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Recruteur VS candidat : pas vraiment le même combat

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Sylvia Di Pasquale

08/12/2014

Ce n’est plus un fossé, c’est une faille spatio-temporelle. Selon une enquête menée par Ipsos* pour le Lab’Ho – la structure chargée des études du groupe Adecco –, que nous avons pu consulter en exclusivité, le décalage entre les recruteurs et les recrutés n’a jamais été aussi énorme. Et encore, parler de décalage est une façon policée de qualifier le conservatisme des premiers et le modernisme des seconds.

Quelques chiffres, pour bien mesurer la distance qui sépare les deux mondes : 71 % des candidats se disent ouverts au recrutement sans CV. En face d’eux, ils ne trouvent que 35 % de responsables RH prêts, éventuellement, à utiliser cette méthode. Quant au recrutement par simulation –  autre méthode innovante qui ravit ceux qui l’utilisent  –, elle est carrément inconnue de 91 % des entreprises. Qui préfèrent le recours aux bonnes vieilles méthodes traditionnelles, par crainte de l’inconnu sans doute.

Autre constat : les entreprises pleurent en chœur de ne pas trouver le profil correspondant à leur fiche de poste. Or l’étude cocktail Molotov du Lab’Ho révèle que 59 % des entreprises abandonnent la recherche du candidat idéal, un ou deux mois seulement après le début du recrutement ! « Une tendance néfaste, qui consiste à fantasmer le recrutement idéal plutôt que de se demander comment améliorer les compétences que l’on recrutera », commente Guillemette de Larquier, économiste et maître de conférences à Paris Ouest Nanterre La Défense qui a participé à l’étude.

Pire, les entreprises voudraient que la prise de poste soit effective, pour un nouvel embauché, 19 jours en moyenne seulement après la publication de l’offre.  « Un découragement d’une rapidité extrême qui […] relève quasi du caprice », alertent les auteurs. La pénurie de candidats a bon dos. Cette impatience expliquerait (en partie) pourquoi 200 000 à 700 000 emplois français, selon les estimations de différentes institutions, ne trouvent pas preneurs.

Cette enquête, à charge contre les recruteurs, sert bien évidemment les intérêts du groupe Adecco, puisqu’elle sonne comme une invitation à externaliser les recrutements à de vrais professionnels (et pourquoi pas au leader du genre) afin de « diffuser une nouvelle culture du recrutement » et des façons de recruter autrement. Mais l’Institut Ipsos a tout de même interrogé 502 recruteurs et 800 candidats. Et l’on ne saurait soupçonner ces derniers de nourrir une quelconque rancœur envers les RH puisqu’ils ont tous été embauchés au cours des douze derniers mois. Quelles que soient les raisons et les sentiments que suscite l’enquête, elle devrait, au moins, secouer les convictions des services RH.

Néanmoins ces derniers sont-ils les seuls coupables ? Il n’y a qu’à observer le conservatisme de certains managers opérationnels qui collent la pression aux RH pour leur trouver « le même, en mieux », un clone qui ressemble aux insiders et bien sûr immédiatement opérationnel. Ce sont les mêmes qui ne veulent pas de ces trucs sans CV, de ces machins par simulation. Et qui exige des offres d’emploi  avec des formules plus stéréotypées tu meurs, quitte à décourager les candidats valables. Un ringard peut en cacher un autre.

Illustration © Charles Monnier

*Enquête Ipsos selon la méthode des quotas menée en octobre 2014, sur un échantillon de 502 entreprises ayant recruté au cours de l’année écoulée et de 800 candidats ayant été recrutés sur la même période. Le rapport d’étude « Recruter, recrutez, recruté(e)s autrement », complétée par des entretiens de témoins/experts et de contributions académiques de chercheurs, paraîtra en janvier 2015.

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chris 45

27/12/2014

à 15:17

Je suis assez rassuré de voir un tel article, qui confirme ce que je constate au quotidien:
Beaucoup d'entreprises ne savent tout simplement pas recruter, il y a plus de 3 millions de chomeurs et qu'on ne vienne pas me dire qu'il y a 3 millions de bons à rien!

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Isabel55555

15/12/2014

à 14:15

ekme, oui les cabinets de recrutement sont des incompétents mais les crh, rRh des entreprises ( employeurs) sont pires ! car les cabinets de recrutement sont les "sujets" des entreprises donc elles font tout ce que l'employeur veut, si il doit mentir, il le fait !

