Qui va encadrer les foules d'apprentis ?

Publié le 29 novembre 2016 Sylvia Di Pasquale

Qui va encadrer les foules d'apprentis ?

Ah ! l’apprentissage (soupirs). C’est la solution miracle pour lutter contre le chômage, en finir avec le décrochage scolaire ? et espérer gagner une élection présidentielle. Tous les candidats ne jurent que par cette martingale pour que s’ouvrent enfin les portes du travail aux jeunes. Du vainqueur Républicain d’hier soir à son adversaire battu, en passant par tous leurs présumés futurs rivaux de gauche.

Mais quand ça veut pas, ça veut pas.

Malgré les aides mises en place, le nombre de contrats d’apprentissage ne décolle pas. Ou à peine. Certes, il a doublé en 20 ans mais a essentiellement bénéficié aux jeunes déjà diplômés. Certes, l’apprentissage n’est plus vu comme une voie de garage par les familles. Bien au contraire, on ne compte plus les jeunes en quête de contrat qui se heurtent au refus des entreprises. La faute à des formations mal fichues et à des règles trop contraignantes, plaide le Medef. En gros le syndicat des patrons voudrait concocter lui-même les cursus comme en Allemagne, et disposer de textes sociaux à sa main.

Mais ces revendications syndicales, comme les promesses électorales en matière de développement de l’apprentissage, négligent toutes un élément plutôt primordial. C’est que pour former des apprentis, il faut, et ce n’est pas un détail, des maîtres d’apprentissage dans les entreprises.

Des managers encadrants, des tuteurs tutorisants.

Des encadrants qui veulent bien prendre en charge ces cohortes de petits jeunes comme le prévoit la loi, s’occuper de leur montrer la voie, les former aux rudiments du métier, faire preuve de pédagogie, contrôler leurs premiers travaux, vérifier leurs premiers acquis, gérer la relation entre l’entreprise et l’école, et établir de savants plannings en fonction de leur présence dans la boîte et leur obligatoire absence pour cause de scolarité.

Sauf que les cadres sont sous l’eau, au fond de leur barque surchargée de contraintes et d’horaires à rallonge. Plus efficaces et mieux organisés grâce aux outils numériques, ils ont gagné en productivité. Mais cherchent désormais à préserver le peu d’équilibre entre vie privée et vie pro qu’il leur reste. Les soulager, un peu, pour qu’ils s’occupent un peu des jeunes ? Personne n’en parle. Ni le Medef, ni le gouvernement, pas un mot non plus dans les programmes des candidats à la Présidentielle.

Pour qu’ils y parviennent, il leur faudrait un minimum de décharge, une légère baisse de leurs objectifs pour qu’ils puissent libérer un peu de leur précieux temps pro sans empiéter sur leur vie perso. En fait, ce que demandent ces encadrants à qui les politiques comme les chefs d’entreprises souhaitent refourguer des apprentis, c’est de la reconnaissance. Voire un statut, toujours dans les cartons. Qui dirait qu’encadrer des jeunes, c’est un vrai boulot.

@Syl_DiPasquale

Dessin de Charles Monnier

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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