"Rester soi-même", le retour

Sylvia Di Pasquale

Renversant. Extraordinaire. Il paraîtrait que 50 % des salariés européens adopteraient un comportement différent au travail et dans la vie privée. On se sent tout petit devant une telle révélation. Et nous qui, bêtement, pensions que nos chefs et nos collègues montraient leur véritable personnalité au boulot. Naïfs que nous sommes. Ce qui est bien, avec les cabinets de conseil en management et autres libres penseurs qui gravitent autour de l'entreprise, et mènent des recherches comme celle-là, c'est qu'ils font avancer les connaissances de l'homme. Enfin presque toujours.

 

Prenons ce cabinet qui, grâce à ses antennes dans 25 pays, vient de livrer une étude intitulée « Qui dupe qui ? »*, comparant le comportement des salariés de 7 pays d'Europe. Pas rien : des mois de boulot, d'interviews, de synthèse et d'analyses à ne plus savoir où les poser, et d'ou il ressort donc, que les gens n'ont pas la même attitude avec leur boss et leurs collègues qu'avec leur conjoint, leurs enfants et leurs amis.

 

 

Et pour bien nous faire comprendre que dans ce cabinet d'études, on cogite, on réfléchit et on conseille - même qu'on est payé pour - on a rebaptisé cette découverte majeure l'« exploration de l'impact de la désirabilité sociale sur le lieu de travail.» Pardon ? Les responsables de l'étude indiquent « qu'il s'agit d'un processus par lequel chacun tente de contrôler l'image qu'il dégage. »

 

Une découverte qui revient à affirmer que l'eau chaude est chaude. Le salarié caméléon, le rôle social que chacun endosse comme un costume (d'ou le costume, justement) et l'importance de ce rôle dans l'équilibre de chacun, sont des trucs connus, étudiés et rebattus depuis des lustres, depuis que l'entreprise existe et même bien avant. Psychologues et sociologues se sont abondamment penchés sur la question. Ce qui pourrait laisser croire que nos conseilleurs professionnels misent essentiellement sur l'amnésie ou le manque de connaissances de leurs clients.

 

Plus curieusement, ils font ressortir de leur étude que le fameux rôle social, costume endossé par chacun pour aller au turbin, est une source importante de stress. Et qu'il est contre-productif. Soit. Soyons donc tous « nous-mêmes » au boulot. Selon les sondés, cela signifie qu'il ne faut surtout pas s'empêcher de rigoler. Et qu'il ne faut pas hésiter à aller au conflit. Et, pendant qu'on y est, rajoutons un pavé dans cette cour du bien-être au turbin : soyons francs dans toute situation.

 

Ainsi armés, sûr que les journées passées avec le boss, les collègues et les clients, seront beaucoup plus détendues. Sûr qu'à force de se marrer, de ne plus arrondir les angles et de leur avouer tout le mal que l'on pense d'eux (si tel est le cas), on se réveillera chaque matin léger comme une plume. Fini le stress. Finis aussi les rapports normatifs qui gèrent toute société, et à fortiori toute entreprise. Des rapports pas si nuls que ça, puisqu'ils nous ont permis de passer doucement des cavernes à l'open space, sans se donner des coups de gourdin au passage.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 9 février 2009

Sylvia Di Pasquale
Sylvia Di Pasquale

Je suis rédactrice en chef de Cadremploi depuis 2006, en charge de la rubrique actualités du site. Je couvre des sujets sur la mutation des métiers, l'évolution des rapports recruteurs/recrutés, les nouvelles pratiques managériales ou les avancées de la parité. A la fois sous forme de textes, d'émissions video, de podcasts ou d'animation de débats IRL.

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