Je pense clairement qu'il faut que les autorités compétentes nettoient tout ça, fasse un grand ménage.

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Homer

14/12/2014

à 13:29

En cette douce France, il nous est enseigné depuis la maternelle jusqu'au second cycle universitaire voire au delà à ranger dans des cases.
En période de complexité économique installée depuis plusieurs années pour plusieurs décennies, la peur anime les décideurs ... Alors les cases se restreignent ! Plus de porosité entre les métiers.
Nous devons défragmenter le marché du travail et apprendre à gérer la décroissance.
Ce sont selon moi les 2 grands enjeux des 10 prochaines années ...

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ekme

12/12/2014

à 09:19

Cet article ne fait que révéler ce que nous voyons tous les jours : 80 % des cabinets de recrutement sont incompétents et en plus ne connaissent rien aux métiers de leur clients.

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Isabel55555

11/12/2014

à 16:18

Mensonge !

Voilà la raison pour laquelle cela fait au moins 3 fois que des entreprises ne m'embauchent pas tandis que à l'unanimité j'ai été très professionnelle etc... mais finalement ils ont décidé d'embaucher une personne en interne !

tous les postes en CDI sont en fait donner aux candidats en interne quitte à devoir allonger la durée du process de recrutement.

J'étais la première à avoir postuler à ce poste tous mes entretiens ( 5 au total) ce sont hyper bien passer les retours étaient très positifs, la société à ensuite relancer son offre et pouf une personne qui revenait de congés maternité et qui travaillait en interne a postuler et hop elle était prise, les autres candidats qui se sont battus, etc... ont peut les dégager.

d'autre part il y'a encore un autre mensonge des recruteurs qui dit pleurer car ils ne trouvent pas le profil correspondant !

ce que j'ai pu voir : des personnes n'ayant aucune légitimité ( du type des candidats ayant fait une licence en histoire et qui se retrouvent auditeur interne, ou licence en traduction et qui se retrouvent assistante de Direction sans expérience ni diplôme ça existe ! et souvent les personnes justement qui ont un profil adapté sont jetés par les recruteurs ! ça veut dire que même un auditeur de formation et d'expérience ne pourra plus être auditeur et exercer ce métier car celui-ci est pourvu par une vulgaire personne ayant choisie un cursus qui n'offre pas d'emploi mais malgré tout ça elle obtient le poste donc elle "vole" le métier des personnes qui eux ont choisi, fais des études pour exercer.

D'autre part la fiche de poste ne veut rien dire du tout, elles sont même très souvent fausse et mensongère ( il serait d'ailleurs temps d'agir à ce propos de problème)

Les mensonges des employeurs portent sur : le nombre d'années d'expériences minimum
la formation
le profil du candidat, qui change en fonction de l'humeur du Manager et décisionnaire!

sur une fiche de poste il y'aura indiquer minimum 5 ans d'expériences : comprenez qu'ils veulent une personne ayant minimum 7-8 ans d'expérience

formation : minimum licence : comprenez que plus vos études auront été longues mieux ce sera ( même si votre doctorat en Boucherie ne servira jamais à rien dans un cabinet d'audit !, pour le cabinet d'audit ça peut toujours être utile)

Résultat : en mentant sur la fiche de poste, en mentant sur le type de recrutement ( interne ou externe)

procédure de recrutement longue ( 5-6 mois ou 1 an pour 1 seul poste à pourvoir)
beaucoup de cv à trier
pour finalement dans le cadre d'un CDI dire " bah finalement ont a prit une personne en interne"

qui est le perdant dans tout cela ? le candidat bien sur.

Et Adecco qui est l'un des pire cabinet de recrutement au monde, qui fait du démarchage et fait courir les candidats pour que cela n'aboutisse à rien car soit pas d'entretiens, pas de suivie, pas de réponses des employeurs car ils reçoivent tellement de cv de multiples cabinets de recrutement qu'ils se permettent bien des largesses ( comme par exemple ne pas faire de retour au candidats, ne pas prévenir les cabinet de recrutement des suites etc... )

Pour résumé il n'est pas question de trouver le même en mieux, il est question d'hypocrisie, de mensonges, de fraudes, et d'un traitement différent des candidatures selon les humeurs, selon les personnes, selon l'âge, selon la couleur de peau etc...

