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Rendez-vous en terre inconnue avec stagiaires de 3e

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Sylvia Di Pasquale

15/12/2014

En décembre, on ouvre le calendrier de l’Avent, on s’agglutine dans les magasins, et on accueille le stagiaire de 3e. Comme les boules qui apparaissent sur le sapin de la cafète, comme les chocolats vendus par le CE qui surgissent des tiroirs, (c’est vrai qu’ils sont plus chers qu’ailleurs mais ils sont au cacao éthiquement correct), la période des fêtes est propice à la multiplication spontanée de curieux lutins dans toutes les entreprises de France. 

Des ados figés par la trouille ou indolents, des échalas qui ont la soif d’apprendre chevillée, ou la nonchalance affichée. Ils sont le rejeton de la copine du beau-frère, l’héritier de la cousine du conjoint, ou la voisine du dessus de la boulangère. Pendant cinq jours, ils vont et viennent, vaquent, regardent ou ne font rien. Parce qu’on ne leur explique rien, ou pas grand-chose. Parce qu’on n’a jamais le temps. Parce qu’on ne sait pas nous-même ce que l’on fait vraiment, ou du moins parce qu’on est incapable d’expliquer en langage de collégien ce que fait un supply-chain manager ou un chef de produit BtoB digital.  

Évidemment, un stage de découverte et d’observation en entreprise, c’est bien. Mais dans la très grande majorité des cas, ce n’est qu’un rendez-vous en terre inconnue. Un rendez-vous qui dans les bons cas se déroule au contact d'un métier dont l’ado a rêvé, quand ses parents disposent du réseau pour l’organiser. Et dans tous les autres cas, c’est un rendez-vous  avec le flou. Car le stage d’observation de 3e est rarement pris en charge. Ni par l’Éducation nationale qui fait semblant de s’en occuper mais laisse faire les parents. Ni par le secteur privé qui demande à ses cadres surbookés d'accueillir du collégien sans vraiment l'épauler. 

Pas grave, ce n’est qu’une petite semaine avant les vacances de Noël. Peu importe, les gamins auront d’autres occasions de se coltiner le monde du travail. Dommage que ce ne soit qu’une première occasion manquée, un premier regard raté. Et le premier regard, ne nous explique- t-on pas tout le temps qu’il est déterminant ? Si vous aussi vous accueillez des stagiaires de 3e ces-jours-ci, venez nous raconter vos exploits. Le forum ci-dessous vous est ouvert.

 

Sylvia Di Pasquale

 

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Oeil-nombril

16/12/2014

à 10:10

Enfin quelqu'un qui parle dans une tribune "écoutée" sur la "salutation au drapeau" (pour le côté symbolique mais imposé) qui est ce stage de découverte, soi-disant obligatoire, mais que peu d'entreprises accueillent avec vocation et réelle implication. Résumant sur la check list: -le stage de découverte?, -ça, c'est fait. -Quoi d'autre?
Partons qu'il y a toutes les vertus dans ce principe de faire découvrir à cet âge le monde du travail. Soit.
Il a voulu chercher dans son domaine d'intérêt tout en évitant tonton ou l'ami du beau-frère du voisin. Annuaires, portails,... D'emblée, très peu d'entreprises sont prêtes à accueillir un stagiaire de 3ème avec enthousiasme. Et la première question qui nous vient: avez-vous des enfants en 3ème qui galèrent aussi? Mais c'est l'époque qui veut ça, dit-on. Comme dit Laurent plus bas, la productivité et le sempiternel "pas le temps", c'est pas mon souci, démerdez-vous. C'est obligatoire pour l'élève? Qu'il le soit aussi pour les entreprises. Justement, en entreprise on parle tout le temps de binôme objectifs/moyens, n'est-ce pas? Pour inciter les employés? Primes, moins de charges pendant la période, valorisation (sens large),... Chacune de voir. Une semaine, c'est juste une semaine (plus quelques soirées pour lire et éventuellement corriger).
Je m'arrête sur la recherche de stage car mon fils aura son stage en janvier. Et moi, mon travail ne convient pas du tout aux stagiaires. Donc pas d'expérience sur le stage en soi.

