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Aïe, les grandes écoles en prennent pour leur grade

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Sylvia Di Pasquale

30/04/2018

« Il y a environ 13 000 écoles de commerce dans le monde. C’est 13 000 de trop. Et j’en sais quelque chose, j’y ai enseigné pendant vingt ans. » Ceci est le point de vue de Martin Parker, prof défroqué, qui a lui-même enseigné dans quelques-unes de ces institutions.  Il a décidé de tirer un trait sur ses 20 ans de carrière et l’a fait à la sulfateuse dans une tribune livrée la semaine dernière au Guardian,  intitulée Why we should bulldoze the business school.

Au sein de l'école de commerce, le capitalisme est supposé être la fin de l'histoire, un modèle économique qui a éclipsé tous les autres, et qui est maintenant enseigné comme une science plutôt que comme une idéologie.

[Martin Parker]

Au même moment, de ce côté-ci du Channel, Jean-Louis Borloo, dans son rapport sur les banlieues * remis au Premier ministre, rêve d’une « académie des leaders », une sorte d’ENA bis, accessible sur concours, sans aucun diplôme, et destinée, dans un premier temps, aux jeunes des quartiers en difficulté.

Nous sommes un pays qui a rétréci sa diversité des élites. C'est le drame de l'entre-soi. D'où l'urgence et la nécessité de faire émerger une nouvelle élite (…), sans l'opposer à l'autre, mais en la fertilisant.

{Jean-Louis Borloo dans une interview au Monde]

Reste que, dans un cas comme dans l’autre, on retrouve la même volonté d’en finir avec un ordre établi, ou plutôt de disrupter un système, pour parler le 2018 dans le texte. Ce qui, pour la formation des cadres du privé consiste à appliquer une méthode pas très 2018 et à peu près aussi vieille que l’expression qu’elle recouvre, puisqu’il s’agit de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Quant à la formation des hauts fonctionnaires, la méthode recommandée par le plan Borloo est inverse, mais guère plus efficace. Borloo découvre que l’ENA est une machine à reproduire les élites venues du 7e arrondissement parisien plutôt que de Bobigny ? Pas de problème : il suffit de créer une école bis réservée aux habitants des quartiers. Résultat : de ce côté de la Manche, on risque d’aboutir à une forme de discrimination, toute positive qu’elle soit, avec un Poulidor de la grande école administrative.

Du côté des écoles de commerce, Mr Parker s’est aperçu, un peu tard, qu’elles produisent des clones incapables de changer de logiciel, de passer à un autre modèle que le capitalisme binaire et triomphant. Soit, alors plutôt que de rénover les modèles d’enseignement, Franklin propose de carrément les supprimer. Former les futurs marketeux, financiers et commerciaux ? Aucun souci : il suffit de réexpédier le colis aux universités qui vont se dépêcher de mettre en place des facs bis sur le mode Dauphine tout autour de la planète.

Des facs bis qui reproduiront les mêmes dérives, un ENA de seconde zone qui marquera ceux qui en sortent d’un fer rouge « quartier sensible » : deux manière de contourner un problème. Mais toujours, on évite de le résoudre.

* Texte intégral du rapport intitulé Vivre ensemble, vivre en grand   – Pour une réconciliation nationale » . « L’académie des leaders, la nouvelle grande école » figure au chapitre 11, à partir de la page 77.

@Syl_DiPasquale ©Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

[Cet article est un éditorial qui reflète le point de vue de la rédaction. Le forum ci-dessous vous permet de le commenter ou d’apporter votre témoignage en lien avec le sujet évoqué, dans le respect des principes éthiques et de savoir-vivre (comprenant l’écriture avec un certain soin). Nous avons hâte de vous lire et vous remercions de votre visite.]

5

commentaires

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Win

11/05/2018

à 08:52

Si je vous cite « les écoles en prennent pour leur grade », ne serait ce pas parce qu’elles se « dégradent ».

Je ne vois pas ce qu’on peut leur reprocher.

Imposer une cotisation à vie au réseau des diplômés (86 demandes de stages, 1 réponse négative)?

Quelques cours indigents ?

Des frais de scolarité en hausse chaque année ?

Une prolifération exponentielle des stages qui sont de moins en moins un tremplin vers l’emploi ? ( quelques business schools acceptent désormais les CDD à la place des stages, le stage ouvrier a été supprimé dans certains cas)

Des frais de dossier facturés même quand vous êtes en année césure en entreprise ?