Il est surtout question que les personnes concernés devrait sérieusement se pencher sur le cas des employeurs qui ont de plus en plus tendances à croire que le candidat est un moins que rien tandis que sans salariés ces entreprises grandes ou petites ne seraient pas là ! une petite leçon d';humilité et une grande leçon concernant les règles qui régissent notre pays ne serait pas de refus.

Il convient clairement de pénaliser de telles agissements des employeurs qui même pendant les process de recrutement trompent le candidat et surtout le retarde dans ses projets.

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Toto44

11/12/2014

à 07:10

Quant au niveau affligeant des gamins dans ,les cabinets de recrutement

J ai 56 ans bac plus 5 double formation droit et comptabilité , 15 ans d expérience dans un grand groupe, toujours manager d exploitation , 10 collaborateur, budget gereplus de 250 millions et j ai fait seulement 2 grands groupes en tant que collaborateur ( donc à priori je suis stable et j ai j ai assume 10 ans le dernier poste
Je ne suis pas un dieu mais j ai la prétention de ne pas être une bique. A 50 ans je rachète une toute petite boitede 5 salariés , et je démissionne en laissant 6 mois à mon groupe pour me trouver. Un remplaçant.
Balayé par la crise mon activité , le CA seffondre et je dois déposer le bilan en 2014, donc je renvoi des CV aux cabinets de recrutement de mon ancien metier( que j ai exerce 20 ans) pour répondre a des offres pile dans mon ancien métier:
- florilège de refus polis..sans motif, stéréotypé, la lettre type a chaque fois.
- j ai 2 entretiens : 2 gamins de 35 ans en face de moi en charge de me faire de la psychologie de bistrot,ne connaissant absolument rien au métier tres technique que j ai fait pendant 20 ans et me posant des questions explicites démontrants les abîmes de leur méconnaissance a tel point qu'aux 2 reprises j ai du leur demander quel était eux leur parcours pour me poser des questions de ce type.? Voulait il que je développe un peu les aspect techniques et réglementaires afin que l on soit sur la même longueur d ondes.? Je demande poliment si effectivement je ne peux pas discuter de tout cela directement avec l employeur final? Bref embarras . Revenons donc à la psychologie de bistrot , Jamais eu de réponse a mon recrutement hormis la lettre circulaire type..
les DRH de certains groupes sont aussi dangereux et incompétent et surtout NON CONCERNÉS par les gens qu ils recrute ils délèguent tout a des cabinet s car ils n ont pas le courage de prendre cette responsabilité et., c'est affligeant,

Aucune

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OL

10/12/2014

à 15:05

Au cours de ces 15 dernières années sur Rhone alpes - Lyon en fait - j'ai eu un nombre incalculables d entretien dans des cabinets de recrutements; pour un nombre très limités d'entretiens. Mes embauches ont été sur des annonces entreprises directes, sauf une. Et j ai meme eu des entretiens assez avancés par candidatures directes alors que mon CV avait été bloqué par des cabinets de recrutement (et après le pire c'est qu'ils t en veulent....)

Les cabinets de recrutement sont P I T O Y A B L E S, naviguant entre turnover élevé, haute estime d'eux mêmes (chez Robert WALTAF nous sommes les meilleurs) et stéréotypisme des candidats. Je ne parle même pas des entretiens dans des hotels ou des cafés - je veux bien qu on lance sa boite mais bon.....ni des super annonces de mauvaises foi . Macon ou dijon? meuh si c'est en région rhone alpes mon brave monsieur. Si, c'est une entreprise leader sur son secteur d'activité (enfin leader du secteur dans sa rue, en tout cas).

Effectivement , les entreprises sont aussi responsables , et quand elles se rendront compte qu'un doctorat en biochimie et mandarin courant ne sont pas des prérecquis ultra nécessaires pour un poste de gardien d'immeuble......

