RIP le CV anonyme

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Sylvia Di Pasquale

22/05/2015

Il n’en finit pas d’agoniser depuis neuf longues années. Presqu’une décennie de tergiversations, de reports et d’atermoiements pour, au final, enterrer le CV anonyme. Il sera abrogé avant même d’être promulgué. RIP le curriculum sans nom, sans âge, sans photo et sans adresse. « Trop cher, trop compliqué », disent les recruteurs qui sont contre. « Efficace », disent les associations qui sont pour. Mais qui a raison dans cette bataille décennale ? Tout le monde en fait, renvoyé dos à dos par une mesure qui n’a d’autre mérite que celui d’exister (ou d’avoir failli exister) et de montrer une volonté de lutter contre les discriminations liées au patronyme, à la couleur de peau ou au quartier difficile où habite le candidat.

Car pour le reste, l’obligation de la mise en place du CV anonyme, telle qu’elle a été votée en 2006, et donc jamais appliquée, ne fait que retarder l’échéance de l’élimination du candidat que le recruteur malveillant veut écarter. Il reçoit un CV ne précisant pas qu’Ibrahim, informaticien, habite aux Merisiers, à Trappes ? Ou que Dominique, ingénieure automobile, est une femme ? Qu’à cela ne tienne, il va les convoquer (car leur CV est excellent) et les discriminera tranquillement, après un premier entretien.

À l’inverse, le recruteur qui veut absolument recruter des femmes dans l’auto, ou Ibrahim dans sa SSII, va piocher au hasard. Le CV anonyme est donc une mauvaise bonne idée contre productive. Mais plutôt que d’expliquer simplement le non-sens de ce texte, François Rebsamen, ministre du Travail nous livre une phrase science-fictionnesque pour justifier l’abrogation du texte : « Les conditions de recrutement des entreprises se sont diversifiées et il faut en tenir compte pour ne pas obtenir l’effet inverse à celui voulu. » L’emploi en France serait donc ouvert à tous et à toutes sans aucune discrimination religieuse, sexuelle ou raciale.

Et puis, si d’aventure, quelques irréductibles continuaient à estimer qu’ils n’ont pas été embauchés pour des raisons extra-professionnelles, le ministre leur a concocté des petits outils rien que pour eux. Ils pourront se regrouper en action de groupe pour attaquer les indélicats en justice. Et, dans les entreprises de plus de 300 salariés, un référent anti-discrimination sera désigné. Une manière d’écarter une mesure pas terrible pour la remplacer par des mesurettes inutiles.

Dessin de Charles Monnier

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commentaires

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totor

27/05/2015

à 11:03

Le problème, c'est que lutter contre les discriminations lors d'une embauche est compliquée.
A un moment ou un autre, le candidat devra bien se montrer, son adresse sera connue (ne serait-ce pendant la période d'essai)...

Il y a eu beaucoup d'idées pour lutter contre les discriminations mais cela n'a pas abouti.

En théorie, il faudrait que toutes les entreprises suivent peu ou prou le modèle de la fonction publique.

> Répondre

Isa

22/05/2015

à 20:13

Excellent article ! mais alors dans ce cas quelles solutions proposez vous pour lutter contre les discriminations et surtout sanctionner ceux qui la pratiquent ?!!!

car la société est gangrenée par la discrimination, l'intolérance, le racisme, la xénophobie.... QUE FAIRE ? QUELLES SOLUTIONS ?

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