Que fait Facebook de notre temps de cerveau disponible ?

Publié le 13 novembre 2017 Sylvia Di Pasquale

Que fait Facebook de notre temps de cerveau disponible ?

C’est une rédemption aux accents effrayants. Sean Parker, l’un des fondateurs de Facebook aux côtés de Mark Zuckerberg, vient de révéler, 14 ans après la création du réseau social, que lui et ses acolytes ont délibérément accouché d’un monstre. « Dieu seul sait ce que ça fait aux cerveaux de nos enfants », a-t-il lâché lors d’une interview accordée au site Axios. En gros, Facebook a été volontairement conçu pour exploiter « la vulnérabilité humaine. » Et de préciser que lui et d’autres apprentis sorciers de la Silicon Valley « l'ont compris consciemment. Et nous l'avons fait quand même. »

Faire quoi ?  Absorber le maximum de notre temps et de notre attention consciente. Le tout, dans un but évidemment mercantile et grâce à un truc redoutable : fournir un peu de dopamine (cette hormone qui donne de la joie) par le biais des « likes » et des commentaires. La reconnaissance engendrant de la joie qui engendre la quête de la joie, tout le monde en redemande. Un processus de validation sociale bien connu.

2 milliards d’abonnés plus tard, Sean, qui a quitté Facebook depuis des lustres est à la tête de 2,1 milliards de dollars. On aurait évidemment préféré qu’il nous livre ses conclusions avant de quitter le géant de Cupertino où il n’a fait qu’un passage éclair. Mais au-delà des révélations tardives, au-delà du débat qui devrait s’en suivre et dont le thème « Sean Parker est-il un lanceur d’alerte ou un cracheur dans la soupe » devrait alimenter quelques posts Facebook, penchons-nous sur l’implication du premier réseau en particulier et des autres en général sur la vie de bureau.

Car la dopamine des likes fonctionne évidemment aussi bien dans les open space que sur son canapé à la maison. Mais qui les utilise au boulot, ces réseaux ? Tout le monde et personne. Tout est mélangé. On ne dépose évidemment pas son Smartphone à l’accueil et on y jette un œil de temps à autre. Et puis, 90 % des entreprises utilisent Facebook d’une manière professionnelle, selon cette étude de 2014. Aujourd’hui, le chiffre pourrait être plus impressionnant encore. Alors ? On ne sait pas. Et on fait quoi ? On tente de réguler tout ça, dans la plus parfaite contradiction.

Ainsi, selon la même étude, 36 % des entreprises bloquaient les accès aux mêmes réseaux, et, parmi elles, forcément des boîtes qui bossent avec Facebook. Cherchez l’erreur. Certaines se dotent d’une charte façon pub pour boisson alcoolisée, « consommez les réseaux avec modération ». Elles seraient 43 % dans ce cas selon certaines enquêtes et 80 %, selon d’autres. Le grand flou règne donc dans ce grand tout et personne n’est capable de juguler correctement cette addiction générale, puisque ceux-là même qui tentent de la restreindre attendent des likes du post antifacebook qu’ils postent sur Facebook. Reste une chose dont tout le monde est conscient : être accro aux réseaux démotive au boulot. Et rend moins productif. Jusqu’au jour où les dirigeants astreindront les managers à liker leurs collaborateurs à chaque tâche bien accomplie.

Syl_DiPasquale © Cadremploi.fr

Dessin de Charles Monnier

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Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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