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Xavier B

09/12/2014

à 18:17

Bonjour,

Si vous lisez l'anglais, je vous suggère la lecture de l'article
"Recruitment : from Truth to Trust" - "Recrutement : de la Vérité à la Confiance"

https://www.linkedin.com/pulse/article/20141121085543-14427983-recruitment-from-truth-to-trust

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pipo

09/12/2014

à 16:49

Moi si j'étais chef d'entreprise, je ne laisserai pas à un cabinet privé en lien avec le personnel d'encadrement de ma propre entreprise, la possibilité de présélectionner ou choisir mes nouvelles recrues.
C'est ce que l'on appelle le B A BA de la bonne gouvernance...

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Marie67

09/12/2014

à 13:26

Je crois que les recruteurs laissent peu de chances à un grand nombre d'entre nous.
Si le diplôme est au rendez-vous, il manquera l'expérience, ou c'est l'âge qui ne conviendra pas.
Il faut que les recruteurs montrent plus un côté humaine, qu'il y est plus une osmose du savoir-être et du savoir-faire pour faciliter et valoriser nos talents auprès des entreprises.

Les recruteurs ont aussi une part de responsabilité, d'autant plus qu'ils ne savent pas la nature exacte des tâches à effectuer. Il faut qu'il existe une part de risque.

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do456

09/12/2014

à 12:27

La politique de recrutement dépend en grande majorité de la direction générale qui définit en amont avec la DRH les seuils ,les critéres donc le changement devrait aussi être fait au niveau des DG.

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jc

09/12/2014

à 12:18

Edifiant mais tellement révélateur d'un archaïsme, d'une rigidité et d'un conservatisme qui cachent bien souvent un grand manque d'expérience et d'ouverture de ces tous jeunes HR qui ont tout à apprendre de la vie professionnelle et humaine tout azimuth. Je vais vous donner mon exemple datant de 2000. Une grande maison recherchait une personne de moins de 30 ans, quasi niveau doctorat pour faire de la formation à des directeurs régionaux à l'internationale. Ancien officier ayant baroudé sur tous les terrains et dans les plus beaux couloirs de Etat-majors parisiens, de l'ONU et de l'OTAN avec plusieurs langues et plusieurs trés belles compétences (pédagogie, formation, coaching, ...), quand j'ai fait remarquer aprés quelques semaines de silence que mon CV était quasiment unique en France/Europe et que je pouvais rendre de grands services même si j'avais alors 50 ans et seulement un niveau DEUG en poche - mais tellement bonifié par de riches apports professionnels et humains-, j'ai reçu immédiatement un appel de l'assistante à qui j'avais demandé d'ouvrir mon CV, sa directrice me convoquait le jour suivant en me disant "effectivement, il n'y a pas photo entre les deux CVs"...alors pourquoi ? Tout simplement parce que les recruteurs se protègent avec le diplôme, ce qui facilite partout la main mise des technocrates qui polluent les couches d'une grande entreprise, qui se servent sans amener de plus value réelle par manque de connaissance terrain préalable. Tout le monde n'est pas Bonaparte...

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Christine

09/12/2014

à 10:38

Je lis les annonces tous les jours et c'est désespérant de voir toujours les mêmes exigences : diplôme = bac+3/+4/+5 et expérience = 3 à 5 ans. Expérience consistante, réussie, dans le même secteur d'activité, autonome, dynamique.....

Les débutants ou avec une petite expérience qui ont seulement bac+2 n'intéressent pas. Il faut être opérationnel dès la première semaine. Pas question d'investir en temps de formation/adaptation. Il faut être rentable tout de suite.

Certaines annonces restent longtemps en ligne et les critères ne bougent pas.
Comme un enfant qui veut tel jouet de tel marque à Noël, si on lui offre un jouet de marque différente, il sera jeté à terre.

Quand tous les candidats expérimentés seront partis à la retraite, il restera uniquement des débutants et là peut être on cherchera des solutions pour les embaucher. Mais ça coutera cher, car les connaissances acquises ne seront plus au gout du jour.

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Lolo31

08/12/2014

à 18:20

Édifiant ! Et terrifiant ! Il faudrait effectivement un peu plus d'agilité et de pragmatisme. Mais les recruteurs n'appliquent-ils pas les consignes qui leur sont données ? Il serait intéressant que toutes les mentalités évoluent, celles des recruteurs mais aussi celles des managers qui recherchent les profils. Avec à la clé une meilleure fluidité entre recruteurs et recrutés, et peut-être des compétences non recherchées au départ mais qui peuvent se révéler très utiles une fois mises en œuvre au sein de l'entreprise.

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