Riposte

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Sylvia Di Pasquale

16/11/2015

Les événements de la nuit de vendredi à samedi nous ont sidérés. Mais ils ont aussi provoqué de petits et grands gestes de solidarité, de liens qui se sont créés. À travers tout le pays, les gens ont senti la nécessité de se retrouver, de se donner des nouvelles, de se rassembler, pour de vrai, ou pour de faux. En allumant de petites bougies ensemble, en cliquant sur un bouton Facebook pour dire qu’ils sont là, ou en accueillant les naufragés de la nuit de l’horreur, ils ont voulu dire à tous qu’ils étaient là, vivants, avec les autres. 

Cette forme de solidarité, née en janvier, et qui renaît en ces jours à nouveau sombres, produit de grands effets un peu trop éphémères, mais aussi de petites idées qui peuvent grandir. Comme l’association Viens voir mon taf. Elle est née après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, et elle enfonce aujourd’hui le clou de la nécessité. Car ce qu’elle propose est concret, applicable immédiatement, et peut avoir des conséquences sur le monde de demain, pour qu’il soit moins violent que celui d’aujourd’hui. C’est une idée qui parle de mixité sociale, d’échange, d’abolition de la ghettoïsation et de la discrimination.

On le sait, nombre d’entreprises n’ouvrent leur porte qu’aux stagiaires de 3e issus du sérail : enfants du personnel ou amis. C’est évidemment la meilleure manière de reproduire les castes, de rester entre-soi et d’en exclure tous les autres, ces intouchables. C’est pour casser cette forme de communautarisme que deux journalistes d’Europe 1 et de France 5, Virginie Salmen et Mélanie Taravant, ainsi qu’une prof de banlieue, Gaëlle Frilet, ont fondé leur structure. Elle est opérationnelle depuis la rentrée de septembre et s’adresse aux collégiens qui n’ont d’autre choix que de faire leur stage dans le premier kebab venu, ou dans l’un des services de leur mairie. Parce qu’ils n’ont pas de piston.

Elle s’adresse à tous ceux qui rêvent aussi d’une carrière d’avocat, de chercheur ou d’ingénieur du son. Sur le site de l’association, eux et leurs professeurs vont découvrir que passer une semaine en stage d’observation au Grand Journal de Canal Plus, c’est possible sans être le neveu de Maïtena Biraben. Ils vont s’apercevoir qu’un cabinet d’architecte est accessible, même quand on est issu d’un collège du 93 classé en Réseau d'éducation prioritaire (anciennes ZEP).

Évidemment, ces jeunes ne deviendront pas forcément les Antoine de Caunes ou les Jean Nouvel de demain. Mais ils sauront, et se souviendront, que les barrières qui les séparent de cet autre monde sont moins solides qu’ils ne l’avaient cru. Et lorsque l’on se tend la main, de part et d’autres, l’on est moins enclin à se haïr.

@Syl_DiPasquale © Cadremploi

Dessin de Charles Monnier

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commentaires

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Dom

18/11/2015

à 15:36

Votre édito met le doigt sur un problème fondamental : A quel point le copinage et le piston sont des violences économiques invisibles, et pourtant quotidiennes, pour les 80 % de jeunes qui ne peuvent en bénéficier...
Est-ce que les entreprises se rendent compte de la violence qu'elles font subir en fermant ainsi, de façon plus ou moins hypocrite, leurs portes à l'immense majorité des jeunes ? Qu'en pensent les syndicats, les comités d'entreprises ? Ils semblent être les complices bien silencieux de ce genre d'abus...
L'initiative "viensvoirmontaf" est certes excellente, mais encore une fois elle ne concerne que la région parisienne : essayez de taper "Angoulême", juste pour rire...
Alors que deviennent les jeunes, pas forcément de banlieue, qui sont provinciaux et se heurtent aux mêmes murs ? Ben rien, comme d'habitude : on va mettre en avant quelques jeunes habitant en HLM de banlieue parisienne, cela permettra à quelques décideurs de partir en week-end en se disant que décidément, ils ont un coeur en or, et qu'ils ont payé leur obole, mais pour l'immense masse des jeunes provinciaux, c'est "circulez et débrouillez-vous"...
Alors j'espère que cette initiative perdurera, et s'étendra à TOUTE la France.

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