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Quand les salariés disent mollo sur l’IA

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Sylvia Di Pasquale

09/04/2018

Ce n’est pas une rébellion, mais une manière feutrée de dire non. Non au mentorat assisté par l’intelligence artificielle et non à cette même IA lorsqu’elle est utilisée à des fins militaires. Ce front du refus émane non pas de quelques agitateurs militants, mais des salariés de Paypal d’une part et de ceux de Google d’autre part.

Ceux de Google – du moins une minorité pacifiste d’entre eux –  se sont émus lorsqu’ils ont appris que leur boîte collaborait avec le Pentagone dans le but de mettre au point un outil pour détecter des véhicules ou des individus afin de leur envoyer une cavalerie de drones plutôt hostiles. Selon le New York Times, 3 100 d’entre eux ont signé une pétition pour demander à leur direction de mettre fin à cette collaboration. Et de préciser que « Google ne devrait pas être impliqué dans des activités guerrières ». Ce qui revient à défendre l’image de leur employeur à l’insu du son plein gré.  

Autre géant de la tech, tout aussi américain, Paypal a essuyé un front de refus plus soft que la firme de Mountain View. Il faut dire que la démarche du spécialiste du paiement en ligne était bien moins guerrière. Il s’agissait de faire « matcher », toujours à travers une IA, des mentors et des mentorés. A leur arrivée, des juniors étaient ainsi mis automatiquement en relation à des séniors plus expérimentés dans l’entreprise par un algorithme qui tambouillait des critères d’affinités toutes professionnelles. Ensemble, « ils pouvaient parler travail et développement de carrière, confie une responsable RH de Paypal au Monde. Le problème ? « Ils n’avaient pas grand-chose en commun » et « les discussions restaient neutres et froides. »

Car l’intelligence très artificielle n’avait pas été programmée pour un matching tenant compte d’autres éléments que le statut, le métier ou les manières de travailler. Or les affinités entre êtres humains relèvent d’une alchimie un poil plus complexe. Ce qu’un programme de mentoring ne saurait évacuer d’un revers d’octet.

Résultat : la carrière de la machine s’est achevée tout net car les jeunes mentorés avaient fini par ne plus se rendre aux rendez-vous. A la différence de la fronde chez Google, ils n’ont pas pétitionné mais ont donné dans la résistance passive. Jusqu’à ce que les RH se rendent compte du problème.

Et trouvent la parade :  l’an passé, les ressources humaines de Paypal ont remis au goût du jour un vieil outil qui semble tout droit sorti de la préhistoire en ces temps algorithmique : le « speed mentoring ». Comme dans un « speed dating », les uns et les autres se jaugent pendant 5 minutes montre en main et si ça colle, ils deviennent mentors et mentorés. Évidemment, c’est rapide, trop rapide. Mais apparemment, le contact humain même furtif produit de meilleurs effets que les algo et l’expérience se prolonge toujours.

De ces deux flops de l’IA, il ne faut pas déduire qu’il faut jeter le bébé calculateur avec l’eau de son bain d’algorithmes. Mais qu’à être utilisée systématiquement et sans tenir compte de la « pâte humaine », elle est inopérante ou dérangeante. Et le fait que des humains qui y sont directement confrontés restent vigilants est, en soi, rassurant. Vous ne trouvez pas ?

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de la rédaction. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]

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