Le maintien de spécialisations archi bouchées telles communication ou marketing ?

Une sélection sur TOEFL et GMAT tout en précisant que la sélection peut aussi tenir compte de dossier exceptionnels ?

La multiplication de diplômes, le lancement des BBA post bac, les formations courtes qui perdent un peu plus les recruteurs et nuisent à la clarté des diplômes ?

Les sondages sur la situation post diplôme qui omettent souvent la réponse « en recherche » mais proposent à la place « poursuite d’études / projet personnel/ année sabbatique...; et surtout le filtrage des réponses jugées peu crédibles (ou peu flatteuses ?). Et ceci à tel point qu’un prof de prépa a fait lui même ses stats en contactant un par un ses anciens élèves pour des résultats différents ?

Des services carrières débordés, déconnectés de la réalité, mais prompts à vendre des coachings coûteux et inutiles (savoir faire son c.v, le réseau) animés par un ex diplômé en reconversion ?

Finalement: rien.

> Répondre

Kelpseudo

10/05/2018

à 10:30

Est ce à un enseignant de donner son avis, ou aux diplômés ?

Une business school a demandé à ses étudiants fraîchement diplômés de définir leur scolarité en un mot, puis a affiché les résultats en live. Le résultat est ici:

https://www.reddit.com/r/france/comments/6n1qd5/grenoble_ecole_de_management_a_demandé_à_ses/

> Répondre

Internaute

09/05/2018

à 18:16

C’est une partie de l’iceberg. Les business schools ont année après année scié la branche sur laquelle elles étaient installées. Le plus drôle, c’est que ces institutions enseignent justement la gestion. Florilège des décisions aberrantes

Augmenter la taille de leurs promotions en période de crise éco pour balancer sur le marché du travail atone des milliers de jeunes surendettés qui rêvent du salaire mentionné dans un magazine
Le classement sinon rien, d’où l’importance de publier des articles. Recruter à prix d’or des profs ( donc augmenter leurs frais de personnel), auteurs d’articles de recherche (lus par d’autres profs, pas les cadres en poste qui frôlent déjà le burn out à force de dormir les yeux ouverts entre menace du licenciement, crédit immobilier, crédit auto, crédit des études du ptit dernier à rembourser)
Faire miroiter des salaires de sortie via des supports de communication à des familles soucieuses d’assurer un avenir à leurs enfants un job bien payé, moyennant sacrifices financiers et efforts
Prendre désormais en majorité des admissions parallèles. Bilan un élève de prépa paie 3 années de scolarité et n’a aucun diplôme. Une admission parallèle paie 2 ans et a garant un diplôme au passage et un concours loin du niveau académique des prépas.
Oui, mais encore faut il pouvoir payer la scolarité coûteuse. Les banques ne prêtent plus. Le modèle et sa scolarité (40.000€ et plus) est menacé.
Pas de problème l’économie sociale et solidaire est là. Lancement de campagnes de financement participatif : de gentils individus sont invités à prêter de l’argent à des gentils étudiants via du crowdlending, idée d’un diplômé. Un prêt entre particuliers, SANS GARANTIE aucune pour le prêteur qui est un prêteur bienveillant terme important (cf. les moteurs de recherche, un prêteur bienveillant prête à une personne qui remboursera « quand elle le pourra » SIC).
Et d’ailleurs est ce un prêt ou un don ? Sur d’autres sites ce n’est plus crowdlending mais crowdfunding. On glisse de prêt à don, ce qui n’a rien à voir. Comment ose t on mettre ceci en avant ?

Révisons notre alphabet avec les premières consonnes.

B+ ON = BON
D+ ON = DON
....

> Répondre

FHJE

03/05/2018

à 11:44

Il faut tout simplement sortir pacifiquement du capitalisme, ce qui n'est pas si difficile en soi avec un peu de volonté politique.

> Répondre

Verklarte

01/05/2018

à 11:23

La confusion entre les grandes écoles de commerce et management et les grandes écoles en général est très néfaste. Il y a des grandes écoles d'art ( Beaux Arts dans plusieurs villes, Camondo, Arts Déco, Olivier de Serre), d'ingénieurs , de défense, et aussi de management et commerce. Mais on ne peut pas globaliser et chacune de ces formations a des qualités et défauts différents.

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