt réussi à Michael O’Leary, le PDG de Ryanair, qui « recrute » ainsi depuis 29 ans. Sauf qu’aujourd’hui, ça coince.

Car ces pilotes trouvent mieux ailleurs. L’aviation commerciale se porte plutôt bien, et elle recrute. En CDI en plus. 700 pilotes auraient déjà quitté Ryanair, sur les 4200 qu’« emploie » la compagnie. Un pilote d’A320 qui doit décoller à heure fixe ne choisit ni ses horaires, ni ses clients (et c’est plutôt rassurant). Le boss a beau dire que ses méthodes sont bonnes, pas sûr qu’il puisse continuer comme avant. Ses pilotes en ont marre d’être des Uber de l’air car leur statut est beaucoup plus inadapté à leur job que les chauffeurs de VTC (même si ces derniers ont fait valoir d’autres revendications). De nombreux jobs s’accommodent parfaitement du statut d’indépendant et les artistes, tout comme de plus en plus d’informaticiens, de designers, d’experts marketing ou même d’ingénieurs le revendiquent *.

 Pas les pilotes mutins de Ryanair qui cherchent au contraire à faire reconnaître la relation de subordination. Et rappelle que le statut d’indépendant a du bon quand on est vraiment pas dépendant.

On ne construit pas une entreprise contre ses clients, rappelait l’économiste Léon Walras et sa théorie de l’équilibre général. De la même façon, le cas Ryanair restera peut-être l’illustration qu’on ne construit pas une entreprise contre ses salariés, surtout quand la valeur de ces derniers est reconnue par le marché et que les concurrents les débauchent.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier ©Cadremploi

*« Choisir ses clients », « être libre de son temps ». Telles sont les motivations des free-lance inscrits sur la plateforme HopWork et du collectif OuiShare sondés pour une récente enquête réalisée auprès de 1014 freelances.

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de la rédaction. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]

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Arnaud

09/10/2017

à 17:02

On sait que cette compagnie joue sur le type de contrat ; le personnel navigant est évidemment lié à l'activité de la compagnie et d'en faire des contractuels indépendants tient plus de la pirouette légale que d'une réalité.

Le titre de l'éditorial est volontairement "provocateur" car en fait ces navigants ne rêvent que d'une chose: être les employés d'une compagnie dont ils sont la "cheville ouvrière"... en attendant les avions sans pilotes (dans l'avion, mais ils seront encore au sol).

Ce qui m'étonne c'est que ces comportements parfois outranciers n'altèrent en rien la réussite de compagnie aérienne. Elle reste la première compagnie européenne en termes de passagers transportés (120 millions de passagers/an) et dégage 1,3 milliards d'euros de bénéfice net...en croissance...

Le voyageur reste un consommateur que (seul?) le prix motive et lui fait oublier à quelles conditions ce deal a pu exister et continuera.

> Répondre

toto

07/10/2017

à 11:23

le CDI n'est plus ce qu'il était...
Surtout, les jeunes pilotes, n'ont pas le choix, paient pour voler et leur formation est déjà onéreuse dès le départ (ce qui rappelle les étudiants américains, partis avec une dette immense et condamnés à bosser pour rembourser leur prêt)

> Répondre

Bon

04/10/2017

à 17:11

Sylvia Di Pasquale semble négliger différents aspects de l'organisation et de la culture d'entreprise.
C'est peut-être oublier que la sécurité des passagers en dépend. Et être pilote, n'est pas un job, mais un métier avec des risques importants et des responsabilités qui vont avec.

* Le Figaro 13/08/2013
* Le Point 24/08/2013

Le statut d'auto-entrepreneur, le management par la peur ou la démotivation entraînée par l'excès d'individualisation et un management opaque :"La ligne de conduite de Michael O'Leary, elle, reste parfaitement cohérente. Le P-DG de Ryanair s'efforce à tous les niveaux d'interdire la transparence.". Le Point : "ryanair joue-t-elle avec la sécurite des vols 2013"
'RyanAir licencie un pilote trop critique sur la sécurité 15/08/13, Libération'

""On m'a forcé à dépasser le temps de travail de deux heures sous peine de perdre ma base de travail, et d'être envoyé dans une base qui me plairait moins."

"Par exemple, ils ont introduit des mesures de monitoring des pilotes, qui poussent les pilotes à jouer avec la sécurité, en forçant les pilotes à embarquer moins de carburant par exemple. Pour l'atterrissage, il faut garder le train d'atterrissage rentré jusqu'au plus tard possible avant de se poser, poursuit-il. Ça conduit à des approches instables, et c'est une cause essentielle d'accident. Je refusais de le faire, et j'ai reçu de nombreuses lettres et menaces diverses, c'est leur technique".
La Provence 21/09/2017

En quatre ans, rien ne semble avoir changé et les pilotes fuient leur employeur. C'est là qu'on voit que la RSE en interne est importante pour la rétention des talents autant qu'en externe pour les clients. C'est essentiel d'avoir les capacités pour satisfaire la demande.

Madame Di Pasquale, un job c'est être payer à écrire des articles superficiels sur internet.

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Salah

04/10/2017

à 10:25

Article qui éclaire un peu sur une situation. Petite réserve sur le titre par contre ...

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