Quel cinéma, la recherche d'emploi

Publié le 01 octobre 2007 Sylvia Di Pasquale

Pas facile d'être un chercheur d'emploi « tendance ». Jusqu'ici, le talent de base pour décrocher un job, c'était l'écriture. Pas une plume de goncourable, mais un peu de technique pour rédiger un CV lardé de mots clés et un message de motivation pas trop balourd. Parfois, il fallait y ajouter un petit don de photographe, ou avoir un beau frère chez Vogue, pour que sa trombine glissée sur le curriculum soit suffisamment glamour. Et puis, pour s'en tirer honorablement lors d'un entretien, mieux valait savoir jouer d'un charisme forcément naturel.

Comme s'il ne fallait pas cumuler suffisamment de prédispositions pour décrocher un job, voilà que, grâce aux admirables possibilités du Web 2.0, les candidats doivent, en plus, se transformer en professionnels de la télé pour mettre toutes les chances de leur côté. L'idée ? Mettre en ligne son CV vidéo sur un site de partage, attendre qu'un recruteur regarde l'œuvre, soit séduit par la prestation, pour enfin contacter son auteur. Webcam, caméscope ou téléphone portable, tout est bon pour s'auto-filmer.
Fini le cauchemar du CV, se dit le candidat enfin libéré des affres de l'écriture. Sauf que... l'image aussi possède ses propres codes d'écriture. Qu'il vaut mieux respecter sous peine de ridicule. Il vaut mieux avoir quelques notions techniques de réalisation, savoir se tenir devant une caméra et être capable de réciter un texte que l'on aura rédigé sans se défaire de son naturel souriant et affable. Tout en regardant l'objectif au fond des yeux et en lui tendant son meilleur trois quart - face. Mieux vaut également choisir son décor et sa tenue. En évitant les rayures qui bavent sur l'image. Bref, il faut être à la fois PPDA et son réalisateur à soi tout seul.

Exploits qu'assez peu des quelques milliers de chercheurs d'emploi vidéastes amateurs qui ont succombé à l'appel ce cette nouvelle techno ont réussi. La qualité de la grande majorité de ces petits clips est souvent proche d'une vidéo tournée à la hâte dans une cave par le groupuscule d'une faction plus ou moins historique affirmant des revendications plus ou moins autonomistes. Cagoules en moins.
« Les recruteurs qui consultent ces scénettes sont des professionnels aguerris et objectifs, » répliquent les défenseurs du CV avec des images qui bougent. De même qu'ils ne s'arrêtent pas forcément à un CV raté, ces professionnels de la sélection sauraient passer outre la piètre qualité d'un clip ? Pour avoir vu des recruteurs ricaner derrière leur écran au visionnage de prestations dignes de Video-Gag, je me dis que l'image vidéo est tout de même très piégeuse.

Face à une vidéo comme lors d'un entretien, la première impression du recruteur est déterminante. Mais le candidat n'a aucune chance de la percevoir, ni de la rectifier puisqu'il n'interagit pas avec lui. Et cette position peut être catastrophique. A moins d'être beau ou riche. Beau pour afficher à l'écran une télégénie à tout casser et riche pour s'offrir les services d'un pro de la vidéo capable de compenser notre manque de naturel ou de charisme.
Ces deux discriminations à l'embauche sont aussi anciennes que le recrutement. Mais y a t- il une réelle urgence à utiliser un outil qui, une fois de plus, encourage les mauvais réflexes ? Les défenseurs prétendront certainement que le sens de la communication visuelle et orale sont des critères comme les autres pour recruter des commerciaux ou des cadres destinés à prendre la parole au quotidien. Mais l'aisance relationnelle face à des fournisseurs, des clients ou des collaborateurs n'est pas du même tonneau que celle dont il faut user seul devant une caméra. C'est la différence entre s'écouter parler et parler à quelqu'un...

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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