Raymond, les cadres vous disent merci

Sylvia Di Pasquale

Commerciaux fâchés avec les objectifs, ingénieurs sans résultats, financiers aux comptes de guingois, marketeurs sans idées et communicants sans voix, soyez rassurés. Votre avenir est tracé et votre carrière assurée. À condition de suivre l'exemple d'en haut, de celui qui a tout raté et qui conserve malgré tout son poste très envié : celui de sélectionneur des Bleus.

Les fans de foot le savent. Et les autres ne l'ignorent pas : Raymond la science a resigné jusqu'en 2010. Oui, Monsieur Domenech, ennemi public numéro un depuis la formidable déculotté de l'Euro reprend du service pour le Mondial 2010. Alors que la France entière réclamait sa démission. Comment, après un résultat plus que médiocre, le peut-être futur mari d'Estelle Denis a t-il pu être reconduit dans ses fonctions pour deux ans, une éternité pour un entraîneur ? Mystère et ballon rond, puisqu'on ne sait pas grand-chose des tractations qui ont dû se dérouler entre la FFF (Fédération française de foot), la LFP (Ligue de football professionnel), la DTN (direction technique nationale), l'UEFA de l'ami Platini, et pourquoi pas le Pentagone bushiste et l'ex-KGB poutinien.

On se doute, en tout cas, que le coach des Bleus n'a pas ménagé ses efforts pour activer ses divers réseaux et faire suffisamment de lobbying pour arriver à ce score qu'il n'a jamais obtenu, ni en tant que joueur, ni en tant qu'entraîneur : 19 à 1. Dix-neuf membres du Conseil fédéral ont voté pour son maintien et un seul s'est abstenu. Devant un tel plebiscite, on ne peut que s'incliner.

Et tenter de piquer au stratège quelques idées pour les recycler et aider les cadres penchés sur leur plan de carrière. En premier lieu, ce que môssieu Raymond a semble-t-il parfaitement réussi, outre son sens aigu du réseau sus nommé, c'est à ne pas tout investir dans son job présent mais à miser également sur son avenir. Combien de temps, dans son plein temps, passe-t-il, à travailler son employabilité ? Un quart, la moitié, la totalité ? On ne sait pas. Même si ses résultats récents nous donnent une petite idée sur la question. Une tactique à méditer.

En matière d'objectifs et de résultats, le coach le plus détesté de France a réussi à convaincre ses employeurs, non pas grâce à ses scores obtenus le mois dernier, mais sur ceux qu'il compte décrocher en 2010, lors du Mondial Sud-africain. Une technique à creuser : le coup d'avance, l'échiquier fatal, façon Kasparov.

Autre point important et utile pour tout cadre encadrant : le choix des collaborateurs. Si les anciens joueurs de la période glorieuse, désormais sur la touche, dénigrent aujourd'hui le fiancé d'Estelle, les petits nouveaux, ceux qu'il a lui-même recrutés, ont la reconnaissance du ventre et le soutiennent, à l'instar de Franck Ribéry. Pouvoir compter sur son équipe en cas de coup dur est l'un des basiques du bréviaire de l'ambitieux.

Bon, évidemment, coach Raymond n'est pas non plus l'incompétent intégral que l'on décrit parfois. Il a tout de même réussi à qualifier les Bleus pour l'Euro et à les emmener en finale du Mondial 2006, ce qu'aucun sélectionneur n'avait réussi avant lui, hormis Aimé Jacquet. Encore un enseignement utile pour les cadres en mal de promotion : valoriser ses anciens acquis au maximum, les user jusqu'à la corde pour surfer sur la vague des changements et éliminer ses adversaires plus jeunes qui ne sont là que pour vous piquer votre poste.

Certes, le grisonnant ténébreux a été recadré. Il voit sa reconduction assortie d'une obligation de résultat. On lui demande, en plus, d'être gentil avec les journalistes. Mais qu'est ce que ces deux petits avenants à son contrat de travail, alors que 60 millions de Français tous persuadés d'être eux-mêmes les meilleurs sélectionneurs de l'histoire du football français étaient prêts à le lyncher ? Ce tour de force, car c'en est un que le phénix Domenech a réussi là, ne permettra peut-être pas aux Bleus de se qualifier pour la prochaine Coupe du monde. Mais il inspirera peut-être quelques cadres en disgrâce. C'est toujours ça.

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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