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BD

16/12/2014

à 09:16

J'aime votre analyse et l’enthousiasme qui s'en dégage. L'éducation nationale donne une chance aux entreprises et aux élèves de faire connaissance, je ne vois pas ça comme une décharge. Pour les élèves, c'est une chance de découvrir le monde professionnel et de trouver une motivation concrète pour leurs études et leur vie future.
Mais il est vrai que l'on a tendance à prendre des stagiaires pour faire plaisir à tonton ou au voisin... et dans ce cas, c'est rarement construit et constructif pour l'élève et l'entreprise.
Il faudrait que les entreprises jouent le jeu, car elles ne peuvent pas dire "on ne trouve personne pour travailler chez nous" alors qu'elles ne sont pas prêtes à former les gens en interne. L'éducation nationale remplie sa part de marché en formant les jeunes de manière plus ou moins spécifique, mais les sociétés qui ont des besoins spécifiques doivent prendre le relais. Les sociétés veulent trop souvent le mouton à 5 pattes : qui sait tout faire avec plus de 5 ans d'expériences, payé au SMIC.
Donc, Laurent, je loue vos efforts.

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CNICO

15/12/2014

à 20:39

Même si votre article est un peu caricatural, il reprend tellement une grande partie des ressentis de nos enfants. Et pourtant, comme souligné, il s'agit de leur premier contact avec l'entreprise. La priorité n'est-elle pas de faire découvrir le monde de l'Entreprise et du Travail à nos enfants? Sur ce point pas d’ambiguïté, cela sera fait tant l'objectif est flou. Quelles solutions, donc? Rien ne vaut la préparation de ce stage pour le rendre utile: quel monde répond le mieux aux attentes de mon enfant? Faut-il trouver la plus grosse entreprise de France voire même du Monde pour afficher un carnet de contacts? Mon enfant est-il réceptif à des métiers dont même les adultes ne connaissent pas son contenu, tout cela pour un titre? Enfin, n'est-il pas plus simple d'organisation que de demander au premier venu et surtout au plus proche? Cette problématique me semble refléter les vraies sujets de l'Education Nationale en France (Simple, global et proche pour faire je ne sais quoi mais de préférence dans un tronc d'acquis commun). D'ailleur, qui est à l'origine de ces stages?

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Laurent

15/12/2014

à 19:35

J'ai accueilli beaucoup de stagiaires de troisième. Je n'ai pas compté mais cela dépasse la dizaine. Cela a duré d'une journée à trois jours. Disons le clairement 5 jours, ce n'est pas très facile dans un certain nombre de métiers. La productivité personnelle en prend un bon coup. La difficulté est de rendre les stagiaires de 3eme acteurs, car les explications sur un logiciel c'est excellent pour une bonne sieste. Si votre DSI y résiste plus d'une heure, c'est que vous êtes une femme et qu'il est amoureux (ou l'inverse).
Donc avec un peu d'imagination on arrive à leur faire faire quelques travaux. Une publication sur l'intranet, le classement de documents... On peut aussi en peu de temps leur expliquer les enjeux et les acteurs d'une réunion et les emmener. Charge à eux de retrouver les personnages. J'en ai aussi emmené à des présentations commerciales pour qu'ils voient d'autres gens que leurs profs parler en public. Et je me souviendrai toujours d'un élève dont un professeur que je connaissais m'avais dit : tu as untel, bon courage... Ce stagiaire a été d'un sérieux incroyable au "retour de marchandises". Il ne voulait pas venir déjeuner tant qu'il n'avait pas fini. Depuis c'est devenu un cuisinier d'un bon niveau.
Et puis j'ai eu la chance comme parent d'élève, d'assister aux présentations de retour au collège. J'y ai vu tout ce que les élèves avaient appris, et pour ceux qui disaient ne rien avoir appris, j'ai vu les efforts de ceux qui les avaient encadrés en entreprise.
Donc courage : ne dites pas que l'éducation nationale ne fait pas son boulot de préparer les jeunes à l'entreprise, participez vous aussi, et remerciez les employeurs qui sont indulgents sur la charge supplémentaire que cela génère.
Enfin, ne vous inquiétez pas si le stagiaire ne dit rien, c'est normal. Deux mois après quand on connait les parents, les retours indirects de l'ado sont souvent enthousiastes

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